07.06.2019, 11:36

Emploi: le chômage des plus de 50 ans reste inquiétant

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Un senior n'ayant plus droit à des indemnités chômage va devoir dilapider ses économies et son patrimoine avant de prétendre à l'aide sociale.

Précarité Le chômage est en recul, mais celui des seniors reste inquiétant. Dans la catégorie des 50 ans et plus, le chômage de longue durée et les gens qui sortent des statistiques après avoir épuisé leur droit aux prestations est jugé préoccupant.

Depuis le mois de février, le chômage des seniors n'a cessé de reculer. En mai, le nombre des plus de 50 ans inscrits aux Offices régionaux de placement (ORP) est repassé sous la barre des 30'000 personnes. Dans cette catégorie d'âge, l'explosion du chômage de longue durée et l'absence de suivi des gens qui sortent des statistiques restent cependant inquiétantes.

"Etre un senior, c'est un handicap pour retrouver un emploi", affirme Philippe*, un cadre qui s'est retrouvé au chômage à l'orée de ses soixante ans. Depuis six mois, il multiplie les dossiers de candidature, n'alignant que des refus. "Très souvent, on me dit qu'un meilleur candidat a été retenu. Ou que je suis surqualifié", raconte-t-il à AWP.

Difficile toutefois de prouver une discrimination liée à l'âge, reconnait Philippe. Dans un monde du travail qui valorise les compétences, cette situation relève du paradoxe. "De plus en plus, les hyperformés ont autant de peine à trouver que ceux qui n'ont pas de formation initiale, en raison des coûts notamment", explique Stéphane Der Stepanian, responsable du programme de réinsertion professionnelle AvantAge en Suisse romande.

Cependant, faire des concessions dans ce domaine n'est pas forcément payant, comme l'a constaté Philippe. "Je suis prêt à faire d'énormes compromis sur le salaire. Cela n'intéresse pas" les recruteurs, regrette-t-il.

Pour Stéphane Der Stepanian, les seniors qui tombent au chômage souffrent d'une mauvaise image dans l'économie. "La personne appréciée par ses collègues et qui perd son emploi devient du jour au lendemain un vieux ou une vieille qui cherche du travail."

Le problème n'est pas récent et son ampleur a poussé les autorités à agir. Le Secrétariat d'Etat à l'économie (Seco), qui tient les statistiques des sans-emploi, a publié en octobre 2018 une étude sur le chômage des seniors qui dresse un portrait peu encourageant. Surtout, une Conférence nationale sur le thème des travailleurs âgés est organisée chaque année depuis 2015. La dernière édition s'est déroulée en mai.

Eviter une "AOC 50+"

Une meilleure prise en compte des besoins des seniors dans les ORP figure parmi les solutions proposées lors de ces rencontres. A en croire Philippe, cela est plus que nécessaire, lui qui a trouvé son conseiller ORP "dépassé" et "pas compétent", malgré toute sa bonne volonté.

M. Der Stepanian se montre plus mesuré. "Le danger, c'est de faire des seniors une appellation d'origine contrôlée 50+. On va se concentrer sur un groupe en occultant les autres, alors que toutes les générations doivent collaborer ensemble dans le monde du travail", avertit-il.

Afin de briser la spirale négative du chômage, le demandeur d'emploi doit puiser dans ses ressources afin de retrouver la confiance. "Beaucoup se disent que c'est fichu, qu'ils ne retrouveront pas d'emploi. Ils sont imbibés de ce qu'ils entendent autour d'eux, des légendes urbaines", déplore M. Der Stepanian.

Tout sauf positif, le tassement du chômage des seniors s'avère problématique puisque le Seco ne recense que les inscrits aux ORP, oubliant ceux qui ont épuisé leurs droits aux prestations. En Suisse, la traçabilité des personnes qui sortent des statistiques est quasi inexistante.

"Il y a un chiffre inquiétant, c'est le nombre de chômeurs (seniors) de longue durée, c'est ce qui prépare à la paupérisation", souligne le responsable d'AvantAge. En mai, leur nombre atteignait 7223, ce qui représente plus de la moitié des personnes recherchant un emploi depuis plus d'une année.

Un senior n'ayant plus droit à des indemnités chômage va devoir dilapider ses économies et son patrimoine avant de prétendre à l'aide sociale. D'autres, les plus âgés, optent de guerre lasse pour une retraite anticipée, avec les pertes de rente que cela engendre.

Pour Philippe, quitter le monde du travail ne constitue pas une alternative, et pas uniquement pour des raisons financières. "Je me sens jeune, je veux avoir une activité professionnelle."

ATS

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