05.10.2017, 23:16  

«Ce ne sera plus jamais comme avant»

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 05.10.2017, 23:16   «Ce ne sera plus jamais comme avant»

Par ariane gigon

VAL BREGAGLIA La plupart des habitants de Bondo pourront bientôt rentrer chez eux, en principe à partir du 14 octobre. Mais la montagne bouge toujours, de 0,3 à 0,5 millimètre par jour.

A intervalles réguliers, une énorme détonation. Les travailleurs occupés à Bondo et à Spino, les deux villages du Val Bregaglia envahis par des éboulements, fin août et mi-septembre, font exploser de gros blocs de roche pour pouvoir les transporter. «Le village ne sera plus jamais le même»: c’est ce que pensent de nombreux habitants. Mais pas tous.

Des ouvriers...

A intervalles réguliers, une énorme détonation. Les travailleurs occupés à Bondo et à Spino, les deux villages du Val Bregaglia envahis par des éboulements, fin août et mi-septembre, font exploser de gros blocs de roche pour pouvoir les transporter. «Le village ne sera plus jamais le même»: c’est ce que pensent de nombreux habitants. Mais pas tous.

Des ouvriers sont en train de raccorder des aqueducs, de rétablir l’électricité et, surtout, de déblayer les 3,5 millions de mètres cubes de boues et de pierres ayant dévalé la montagne les 23 et 25 août, puis le 15 septembre. Lors du premier éboulement, le plus important jamais survenu en Suisse, huit randonneurs ont perdu la vie. Depuis, environ 140 habitants vivent chez des proches ailleurs dans la vallée.

«Le plus beau moment»

Avant-hier soir, des applaudissements ont retenti à plusieurs reprises dans la salle polysportive de Vicosoprano, un village voisin, qui fait partie, comme Bondo, de Bregaglia. La maire Anna Giacometti venait de confirmer aux habitants qu’ils pourraient retourner chez eux à partir du 14 octobre.

«Cela a été le plus beau moment, pour nous, depuis le 23 août», explique-t-elle, émue, après la réunion d’information qui avait été organisée pour la population. Selon elle, la très grande majorité des habitants n’ont pas quitté la vallée. «Mais certains ont encore peur et préfèrent soit rester où ils sont, soit encore attendre.» Fausto Picenoni rentrera certes chez lui, comme ses parents, qui ont plus de 80 ans, mais il garde aussi une certaine appréhension. «La montagne bouge toujours», dit-il, «et s’il pleut, des coulées peuvent se déclencher.» Martin Keiser, expert en dangers naturels du canton, sur place depuis le 23 août, confirme: «La montagne s’est calmée, mais la situation peut changer très vite. Le mouvement est constant, entre 0,3 et 0,5 millimètre par jour, ce qui n’est pas rien, même si on est loin des cinq à huit centimètres mesurés avant le 15 septembre.»

Evaluer les zones à risques

Depuis avant-hier, les ouvriers se relaient durant 20 heures par jour, de 5 heures à 1 heure du matin. L’armée aide à nettoyer les maisons, dont les caves et les rez-de-chaussée ont été envahis par la boue. «Notre priorité est de libérer la zone de protection en prévision de nouveaux éboulements», explique Gian Cla Feuerstein, responsable cantonal des travaux de reconstruction.

Car 1,5 million de mètres cubes devrait encore se décrocher du pic Cengalo. Environ un tiers des gravats a déjà été déplacé au sud du village, sur des terres agricoles. L’objectif est de rouvrir la route cantonale au plus tard d’ici début décembre. Durant la soirée d’information, les habitants ont aussi reçu de nouvelles instructions en cas d’alerte. Ceux de la zone verte peuvent rester chez eux, mais dans les étages, ceux des autres zones doivent quitter leur logis. Outre les SMS pour les habitants, des sirènes sont prêtes à retentir.

Les ouvriers ont une oreillette qui leur enjoindra de partir immédiatement si des coulées se déclenchent. L’équipe de Martin Keiser est aussi en train d’élaborer des scénarios pour le long terme. Leurs analyses serviront à l’établissement d’un nouveau plan des zones à risques. Dans le pire des cas, certains endroits seront déclarés inhabitables. «De premières réponses devraient être apportées courant novembre», indique Martin Keiser.

Retrouver la normalité

Reto Scartazzini, qui vient de se réinstaller à Bondo, ne sait pas s’il l’aurait fait, si les éboulements s’étaient produits avant qu’il résilie son précédent appartement, à Coire. Le vétérinaire, qui a mené sa carrière à Genève, pense que le village est changé à jamais. «La population est âgée, nous avons très peu de familles avec enfants.» Et la salle de gym, qui se dresse toujours, dans la coulée? «Je doute qu’elle sera rénovée», dit cet ancien maire de la commune.

Une autre habitante, Anna Giovanoli, qui habite Spino et pourra rentrer chez elle le 21 octobre, est plus confiante. «Cela prendra peut-être plusieurs années, mais notre village retrouvera sa normalité, j’en suis sûre.»

Les glaciers au rayon des souvenirs en 2100

L’Accord sur le climat de Paris de 2015, qui vise à maintenir la hausse des températures sous la barre des 2°C, a sonné comme un requiem pour les glaciers. Pour les sauver, il faudrait non pas enrayer le Réchauffement climatique, mais diminuer les températures à la surface du globe. Autant dire qu’ils sont condamnés.

Une étude mandatée par la commission de surveillance du lac des Quatre-Cantons et publiée hier par l’Université de Fribourg enfonce le clou: d’ici 2090, 90% d’entre eux auront entièrement fondu. «Vers 2100, il ne restera que quelques bouts de glaciers en Suisse», appuie Reynald Delaloye, professeur de géomorphologie alpine à l’Université de Fribourg. Effets directs: des périodes de sécheresse garanties et des régimes hydrologiques modifiés.

Pour prendre toute la mesure de l’accélération de la fonte des glaciers ces dernières décennies, il faut lire la carte du réseau Glamos, une collaboration entre l’ETH de Zurich et les Universités de Fribourg et de Zurich, En 2015, 92 glaciers suisses étaient en retrait quand quatre étaient en crue. Dans le canton du Valais, le phénomène s’amplifie d’année en année. En 1975, 20 glaciers valaisans s’allongeaient, contre 21 en recul. Quarante ans plus tard, 40 glaciers perdaient du terrain. Et on a beau cliquer de toutes nos forces sur la souris, aucun glacier en progression n’apparaît à l’image. Prenons celui de Corbassières, à Bagnes, qui affiche 9,5 kilomètres. Il a perdu autant de mètres en 13 ans (2002-2015) qu’en 113 ans (1889-2002) pour une décrue totale de 1131 mètres.

Reynald Delaloye sort son mètre: «Sur un glacier, la ligne d’équilibre, qui sépare la zone d’accumulation de neige et en dessous la zone de fonte, est remontée de 300 mètres d’altitude depuis les années 1980», estime-t-il. Les baisses de volume depuis les années 1980 sont aussi frappantes: la glace fond bien plus que la neige s’accumule.

Dans leur lente agonie, les glaciers laissent derrière eux des blocs de pierres instables, de même qu’ils provoquent des éboulements et des glissements de terrain. Les effondrements latéraux le long du glacier d’Aletsch ont précipité le gigantesque glissement de Moosfluh. Un bout de langue s’est détaché début septembre du glacier de Trift. Ce dernier est l’un des deux glaciers suisses placés sous haute surveillance avec celui de Bis, dans la vallée de Zermatt, qui surplombe la commune de Randa. «Les glaciers crachent plus car ils bougent plus rapidement», relève Raphaël Mayoraz, géologue cantonal du Valais. Comme un dernier râle? thierry jacolet


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