50 ans de l'A1

Quel sera le visage de l'autoroute du futur?

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CIRCULATION Réseau suroccupé, pollution, accidents, baisse des ressources énergétiques, le concept de voie rapide semble saturé. Peut-être pas selon la science-fiction et certaines entreprises innovantes.

Par MAXIME MAILLARD
  31.12.2014, 00:01
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info@lacote.ch

Si seulement la téléportation existait, les automobilistes ne perdraient pas globalement, en Suisse, 20 596 heures par année dans les bouchons. Un chiffre astronomique, qui plus est en constante augmentation (+3,4% en 2013), selon l'Office fédéral des routes.

A l'heure de la dématérialisation des supports et de l'accélération des débits d'informations, l'autoroute - cette grande avancée des années 60 - semble bien à la peine pour canaliser les flux grandissants de véhicules.

Alors que l'Office fédéral des routes planche sur la multiplication ou l'élargissement des voies rapides, certaines entreprises s'appuient sur les nouvelles technologies pour développer des autoroutes connectées. De son côté, la science-fiction n'a pas attendu la saturation de nos réseaux pour explorer des alternatives aux embouteillages et à l'irrationalité de la conduite humaine. Petit tour d'horizon des innovations d'aujourd'hui et des utopies de demain.

 

Renforcer la sécurité

 

En Hollande, le studio de design Roosegaarde, en collaboration avec Heijmans, principale société d'autoroute des Pays-Bas, développe actuellement son concept d'autoroute intelligente ("Smart Highway") sur un tronçon de 500 mètres dans la province du Brabant.

Le projet? Créer un bitume interactif, doté de marquages photoluminescents rechargeables durant la journée. Cette peinture dynamique pourrait à l'avenir être utilisée pour la signalétique au sol ou pour avertir l'automobiliste de la présence de verglas grâce à des dessins de cristaux de glace apparaissant sur la chaussée.

D'autres propositions sont également à l'étude dans les domaines de l'énergie et de la sécurité: des mini-éoliennes dont les pales s'activent grâce à l'air déplacé par le trafic, produisant une lumière utilisable pour l'éclairage des routes; ou une voie sur laquelle les voitures électriques pourraient se recharger tout en roulant, grâce à un champ électromagnétique faisant circuler l'électricité entre le sol et la batterie.

 

Réduire la pollution

 

Du côté du géant allemand Siemens, on étudie un système de caténaires destinés aux poids lourds, responsables selon la multinationale d'un tiers des émissions de CO 2 sur la planète. Baptisé "eHighway", ce projet, dont un tronçon de 3 km devrait être opérationnel en Californie en juillet 2015, consiste en un dispositif analogue à celui des trolleys: équipés d'un pantographe, les poids lourds récupèrent le courant fourni par les câbles supérieurs, eux-mêmes alimentés par une sous-station. Problème: l'aménagement des autoroutes coûterait des milliards, sans compter la conversion du parc des camions en hybrides, afin qu'ils puissent aussi circuler sur des routes non "électrifiées".

Moins poétique que la "Smart Highway", le projet de Siemens ne vise qu'un but: réduire les émissions de gaz à effet de serre et la consommation de combustibles fossiles. Mais en réalité, il ne fait que déplacer le problème. Faudra-t-il dès lors bâtir de nouvelles Centrales nucléaires pour alimenter ces milliers de camions en courant? Si la question de l'approvisionnement énergétique reste en suspens, ces diverses innovations ne semblent guère apporter de solutions sur le plan de la sécurité et de la fluidité.

 

Les scénarios de la SF

 

Un avis que partage Marc Atallah, directeur du musée de la science-fiction (la "Maison d'Ailleurs") à Yverdon. Selon lui, " nous n'avons fait qu'ajouter des gadgets pour rendre les autoroutes plus fluides et plus sûres ". Le meilleur exemple étant les radars. " Ils ne résolvent rien . Au contraire, ils accentuent l'effet d'accordéon sur l'autoroute, car les gens freinent puis accélèrent entre les détecteurs. "

De même, multiplier les tronçons ou construire de nouvelles voies ne convainc pas ce physicien de l'EPFL et docteur en littérature. " Plus vous aurez d'espace, plus il sera comblé. C'est la peur du vide d'Aristote! Vous pouvez faire ce que vous voulez avec le réseau, vous aurez toujours des embouteillages". Selon lui, la solution passera par l'automatisation. " Cela fait depuis les années 1940 que la science-fiction fantasme sur la libération de l'homme grâce aux machines. " Ce paradigme technologique est illustré dans "Minority Report" (2002), un film où les voitures autoguidées peuvent circuler à des vitesses beaucoup plus élevées. Pas étonnant pour Marc Atallah: " La conduite gérée par l'homme n'est pas rationnelle, c'est pourquoi elle doit être limitée ".

Autre paradigme: la verticalisation du réseau. " Une tendance exploratrice datant des années 1970, influencée par l'augmentation démographique liée à l'immigration.Face à la saturation du réseau au sol, les oeuvres investissent la multiplication des plans ." Des pistes explorées par le bédéiste Moebius ou Luc Besson dans son film, "Le cinquième élément". "Cependant, tient à préciser Marc Atallah, la science-fiction n'est pas une matrice à solutions, plutôt un laboratoire narratif où ce que l'on vit aujourd'hui est exacerbé ". Telle est la vocation de la science-fiction: spéculer sur l'avenir à partir des connaissances actuelles. L'embouteillage fut ainsi régulièrement exploité comme scénario catastrophe. Quant à l'autoroute du futur, pas sûr qu'elle restera rivée au sol, ni que des humains seront encore aux commandes des véhicules.

www.ailleurs.ch

www.smarthighway.net

www.mycopter.eu

 

"MY COPTER": UN PROJET FOU QUI INVESTIT LES AIRS

 

Cofondateur de la société Sensefly, plus grand producteur suisse de drones civils, Jean-Christophe Zufferey a contribué au développement d'un projet européen baptisé "My copter". Un système de transport aérien personnalisé fonctionnant grâce à des hélicoptères automatisés et capables de s'auto-organiser. "Face à la congestion mondiale du trafic sur route et à l'augmentation des coûts de maintenance, l'avenir se jouera dans le ciel. L'idée est de passer d'une mobilité à une dimension vers une mobilité à trois dimensions" , explique ce féru de robotique. Prévu pour des déplacements en milieu urbain, du logis au travail ou entre agglomérations, ce projet de capsules aériennes à basse altitude a été étudié afin de limiter les infrastructures terrestres. Dans l'idéal, l'utilisateur devrait pouvoir décoller depuis son pas-de-porte et atterrir là où il le souhaite, sans l'intermédiaire d'un contrôle aérien au sol. "Avec un tel système, on serait en mesure de définir les routes où on veut en créant des couloirs dans le ciel, et d'organiser le trafic comme l'on veut" . Quant aux coûts, "passer par les airs ne coûte pas plus cher que d'être dans les bouchons" , estime Jean-Christophe Zufferey. Mené en collaboration avec cinq autres laboratoires de recherche européens, dont le Max Planck Institut de Tübingen, le projet est aujourd'hui en attente de financements. "Nous n'avons pas encore pu développer la capsule mais nous avons les connaissances technologiques pour le faire" .


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