Esclavage: la ville de Zurich était financièrement impliquée au 18e siècle

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Histoire En achetant des actions d’une société active dans la traite des esclaves et en réalisant des investissements dans une banque, la ville de Zurich a profité de l’esclavage durant le 18e siècle. Tout comme son industrie textile.

  29.09.2020, 09:30
L'économie zurichoise était impliquée dans l'esclavage entre les 17e et 19e siècles. (Illustration)

La ville de Zurich était financièrement impliquée dans l’esclavage au XVIIIe siècle. Elle l’a fait par le biais de participations dans des compagnies actives dans la traite des esclaves. L’industrie textile zurichoise a aussi profité de l’esclavage, selon une étude.

 

 

«Nous ne pouvons pas fermer les yeux sur le passé colonial de la ville de Zurich», a indiqué mardi la maire Corine Mauch à propos des résultats de l’étude commandée par les autorités à l’Université de Zurich. La ville va maintenant examiner comment le sujet peut être rendu visible et mémorisé dans l’espace public.

Nous ne devons pas fermer les yeux sur le passé colonial de la ville de Zurich.
Corine Mauch, maire de Zurich

La ville a investi dans la traite des esclaves de 1727 jusqu’à la fin du XVIIIe siècle. Elle a notamment acheté des actions de la South Sea Company, une société anglaise active dans le commerce des esclaves.

Participation aux déportations

Durant la période où la ville possédait des participations dans cette société, la South Sea Company a déporté 8636 Africains vers l’Amérique. Elle a également expédié 27’858 esclaves africains des îles britanniques comme la Jamaïque et la Barbade vers des colonies espagnoles. «La ville de Zurich a ainsi participé financièrement à la déportation de 36’494 Africains», a indiqué Frank Schubert, auteur de l’étude.

La ville de Zurich a ainsi participé financièrement à la déportation de 36’494 Africains.
Frank Schubert, auteur de l’étude

La ville de Zurich a aussi investi dans l’esclavage par le biais de la «Commission d’intérêt Leu», un organisme semi-étatique. Elle a aussi acheté des obligations du gouvernement danois qui ont servi à financer la traite des esclaves dans les Antilles danoises où plusieurs milliers d’esclaves travaillaient.

L’île de St-Thomas, dans les Antilles danoises, est devenue un centre de commerce d’esclaves. «Grâce à ces engagements, l’argent zurichois a financé une partie modeste mais non négligeable de la traite des esclaves et de l’économie coloniale de plantations et d’esclavage», souligne l’étude.

Industrie textile

L’industrie textile zurichoise était aussi structurellement liée à l’esclavage. Les tissus produits à Zurich au XVIIIe siècle constituaient une marchandise de troc pour l’achat d’esclaves en Afrique de l’ouest. Au XIXe siècle, l’industrie du coton zurichoise s’approvisionnait en coton dans les plantations au sud des Etats-Unis.

Ce secteur a donné naissance à des entreprises industrielles et commerciales qui sont devenues des entreprises de premier plan dans l’économie suisse au XXe siècle. Elles ont contribué de manière significative à la prospérité de la Suisse, peut-on lire dans l’étude.

Débat international

Il y a actuellement un débat national et international sur les monuments et la mémoire de l’esclavage. Les auteurs de l’étude suggèrent donc que la ville de Zurich commémore de manière appropriée son implication dans la traite des esclaves et l’esclavage.

La ville de Zurich va examiner 80 monuments qui peuvent avoir un rapport avec l'esclavage. Le groupe de travail sur l'art dans l'espace public est chargé de faire un rapport. Les résultats sont attendus en 2023. La ville a contribué à hauteur de 20'000 francs à l'étude de l'Université de Zurich.

La famille Escher

Un grand nombre de familles zurichoises étaient liées au monde colonial et souvent aussi à l’esclavage de diverses manières. La famille Escher est l’exemple le plus marquant. Elle était impliquée dans l’esclavage de nombreuses façons, souligne l’étude.

Alfred Escher, un des fondateurs de la Suisse moderne, ne possédait ni esclave ni plantation, mais son grand-père Hans Caspar Escher finançait au moins un bateau d’esclaves. Son père Einrich Escher était un commerçant et un investisseur prospère aux Etats-Unis. Son oncle Friedrich Ludwig Escher exploitait la plantation de café Buen Retiro qui possédait plus de 80 esclaves à Cuba.

Alfred Escher est allé devant les tribunaux pour se défendre lorsque les médias de l’époque ont parlé de l’implication de sa famille dans l’esclavage. A cette époque, l’esclavage n’était plus considéré comme moralement acceptable.

ATS

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