Coronavirus
 26.05.2020, 13:11

Coronavirus: le semi-confinement a affecté les Suisses psychologiquement et physiquement

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Le semi-confinement a été bénéfique à ceux qui souffrent d'agoraphobie, de traits autistiques ou de phobie sociale, notent plusieurs psychothérapeutes (image symbolique).

santé Les Suisses ont traversé le semi-confinement et certains s’en sortent avec plus ou moins de séquelles physiques et psychiques. Pertes de masse musculaire, dépression, développement de tocs, des professionnels font le point.

La perte de repères et de routine durant le semi-confinement a mis les Suisses à rude épreuve psychologiquement. Et physiquement, ils se sont sédentarisés. Toutes les catégories d’âge sont touchées, selon les experts.

«Les patients qui ont le plus souffert présentent des symptômes dépressifs, un isolement social ou un deuil préexistant l’arrivée du semi-confinement», estime Eva Gonzalez Villar, psychologue psychothérapeute à Martigny (VS) qui travaille avec des adultes. Mais la situation a fait effet de loupe grossissante chez beaucoup d’autres.

Une petite fille avec un haut potentiel intellectuel a par exemple développé des tocs pendant le confinement.
Amélie Bonvin, psychologue

«Le fait d’être confiné a augmenté la sensation de solitude, et les sentiments négatifs s’y rapportant», explique Vanessa Murmann, psychologue qui travaille avec des enfants et des familles à Sion. Certains enfants ont développé davantage de comportements anxieux, ajoute une collègue Amélie Bonvin. «Une petite fille avec un haut potentiel intellectuel a par exemple développé des tocs pendant le confinement».

De manière générale, les adolescents ont été affectés par l’absence de relation sociale. «Beaucoup se sont tournés vers les jeux vidéo pour rester en lien avec les copains, ce qui a du coup créé passablement de conflits intra-familiaux», relève aussi cette dernière, psychologue psychothérapeute à Sion.

«Un coup de vieux»

Les patients qui ont dû repousser le début d’un traitement de même que ceux qui ont interrompu un traitement pour un problème chronique ont vu leur situation se détériorer, constate Thierry Smets, président de PhysioVaud. «Les gens qui ont appliqué un confinement strict sont majoritairement en moins bonne condition physique qu’au début de la pandémie. Et le manque d’activité a fait que la plupart rapportent une prise de poids», ajoute-t-il.

Perte de masse musculaire, affaiblissements: «certains de mes patients issus de la tranche d’âge 60-70 ans ont pris un coup de vieux», résume Céline Mottier, physiothérapeute à Sion. Et pour ceux ayant plus de 80 ans, cette dégradation leur a parfois fait perdre leur autonomie. Chez eux, «on note un déconditionnement ainsi qu’une perte d’aisance et une appréhension à reprendre place dans l’espace public», abonde Thierry Smets.

Anne Guidoux, présidente de l’Association des psychologues du Valais, parle aussi d’une hausse des dépressions et du sentiment de solitude chez ce groupe de personnes.

Une période bénéfique

Quant à ceux ayant guéri du Coronavirus, «les paramètres de la récupération sont directement corrélés à la sévérité de l’atteinte. Parmi les séquelles on recense des atteintes respiratoires, neurologiques et un déconditionnement important. Sauf dans certains cas, la récupération est plutôt bonne», note Thierry Smets.

A leur étonnement, les professionnels des deux corps de métier ont aussi constaté des aspects positifs. Le semi-confinement a été bénéfique à ceux qui souffrent d’agoraphobie, de traits autistiques ou de phobie sociale. «Ils ont pu éviter de se confronter aux situations qui étaient stressantes pour eux», explique Eva Gonzalez Villar. Le télétravail a aussi libéré certains employés plombés par l’ambiance au bureau ou par des relations conflictuelles avec leur hiérarchie.

«auto-prise en main»

Même constat chez les enfants souffrant de pathologies similaires, du moins dans un premier temps, détaille Amélie Bonvin. Mais «le manque de repères, routines et de possibilités de sortir a augmenté les angoisses et les difficultés à la maison», complète Anne Guidoux qui travaille avec des enfants, adolescents et familles.

Céline Mottier fait état d’une sorte «d’auto-prise en main». Certains patients qui sont dépendants de soins depuis des années, se sont rendu compte qu’ils n’avaient pas forcément besoin de venir sur place pour faire leurs exercices, explique la physiothérapeute.

Des questionnements

Parmi les patients qui ne présentent pas de pathologie psychiatrique et qui n’ont pas été aux prises avec des difficultés familiales particulières, des questionnements autour de la qualité de vie ont fortement émergé depuis la reprise des consultations en cabinet. «Le semi-confinement leur a donné l’occasion de réfléchir à leurs valeurs et à leurs priorités», remarque Eva Gonzalez Villar. Ces patients estiment en général que leur vie habituelle est trop stressante et qu’ils ont pu se reposer pendant cette période.

Dans certains cas, le stress a engendré une diminution de la qualité de sommeil et des difficultés de couple.
Eva Gonzalez Villar, psychologue psychothérapeute

La donne change en revanche si les patients devaient combiner télétravail et gestion de la scolarité à distance de leurs enfants. Dans ce cas, le stress prévaut et engendre «une diminution de la qualité de sommeil et des difficultés de couple», selon Eva Gonzalez Villar. D’ailleurs, au cabinet de Vanessa Murmann, les demandes de couples pour des difficultés relationnelles sont en hausse.

Chez les physios, on observe une recrudescence de lombalgies liées à une sédentarité accrue et surtout des problèmes nuque-épaule(s)-main(s) consécutifs à de mauvaises positions dans le cadre du télétravail. «Il faudra se souvenir de cela si une généralisation de cette pratique se dessine», détaille Thierry Smets.

Pas encore de retour à la normale

Physios et psys restent toutefois prudents: le retour à la normale n’a pas encore eu lieu, il est donc difficile d’évaluer la situation. Anne Guidoux rapporte que les consultations ont repris plus intensément la semaine dernière et ont donné parfois lieu «à des mauvaises surprises». Certains patients ont en réalité beaucoup plus souffert que ce qu’ils affirmaient par téléphone.

Une situation que redoute également Céline Mottier. Pour la physiothérapeute, il est d’ailleurs évident que les problèmes tensionnels s’observeront en deuxième partie de l’année. Lorsque les patients se permettront de revenir consulter et qu’ils seront plus sereins.

ATS

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