Coronavirus
 22.09.2020, 11:36

Tourisme: des milliers d’emplois menacés, les régions de montagne s’en sortent mieux

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Les régions de montagne ont endigué la chute grâce à une bonne fréquentation durant l'été.

Pertes Le coronavirus pourrait faire de sérieux dégâts au secteur touristique en Suisse. Des employés cherchent à se reconvertir, alors que des licenciements sont à prévoir. Les régions de montagne tirent leur épingle du jeu grâce à une bonne fréquentation estivale.

La pandémie de Coronavirus pourrait détruire plusieurs milliers d’emplois dans le tourisme en Suisse. Agences de voyages, hôtellerie et restauration, transports, de nombreux secteurs souffrent des conséquences économiques du virus et font face à une grande incertitude.

«Beaucoup d’employés dans l’hôtellerie, la restauration et les agences de voyage, confrontés au chômage partiel et à des revenus en baisse, cherchent actuellement à se reconvertir», explique à AWP Monika Bandi Tanner.

Selon la co-directrice de l’unité de recherche sur le tourisme à l’Université de Berne, «il semble que le marché de l’emploi pourra s’équilibrer par des fluctuations naturelles mais des licenciements secs ne pourront pas être évités, surtout dans les villes et destinations ayant misé sur la clientèle des marchés lointains», comme les Etats-Unis, les pays du Golfe et l’Asie.

Beaucoup d’employés dans l’hôtellerie, la restauration et les agences de voyage, confrontés au chômage partiel et à des revenus en baisse, cherchent actuellement à se reconvertir.
Monika Bandi Tanner, co-directrice de l’unité de recherche sur le tourisme à l’Université de Berne

«La situation est préoccupante», renchérit Karin Sieber, porte-parole de la faîtière Hotellerie Suisse. «Bien que le nombre de postes dans l’hôtellerie ne représente que 1,5% de l’emploi total, 10% des emplois (corrigés des variations saisonnières) perdus dans tous les secteurs au deuxième trimestre sont imputables à l’hébergement, soit 5637 des 54’590 postes supprimés», précise-t-elle.

De son côté, Stefano Brunetti Imfeld, président de l’hôtellerie lausannoise, estime que «10 à 15% des 30’000 employés du secteur ont été licenciés depuis le début la crise» en Suisse romande.

Comme les taux d’occupation des grandes villes sont très faibles (24% en moyenne en juillet, contre 76% un an plus tôt), il faut s’attendre à d’autres licenciements.
Karin Sieber, porte-parole de la faîtière Hotellerie Suisse

En outre, l’avenir est sombre, à en croire l’étude économique du KOF pour le troisième trimestre. «Les perspectives d’emploi dans le secteur de l’hôtellerie et de la restauration sont négatives et de nouvelles réductions d’emplois sont attendues dans les mois à venir», ajoute Mme Sieber.

S’il est encore trop tôt pour établir des prévisions concrètes, la crise semble frapper les différentes régions plus ou moins durement. «Comme les taux d’occupation des grandes villes sont très faibles (24% en moyenne en juillet, contre 76% un an plus tôt), il faut s’attendre à d’autres licenciements», avertit Mme Sieber.

Le Jungfraujoch délaissé

Dans les transports publics, «les destinations et régions fortement axées sur une clientèle étrangère, notamment asiatique et nord-américaine, ont bien plus souffert que celles dont l’offre était déjà orientée sur les Suisses», explique Bruno Galliker, porte-parole des faîtières Union des transports publics et Remontées mécaniques suisses.

«Les grands sommets tels que le Jungfraujoch ont subi d’importantes pertes, alors que dans d’autres régions, les visiteurs ont parfois été plus nombreux qu’au cours d’un été 'normal'», explique-t-il. Fin août, les remontées mécaniques du Titlis, très axées sur la clientèle étrangère, ont ainsi prévenu que des licenciements isolés pourraient avoir lieu cet automne, alors que la société n’engrange que 20% à 30% de ses recettes habituelles depuis sa réouverture.

Dans le transport aérien, Swiss a annoncé des économies de 20%, tout en affirmant vouloir éviter les licenciements. Selon le syndicat des services publics (SSP/VPOD), des économies de 15% sont ciblées sur les coûts de personnel, ce qui mettrait en danger 1425 des 9500 postes de Swiss.

Les mesures de chômage partiel et les crédits Covid ont permis de limiter, ralentir et surtout d’éviter une vague de licenciements dans le tourisme.
Monika Bandi Tanner, co-directrice de l’unité de recherche sur le tourisme à l’Université de Berne

De son côté, Easyjet compte sur les mesures de chômage partiel pour préserver ses 1000 employés en Suisse.

Dans les agences de voyages, jusqu’à 3000 postes équivalents plein-temps sont menacés, sur les 8170 emplois que compte la branche, selon la Fédération suisse du voyage. Qualifiée de «dramatique» et de «sans précédent», la situation menace de conduire de nombreuses entreprises saines, non endettées, à la faillite, s’est alarmé Max Katz, président de la faîtière.

Les mesures de soutien limitent la casse

«Les mesures de chômage partiel et les crédits Covid ont permis de limiter, ralentir et surtout d’éviter une vague de licenciements dans le tourisme. Le secteur devrait malgré tout connaître des mutations, surtout dans l’hôtellerie en ville et les agences de voyages», explique Mme Bandi.

Cette promotion a particulièrement profité aux restaurants, aux remontées mécaniques et aux magasins de sport.
Christophe Juilland, collaborateur de l’Observatoire valaisan de l’emploi

Les mesures de soutien ont permis de «limiter la hausse du nombre de chômeurs» dans les transports, l’hôtellerie et la restauration notamment, confirme Gian Reto Caduff, responsable de la direction pour l’industrie, le commerce et le travail du canton des Grisons.

De son côté, le canton du Valais, en juin, a décidé d’octroyer 16 millions de francs pour le secteur du tourisme, notamment via une promotion composée de bon de 100 francs. «Cette promotion a particulièrement profité aux restaurants, aux remontées mécaniques et aux magasins de sport», explique Christophe Juilland, de l’Observatoire valaisan de l’emploi.

En Suisse, le tourisme emploie plus de 170’000 personnes, répartis entre les secteurs de la restauration et l’hébergement (plus de la moitié des postes), les transports, les agences de voyage et les autres activités, selon les statistiques de l’OFS.

Les régions de montagne tirent leur épingle du jeu

Le tourisme se porte mieux dans les régions de montagne, grâce à une demande locale en nette hausse. Les chiffres du chômage de différents secteurs, notamment l’hôtellerie et la restauration ainsi que les transports, illustrent une reprise d’activité progressive au cours de la saison estivale.

En juillet, les touristes suisses ont été bien plus nombreux (+30%) à passer des vacances dans leur pays. Ce dont les régions de montagne ont largement bénéficié, explique à AWP Martina Bieler, porte-parole de la Fédération Suisse du tourisme.

L’envie de voyager n’a pas disparu, mais les gens l’ont satisfaite différemment.
Monika Bandi Tanner, co-directrice de l’unité de recherche sur le tourisme à l’Université de Berne

«L’envie de voyager n’a pas disparu, mais les gens l’ont satisfaite différemment, comme le montrent les solides chiffres de la saison estivale pour les régions de montagne, alors qu’on s’attendait au pire», relève Monika Bandi Tanner, co-directrice de l’unité de recherche sur le tourisme à l’Université de Berne.

«La crise ne va pas tuer le tourisme, mais les cartes seront probablement redistribuées à court terme, entre les régions jusqu’ici en stagnation, qui vont enregistrer des progressions et celles qui prospéraient avant la crise, qui vont essuyer un ralentissement», précise-t-elle.

Qu’il s’agisse du canton des Grisons, du Valais ou encore de Berne, tous ont enregistré en août un nombre de chômeurs en baisse dans l’hôtellerie et la restauration par rapport au mois précédent, selon les services cantonaux de l’emploi des cantons précités.

Les régions de montagne semblent en effet mieux s’en sortir que les autres. «On observe une reprise depuis le début de l’été suite à la levée des restrictions sanitaires. D’après nos observations, la population a passablement suivi les recommandations des autorités de passer ses vacances en Suisse», relève Christophe Juilland, de l’Observatoire valaisan de l’emploi.

Baisse du chômage

«Le fait que le chômage diminue dans les transports tend également à confirmer la bonne tenue, dans les circonstances actuelles, du tourisme cet été», ajoute-t-il. «En revanche, par rapport à l’année passée, le niveau de chômage est beaucoup plus élevé dans l’hôtellerie-restauration. Dès lors, il faut rester prudent et observer l’évolution conjoncturelle et sanitaire des prochaines semaines et prochains mois», explique-t-il.

Il y a eu une certaine reprise après la levée du confinement, mais la branche est encore loin de son niveau d’avant la pandémie.
Andrea Hunziker, porte-parole de la direction de l’économie du canton de Berne

«Le repli enregistré au cours des derniers mois s’explique par un déroulé positif de la saison estivale pour beaucoup d’établissements ainsi que par la levée progressive des restrictions mises en place pour lutter contre la pandémie de Covid-19», remarque Gian Reto Caduff, responsable de la direction du travail pour le canton des Grisons, au sujet de l’hôtellerie-restauration.

A Berne, le nombre de chômeurs a reculé successivement dans ce secteur depuis le plus haut atteint en mai, mais reste toutefois beaucoup plus élevé qu’avant la crise. «Il y a eu une certaine reprise après la levée du confinement, mais la branche est encore loin de son niveau d’avant la pandémie», remarque Andrea Hunziker, porte-parole de la direction de l’économie du canton de Berne.

ATS

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