L'affaire Legrix sans solution

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LA CHAUX-DE-FONDS Jean-Charles Legrix a assisté à la séance du Conseil général de La Chaux-de-Fonds. Tous les partis le poussent à la démission, sauf l'UDC.

Par ROBERT NUSSBAUM
  28.08.2013, 07:01
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"Dans la situation actuelle, le sentiment qui prévaut est que seul Monsieur Legrix a les clés pour sortir de ce conflit par le haut. Nous lui demandons de prendre le temps de la réflexion et, dans une pesée de l'intérêt général, de prendre les décisions qui s'imposent."

Mardi soir lors de la séance du Conseil général de La Chaux-de-Fonds qui commençait avec "l'affaire Legrix", le doyen de l'assemblée Charles-André Favre a tenté de rassembler tous les partis autour d'un texte. Peine perdue, l'UDC, le parti du conseiller communal à qui ses pairs ont retiré ses portefeuilles, n'y a pas adhéré, proposant de nommer une commission d'enquête. Pour des raisons de procédure - son projet d'arrêté a été déposé après le début de la séance - il n'en sera question qu'à la prochaine séance.

Pour Charles-André Favre, qui n'a pourtant pas ménagé ses efforts pour lisser le texte de manière à ce que l'UDC y adhère (et fâché que le projet ait été révélé notamment par les quotidiens neuchâtelois), le constat est clair. La confiance des autres membres du Conseil communal envers Jean-Charles Legrix est rompue, "et la situation semble irrémédiable" après les attaques par presse interposée. Celles contre des ex-collaborateurs et ce qu'il a notamment exprimé au sujet des relations hommes-femmes "ne sont pas acceptables", a dit l'élu popiste.

La réplique du groupe UDC a été ferme, même si son porte-parole Hugues Chantraine a dit que sur certains points il était en accord avec ses collègues du Conseil général et que le Conseil communal avait agi dans le cadre de ses prérogatives en relevant Jean-Charles Legrix de ses fonctions. "Nous n'avons pas signé cette déclaration (réd: celle des autres partis) , car il reste des zones très nébuleuses dans cette affaire". Notant que la confiance de son groupe envers le Conseil communal était émoussée, il a réclamé "une commission d'enquête neutre et indépendante pour élucider cette affaire" . Pour montrer sa bonne foi, il a même suggéré que la direction de l'enquête soit confiée à l'ancien juge au Tribunal fédéral des assurances, le Chaux-de-Fonnier Raymond Spira, un socialiste... Mais le règlement est le règlement: un projet d'arrêté doit être déposé avant la séance.

Jean-Charles Legrix n'a fait qu'une seule déclaration. Pour lui, l'audit de ses services ne devait pas porter sur des questions de harcèlements, mais établir un diagnostic des problèmes et proposer des solutions. "L'auditrice s'est muée en procureur", a-t-il affirmé. Jean-Charles Legrix a réaffirmé qu'il y aurait des suites pénales. Il a consulté un avocat et entend "rétablir [son] honneur bafoué depuis plusieurs semaines" . Le conseiller communal déchu en a appelé au droit fondamental de se défendre, qu'il voit aussi comme un devoir vis-à-vis des citoyens qui ont voté pour lui. "Je ne démissionnerai pas", a-t-il lâché, affirmant encore que la décision de ses collègues était "illicite".

Le nouveau président du Conseil communal Pierre-André Monnard a quant à lui précisé des points concernant l'audit, en réponse à une interpellation multipartis sur le sujet de fin juin. Rappelant la peur exprimée par une trentaine d'employés interviewés (sur 47), la panique de dix et la souffrance de la plupart, il a souligné que l'exécutif, en tant qu'employeur, se devait légalement de protéger les employés, en vertu du Code des obligations et de la loi sur le travail.

 

Les partis à la recherche d'un impossible compromis ont échoué sur le fil

 

Les élus du législatif chaux-de-fonniers sont au centre du Séisme politique qui ébranle la ville de La Chaux-de-Fonds.

De tous les bords, des voix se sont élevées pour résoudre la crise ouverte par la mesure sans appel et sans précédent prise par l'exécutif: priver l'un de ses membres de toutes ses prérogatives et fonctions.

Jean-Charles Legrix, de l'UDC, reste un élu du peuple. Mais c'est désormais un ministre sans portefeuille, comme on dirait sous d'autres cieux.

Révélations à contretemps

Sous la houlette d'une personnalité unanimement respectée, le popiste Charles-André Favre, doyen du Conseil général, un groupe restreint composé de membres de tous les partis représentés au législatif s'est réuni la semaine dernière. Une petite dizaine de personnes, selon nos informations, ont tenté de rédiger un texte qui devait mettre tout le monde d'accord. Y compris l'UDC.

Dimanche soir, cela semblait acquis. A la suite d'une indiscrétion, ou plus vraisemblablement de plusieurs, les médias, dont le nôtre, se sont fait l'écho de la démarche.

Echaudés par cette révélation prématurée, les militants UDC de La Chaux-de-Fonds ont fait machine arrière lundi. La fuite "a mis l'UDC sur les pattes arrière!", jugeait hier matin Charles-André Favre.

Selon d'autres observateurs, toutefois, cette volte-face cache en réalité un divorce, au sein même du parti, entre ceux qui ont négocié la teneur du texte avec les autres partis et d'autres membres de la formation agrarienne.

Et négociation il y a eu. Serrée. A l'origine, les partis imaginaient d'appeler clairement l'élu à démissionner. Une formule absente du texte final où il était appelé simplement à "prendre ses responsabilités."

UDC associée à la démarche

L'élu UDC Hughes Chantraine le reconnaît: "Nous avons été associés à la démarche, nous avons pu voir le texte en préparation et donner notre avis."

Membre du groupe d'une dizaine de conseillers généraux qui ont oeuvré en coulisses ces derniers jours, le président du groupe PLR Christophe Ummel estime que la fuite a effectivement pu avoir un effet délétère: "Pour les membres de l'UDC, il n'était pas indifférent que l'information paraisse dans la presse avant la discussion au Conseil général."

Pourtant, les groupes n'ont pas ménagé leurs efforts: "Nous avons fait ce qui était en notre pouvoir pour permettre à l'UDC de s'associer à la démarche", explique-t-il. Peine perdue, on l'a vu.

Marc-André Oltramare, membre du Nouveau Parti libéral, le regrettait avant même l'ouverture du Conseil général d'hier soir. "Pour l'UDC, cela aurait été une belle sortie", estime-t-il. Et tous les partis, juge-t-il, "étaient prêts à faire bon accueil à Florian Robert-Nicoud, (réd: le successeur désigné de l'intéressé), si Jean-Charles Legrix avait démissionné." Le choix de résister s'apparente à un "suicide politique" estime-t-il: "Jean-Charles Legrix s'accroche sur du sable."

Le militant néo-libéral estime que ceux qui ont négocié dans l'ombre "ne pouvaient pas aller plus loin" que le compromis qui avait été finalement trouvé.

Image écornée

Reste à gérer désormais l'image du parti. Elle pourrait souffrir, reconnaît Hughes Chantraine. "Les gens ne pourront pas s'empêcher de faire le rapprochement avec l'affaire Hainard, même si la situation n'est pas comparable." Mais il craint pour l'UDC un même "effet Hainard" que celui qui a touché le PLR, "même si le parti n'a rien à se reprocher."

Les instances supérieures, elles, ont semble-t-il choisi de se murer dans le silence. Le président de l'UDC cantonale, officiellement toujours Yvan Perrin, n'a pas répondu à un message électronique que nous lui avions adressé. Nous avons aussi essayé de joindre le secrétaire politique de l'UDC cantonale Walter Willener, sans succès.

LEO BYSAETH


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