Salaires minimaux: les syndicats défendent leur initiative

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votations fédérales Vivre de son revenu en travaillant à plein temps, c'est un minimum, défendent les syndicats. Pour cela, il faut encourager les CCT et introduire un salaire minimum de 22 francs de l'heure. Une mesure qui bénéficierait particulièrement aux femmes.

  27.02.2014, 12:27
Principaux secteurs touchés par les bas salaires: hôtellerie-restauration, commerce de détail, nettoyage, centres d'appels, agriculture.

Chacun doit pouvoir vivre de son revenu en travaillant à plein temps. Forts de cette conviction, les syndicats ont défendu jeudi leur initiative en votation populaire le 18 mai. Ils ont profité de l'occasion pour contrecarrer les arguments avancés deux jours plus tôt par le ministre de l'économie Johann Schneider-Ammann.

Le texte de l'Union syndicale suisse (USS) demande à la Confédération et aux cantons d'encourager les conventions collectives de travail (CCT). Pour les secteurs où cela n'est pas possible, un salaire minimum de 22 francs de l'heure devrait être introduit. Cela correspond à 4000 francs par mois pour 42 heures hebdomadaires.

Cette somme n'est pas surévaluée, elle est adaptée au niveau des prix, des loyers et des primes maladies que doivent affronter les Suisses, a expliqué le président de l'USS Paul Rechsteiner devant la presse. 22 francs de l'heure correspondent à 61% du salaire médian helvétique. En comparaison, le SMIC équivaut à 64% du revenu médian français, a ajouté l'économiste du syndicat Daniel Lampart.

Salaires indécents

En Suisse, pas moins de 330'000 personnes travaillant à plein temps touchent moins de 4000 francs par mois. A Genève, ils sont 33'000, soit l'équivalent de la population de la ville de Vernier. Or il n'est pas acceptable que quelqu'un qui travaille à 100% doive être soutenu par l'Etat pour joindre les deux bouts, a estimé Paul Rechsteiner.

La situation est particulièrement préoccupante dans le commerce de détail, notamment dans les grandes chaînes de magasins de vêtements et de chaussures. En 2013, Yendi versait ainsi à Berne des salaires bruts de 3200 francs par mois, a dénoncé la co-présidente d'Unia Vania Alleva.

Une honte, selon elle, quand on pense aux fortunes colossales amassées par de nombreux propriétaires de chaînes comme les familles Bata, Deichmann (Dosenbach/Ochsner) et Brenninkmeijer (C&A) ou encore par Amancio Ortega (Zara).

Pas de protection

La syndicaliste a par ailleurs battu en brèche l'argument du partenariat social vanté par le camp du "non". Ce n'est qu'un verre à moitié vide: plus d'un travailleur sur deux n'est pas soumis à une CCT prévoyant un salaire minimum. Et les bas revenus sont particulièrement fréquents dans les branches dépourvues de CTT à force obligatoire.

Contrairement à d'autres pays, les faibles rémunérations ne sont pas un problème frappant avant tout les jeunes, mais les femmes. A travail égal, ces dernières gagnent 630 francs de moins par mois que les hommes dans le commerce de détail, a relevé Paul Rechsteiner.

Pas de risques

Les syndicats ont tenu à démonter les arguments du Conseil fédéral contre leur initiative. Instaurer des salaires minimaux ne fera pas augmenter le chômage, a affirmé Daniel Lampart. Des emplois seront entre autres libérés par ceux qui doivent actuellement trouver un deuxième job faute de revenu décent.

L'économie ne périclitera pas non plus. Un minimum de 22 francs de l'heure ferait augmenter la masse salariale d'environ 1,6 milliard de francs. Cette hausse de 0,4% représente nettement moins que les augmentations de salaires annuelles en Suisse.

L'immigration n'augmentera pas non plus, car les employeurs ne pourront plus recruter de la main-d'oeuvre bon marché à l'étranger. S'ils doivent verser des salaires helvétiques, aller chercher du personnel à l'étranger n'en vaudra la peine que s'ils ne trouvent personne en Suisse, a poursuivi l'économiste de l'USS.

Pas de danger de délocalisation non plus, selon la vice-présidente de syndicom Bernadette Häfliger Berger. Un facteur de Pologne ne distribuera pas le courrier le dimanche matin pas plus qu'une agente d'appels en Tunisie ne pourra vendre des assurances en Suisse.

Après le 9 février

L'introduction des salaires minimaux contribuera en revanche à améliorer le niveau des retraites, avec de meilleures rentes. Et, si les revenus augmentent, cela permettra aussi de financer la retraite.

Interrogés sur les répercussions de l'acceptation de l'initiative de l'UDC contre l'immigration de masse sur leur propre initiative, les syndicalistes ont botté en touche.

La problématique des salaires insuffisants reste la même après le 9 février, selon Paul Rechsteiner. Le recours à des contingents n'est de loin pas la panacée. Les saisonniers étaient un bel exemple de dumping salarial, a ajouté Daniel Lampart.


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