50 ans de l'A1

Un îlot de paix entre trains et voitures

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MORGES Depuis l'an 2000, Jon Ferguson vit avec sa famille dans une villa tout près de l'autoroute et des voies CFF. Amoureux de La Coquette, il n'envisagerait pour rien au monde de déménager.

Par MARTINE ROCHAT
  12.11.2014, 00:01
A deux pas de la porte d'entrée, de l'autre côté d'une maigre haie d'arbres et d'un mur anti-bruit qui semble bien dérisoire, l'heure de pointe sur l'A1 dévide ses flots de voitures chuintant sous la pluie. Mais Jon Ferguson est formel: "
A l'intérieur, on n'entend plus rien"
... On confirme. 
CEDRIC SANDOZ

martine.rochat@lacote.ch

Trois marches d'escalier et un couloir étroit et obscur. A deux pas de l'entrée de la maison à droite, le mur anti-bruit, noir aussi sous le crépuscule humide. De l'autre côté, le trafic de l'heure de pointe sur l'A1. Le site de la villa habitée par l'écrivain, peintre, ex-professeur d'anglais et entraîneur de basket retraité Jon Ferguson, avec sa famille, au chemin des Zizelettes, coincée entre le ruban de bitume et les rails CFF, donne, a priori, l'envie de fuir. " Oh, vous êtes arrivés par ici. Dommage. Nous entrons par le garage ou le jardin pour éviter le bruit", s'exclame le maître de maison, avec l'accent rocailleux de sa Californie natale, qu'il conserve depuis son arrivée en Suisse au début des années 1970.

 

Les six autoroutes urbaines de Los Angeles

 

La porte refermée, l'ambiance change à l'intérieur. Le salon est chaleureux. Aux murs, des affiches de Miro et Matisse et les tableaux de Jon Ferguson, qui font exploser les couleurs. Surprise, on n'entend plus les voitures! A peine les trains, côté jardin. " J'adore voir ces longs tuyaux lumineux pleins de gens, qui foncent dans la nuit", s'exclame le grand Américain, qui a gardé sa silhouette de sportif "Dans la maison, il n'y a pas de bruit. C'est un ilôt de silence et de paix. Ni l'autoroute, ni les trains ne sont un problème. Le bruit, c'est la vie. Quand vous habitez une grande ville, il y a de l'agitation, du mouvement, c'est normal. Aux Etats-Unis, on vit avec et on s'en fout (sic!). A Los Angeles, vous avez six autoroutes qui passent à travers les quartiers. En comparaison, Morges est un paradis sur terre, avec une merveilleuse qualité de vie ." Une visite des lieux confirme l'impression de cocon douillet. " Où donc aurais-je pu avoir deux pièces en sous-sol, rien que pour moi?", interroge-t-il, montrant le bureau, où, chaque jour, dès 5 heures, il écrit, entre autres ses chroniques du mercredi pour "La Côte", puis l'atelier. " Mon bordel!" Un mot savoureux, pour parler du désordre créatif qui y règne. " Vous trouvez qu'il y a du bruit? Non!" Il relève les variations de celui-ci, à certains moments de la journée ou sous l'effet de la Météo. " Le pire, c'est quand il pleut. En soirée, il n'y a presque aucune circulation depuis 21 heures et plus de trains depuis une heure du matin" (à noter que les chambres à coucher donnent sur les installations ferroviaires).

 

Trois maisons déplacées

 

Comment Jon Ferguson en est-il arrivé à opter pour cette en clave, unique en son genre, du territoire morgien? Une parcelle qu'il partage avec ses deux voisins immédiats, des familles implantées respectivement depuis une quarantaine et une vingtaine d'années. " A l'époque, les trois habitations se trouvaient deux cents mètres plus loin, exactement sur le tracé de la future autoroute. Il a fallu les déplacer, avant de commencer le chantier. "

C'est, en substance, un divorce qui l'a amené à Morges, en 2000. " Précédemment, j'habitais Pully. Le bruit était horrible, à cause des arrêts et des redémarrages des véhicules, à cause de feux, en dessous de chez moi. L'autoroute, c'est mieux, parce que plus constant. J'ai un ami qui a payé très cher une maison sur la plage. Le bruit des voitures, c'est comme la mer et, en plus, moi, je ne me suis pas ruiné !" Notre interlocuteur cherchait alors un toit pour lui, ses deux enfants, sa nouvelle épouse, et trois chiens. " Vu le prix de l'immobilier sur La Côte, j'aurais dû me contenter d'un deux-pièces. Un jour, j'ai vu une annonce pour cette maison. Sept pièces pour moins de 500 000 francs, pas croyable! Ni une ni deux, il appelle l'agence chargée de la vente. " Au téléphone, on m'a dit que c'était près de l'autoroute et que, sur cent personnes qui avaient demandé des renseignements, aucune n'avait donné suite. J'ai été le seul à visiter et je suis tombé sous le charme... Je n'imaginerais jamais de repartir ." Et si, un jour, le contournement de Morges se réalisait? " Bon, je serais certainement mort et enterré quand ça arrivera, mais ce serait génial! C'est pour le coup que ma maison à deux balles prendrait de la valeur", conclut-il sur un grand éclat de rire.


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