Usain Bolt, le phénomène magique

La foudre a encore frappé sur les Jeux Olympiques. Usain Bolt écrase la concurrence et remporte la finale olympique du 100 mètres. Le patron, quoiqu'on en dise, c'est lui.
06 août 2015, 10:44
/ Màj. le 20 oct. 2015 à 10:39
Usain Bolt a écrasé la concurrence lors de la finale du 100 mètres.

Plus de doute, Usain Bolt est une légende! Le Jamaïcain est entré davantage encore dans l'histoire en survolant la finale olympique du 100 m, pour laquelle il ne partait pas forcément favori, en 9''63, deuxième chrono de tous les temps à 5 centièmes de son record du monde. Il est de retour comme à ses plus beaux jours.

Bolt est bien parti pour rééditer son triplé de Pékin il y a quatre ans. Comme par magie, celle qui décuple la concentration et l'énergie des plus grands champions lors des compétitions majeures, il a retrouvé d'un seul coup, l'espace d'une soirée dans le stade olympique garni par 80'000 spectateurs, ce mélange de fluidité et de puissance qu'il n'avait plus affiché depuis trois ans.

Il a laissé à douze centièmes son compagnon d'entraînement Yohan Blake (2e en 9''75), l'homme qui contestait sa suprématie depuis un an au point de l'avoir battu récemment aux "trials" jamaïcains. Mais Bolt reste Bolt: le plus grand, le plus fascinant, le plus charismatique, la superstar de l'athlétisme! Quand il a passé l'épaule vers les 70 m, après un départ appliqué, certes pas le meilleur mais correct, il a progressivement déployé ses longs compas pour avaler progressivement la meute. Derrière les deux Jamaïcains, l'ex-dopé Justin Gatlin sauve l'honneur des Etats-Unis avec la médaille de bronze (9''79), un centième devant son malheureux compatriote Tyson Gay (9''80). Asafa Powell, le mieux parti, finit dernier.

Sublimé

Le public pouvait scander des "Usain, Usain" et se laisser enchanter par Bolt, que d'aucuns doutaient de revoir à ce niveau, après ses ennuis de santé des derniers mois. La Foudre a montré qu'elle reste capable de réaliser à terme ce fameux chrono dans les 9''4 que lui prédisent son entourage et certains scientifiques. Désormais quadruple champion olympique (100, 200 et 4 x 100 m à Pékin, 100 m à Londres en attendant plus avec le 200 jeudi), également triple champion du monde, Bolt est le deuxième sprinter de l'histoire à parvenir à défendre sa couronne dans la discipline reine, vingt-quatre ans après Carl Lewis. Comme à chaque fois dans une grande compétition, il y joint la manière, avec un temps stratosphérique: aucun autre homme ne s'est jamais approché de ses 9''63 de dimanche. A Pékin il y a quatre ans, il avait gagné en 9''68, en se relâchant sur les 20 derniers mètres. Son record du monde de 9''58 date des Mondiaux de Berlin en 2009.

Mais depuis, Bolt avait couru cahin-caha, subissant d'abord une défaite devant Gay à Stockholm l'été 2010, avant de mettre prématurément fin à sa saison. Depuis, il avait aussi aligné les frasques - accidents de voitures, sorties nocturnes prolongées, - et les pépins de santé (problèmes aux ischio-jambiers provoqués par une scoliose), au point de se faire menacer par Blake. Sous la pression de celui-ci, Bolt avait du reste commis un faux départ en finale des Mondiaux 2011 à Daegu et subi l'élimination. Son retour, après les mystères et cachotteries du début de saison, n'est que d'autant plus marquant!

Bolt, qui aura 26 ans ce mois, incarne une nouvelle génération de sprinters, avec sa foulée à la fois ample (jusqu'à 2m90) et très cadencée pour un homme de sa taille. La vitesse de pointe de ses meilleurs 100 mètres dépasse les 44 km/h (44,42 km/h lors de son record du monde). Sous ses airs décontractés et sa bonhomie se cache un homme intelligent, de l'avis de ses proches, qui connaît parfaitement son corps et sait exactement quand il peut "pousser la machine" ou non. Comme beaucoup de surdoués comme lui, il a souvent besoin de décompresser, ce qu'il fait de préférence en pianotant sur sa console de jeux, en sortant danser ou en faisant le DJ.

Son triomphe est aussi celui de son coach, le bougon sexagénaire Glen Mills. Ce faiseur de champions a déjà également amené au firmament Kim Collins, champion du monde en 2003, et Blake. A qui le tour? Le suivant peut assurément encore attendre. Bolt est installé pour un moment, pour l'histoire.

"Je suis un peu resté dans les blocks"

Après sa course, Usain Bolt était ravi: "Je suis très heureux. J'étais ici pour défendre mon titre et je l'ai fait: c'est un honneur. J'ai fais ce que j'avais à faire et cela me ravit. Beaucoup de gens ne me voyaient pas favori mais je suis resté concentré et j'ai fais mon job. Quand j'ai disputé ma première course ce matin, je me suis dit 'OK, je peux le faire'. Je dois avouer que j'étais un peu inquiet au départ des séries. Je ne voulais pas faire un nouveau faux-départ (en référence à son faux-départ en finale du 100 m des Mondiaux 2011). Je suis un peu resté dans les blocks, ce n'est certainement pas le meilleur départ de ma carrière. Mon coach m'a dit avant la course: 'ne te préoccupe pas du départ car là où tu es le meilleur, c'est sur la fin'. Les gens peuvent dire ce qu'ils veulent, quand les grands championnats sont là, je réponds présent".

Yohan Blake: "Cette médaille est douce à mes yeux, car je courais ici contre les meilleurs au monde. Je félicite Usain d'avoir pu défendre son titre. De mon côté, j'ai fais ce que je devais en restant concentré sur ma course."

Justin Gatlin: "L'or reste l'or et là, ce n'est que le bronze mais il est si bon de revenir aux Jeux après huit ans ! Qui plus est dans un stade si électrique. J'ai connu quelques problèmes pendant ma course mais je vais corriger tout cela pour la suite."