Fusion Asse et Boiron
  07.08.2015, 15:00

Asse-et-Boiron: une fracture "nord-sud" torpille la fusion

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A la salle communale de Gingins, hier vers 18h15, partisans et opposants de Gingins et Chéserex se retrouvaient pour une verrée. Dans la bonne humeur. 

   C. SANDOZ
Par RODOLPHE HAENER/CONTESSA PINON

ASSE-ET-BOIRON Un long dimanche de fiançailles... refusées. Non, les neuf communes n'uniront pas leur destin. La faute aux trois "du haut", dont Chéserex, qui a exprimé son rejet à 80%.

Et pourtant, la journée avait bien commencé pour les pro-fusion. Grens lançait les festivités avec 83,5% de oui. Et petit à petit, les chiffres tombaient: Crassier, Signy et Eysins apportaient leur consentement à la corbeille. Un oui franc et massif. A la Piscine de Chéserex, choisie symboliquement par le comité pro-fusion, on modérait sa joie, pressentant le pire. "Ce sont des communes faciles, il était logique et attendu qu'elles approuvent le projet" , lançait Serge Melly, syndic de Crassier.

Après avoir passé la matinée à La Rippe, avec les opposants, Jean-Pierre Deriaz, préfet du District de Nyon, s'est rendu en fin de matinée dans le stamm des partisans. "Alors, vous avez des infos?", s'empresse-t-on de le questionner. " Non, je suis un observateur neutre, en fait je vous suis, par le biais du site "La Côte".

Pendant ce temps-là, à l'Auberge de la Croix-Blanche, à Gingins, on prenait son mal en patience. A 11 heures, le bureau de vote fermait et on annonçait un résultat pour 11h30. Il a fallu attendre un peu plus longtemps, alors que les habitants s'échangeaient bonnes blagues et rumeurs. Le temps d'apprendre le refus, rédhibitoire, de La Rippe, tombé vers midi. Avec 57% de non, les Rippérans enterraient, avant les autres, ce projet de regroupement à neuf. Mais à cette heure-ci, chacun imaginait encore le processus pouvoir repartir dès le lendemain, si seule La Rippe devait figurer du côté des opposants.

Une hypothèse qui n'aura pas duré bien le longtemps. Le temps, justement, d'apprendre le résultat du vote de Chéserex. Car c'est bien de là qu'est venu le véritable coup de massue: avec 80,5% de non, le scénario d'une poursuite d'une fusion de grande envergure devenait caduc. A l'Auberge de la Croix-Blanche, on peine à y croire. Chacun consultait son téléphone portable, passait des coups de fil. Oui, 80,5%, il fallait se pincer pour y croire.

"Principauté de Chéserex"

"Comment, d'ailleurs, une commune (Chéserex), qui a accepté de donner 5millions pour la construction d'une piscine régionale, peut-elle se replier de la sorte quelques années après?", se demandait-on ici et là. Puis, à Gingins, tombait enfin le couperet: 67% de non! Les opposants, Pierre Schaller en tête, se congratulaient. Désormais, c'était donc bien trois communes, et pas les plus petites, qui rejetaient la fusion.

Une fois tous les scores connus, il était temps pour les habitants favorables au processus, et réunis à la buvette de la piscine de Chéserex, d'analyser le scrutin. Bien vite, on pouvait d'ailleurs entendre parler de la "Principauté de Chéserex", village de nantis refusant de partager sa qualité de vie avec ses voisins. "C'est une scission nord contre sud", imageait Serge Melly. Le nord (La Rippe, Chéserex et Gingins) contre le sud (Arnex, Borex, Crassier, Eysins. Grens, Signy). Les riches contre les pauvres. Alors que Chéserex dit non à 80%, sa voisine directe Grens dit oui à 80% .

Le Comité de pilotage de la fusion (les 9 syndics) s'est alors isolé pour préparer un communiqué. L'enjeu était alors fort: que dire à la presse et aux citoyens? Relancer une fusion à neuf? Compliqué. Imaginer une fusion des six communes "du bas"? Possible. Mais pas dans l'empressement. Alors les syndics sont revenus à la buvette et Serge Melly, grimpant sur une chaise, a lu un communiqué faisant part d'une certaine déception. Les six communes se donnent six mois de réflexion: le temps d'étudier l'opportunité de relancer un projet réduit. Une future commune qui regrouperait plus de 4000 habitants avec un centre administratif à Borex. Musique d'avenir, car l'heure est au bilan. Et, contrairement à ce que pensent les opposants à la fusion, il serait illusoire de penser que rien ne changera. La décision de ce dimanche 25 janvier aura des conséquences, notamment en termes d'impôts et de candidatures aux prochaines élections communales.

Mais hier, l'heure était aux réjouissances, la journée ne faisait que commencer pour certains, avec diverses réunions en restaurant, avant d'aboutir, à 17 heures, à une verrée à la salle communale de Gingins, où les habitants de Chéserex se sont joints; et à une raclette à La Rippe.

 

DEUX AUTRES REFUS

 

Dans le Nord vaudois, deux projets étaient en votation. Le plus important sur le plan démographique (5000 habitants) se jouait autour de Chavornay et de quatre autres communes: Belmont-sur-Yverdon, Corcelles-sur-Chavornay, Ependes et Essert-Pittet.

Le regroupement a capoté avec le refus clair de Belmont et celui plus serré d'Ependes. Quant au projet de fusion Montélaz, il a beau avoir été soutenu par 63% des votants, il a été enterré suite au refus du petit village d'Ursins alors que Cronay, Cuarny et Valeyres-sous-Ursins avaient majoritairement glissé un "oui" dans l'urne. Montélaz aurait compté quelque 1000 habitants. ATS

COMMENTAIRE

RODOLPHE HAENER

 

ETRE COHERENT JUSQU'AU BOUT

 

Le résultat est clair, ne laissant aucun doute, ou presque. Ainsi donc, rien ne changera: chacune des communes conservera son autonomie, son patrimoine, ses armoiries, et ses impôts. Mais, justement, demain, rien ne changera. Et dans ces conditions, chacune des communes devra affronter seule les problèmes qu'elles ont souhaité résoudre par une fusion. Il faudra régler, en premier lieu, le souci financier. Beaucoup risquent ainsi d'augmenter leurs impôts rapidement. Mais il faudra aussi trouver la relève pour assurer le bon fonctionnement de ces petites entités communales, où la charge de travail augmente et où les affaires se complexifient. Car le refus de la fusion, pourtant portée par les syndics, qui sont des citoyens au coeur de la gestion, risque d'en décourager plus d'un. Des démissions sont-elles à attendre? L'avenir proche le dira. Or, même sans démission rapide de la part d'un ou de plusieurs membres d'une municipalité, il faudra vite se mettre en tête que, lors des élections communales de 2016, beaucoup pourraient ne plus vouloir briguer de nouveau mandat. Dès lors, il faudra trouver de la relève. Et ceux qui ont dit non hier, s'ils voulaient être cohérents jusqu'au bout, seraient bien avisés de se mettre à disposition de leur village pour que celui-ci continue à bien fonctionner. Se mobiliser le temps d'une votation est une bonne chose, mais lorsque la mobilisation se fait à l'encontre de réformes structurelles, on est en droit d'attendre que ceux qui ont plébiscité le statu quo ne rechignent pas à la tâche lorsqu'il faudra composer un nouvel exécutif.


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