Paléo
 28.07.2019, 12:24

Stephan Eicher en sauveur d’un Paléo sous l’eau

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Imprévu Le Bernois a remplacé Shaka Ponk au pied levé, samedi soir. Il a donné un deuxième concert à minuit avec sa fanfare et des invités. Magique.

Le cœur n’est pas vraiment à la fête. Samedi après-midi, sur l’Asse, les bottes de pécheur et les pèlerines colorées sont de sortie. On le sait, ce soir, l’orage ne va pas épargner Paléo. Le festival est encore loin de se douter qu’un nouveau coup de massue s’apprête à plomber le moral des troupes. À 16h30, le verdict tombe: Shaka Ponk, tête d’affiche prévue à minuit sur la Grande scène, doit annuler son concert. 

La veille, le groupe n’a pas pu se produire comme prévu à Laas, en France. En cause? Une extinction de voix de sa chanteuse Samaha. Pourtant, les rockeurs français ont cru jusqu’au bout à la possibilité de jouer au Paléo ce samedi. Ils étaient bien présents sur l’Asse le jour même. «Shaka Ponk a tout essayé, explique Michèle Müller, responsable presse du festival. Nous avons fait intervenir le médecin du site, des médicaments ont été prescrits à la chanteuse, mais rien à faire.»

Une solution en moins de 8 heures

Paléo se voit donc dans l’obligation d’annuler le concert de sa tête d’affiche. Coup dur. Il faut trouver une solution en moins de 8 heures. Chercher un artiste de la même envergure à faire venir en urgence? Impossible. Ne rien proposer sur la Grande scène? Inenvisageable pour le co-programmateur Jacques Monnier. «Nous ne pouvions pas faire ça à nos festivaliers», lance-t-il.

En coulisses, tout le monde s’active. Le sauveur s’appellera Stephan Eicher. Prévu en ouverture de soirée sur la Grande Scène avec sa fanfare Traktorkestar, le Bernois jouera une deuxième fois à minuit. Mais pas question de refaire le même concert! L’artiste veut créer un spectacle unique. «Toute l’équipe artistique du festival s’est réunie avec Stephan en coulisses pour un brainstorming», raconte Jacques Monnier.  

Vient l’idée d’inviter d’autres artistes. Des amis du chanteur, qui viendront en urgence depuis Berne, et des musiciens programmés le même soir. Les Québécois Robert Charlebois et Tire le Coyote répondent tout de suite présents. Il y aura même DJ Zebra, initialement prévu pour un mix dans une soirée privée, qui viendra finalement à la rescousse de cette Grande scène.

Solidarité envers le festival

Comment, alors, négocier un contrat et des cachets pour tout ce beau monde en si peu de temps? «Nous n’avons bien entendu pas encore eu le temps de régler ces affaires administratives, répond le co-programmateur. Mais chaque artiste présent ce soir là recevra un cachet pour sa prestation. Ce qui est incroyable, c’est que personne n’a parlé d’argent. Chaque musicien a accepté de jouer par solidarité envers le festival et pour le plaisir de participer à une création instantanée.» Le cachet de Shaka Ponk, lui, déjà versé à hauteur de 50% en avance, sera restitué au festival par l’agent artistique du groupe, couvert par une assurance annulation. 

À 18h30, l’annonce devient publique. Stephan Eicher & Paléo Orkestar remplace Shaka Ponk. Quinze minutes plus tard, le Bernois entame son premier concert. À la fin, il annonce que la fête se poursuivra avec lui à minuit. Clou du spectacle, il invite les festivaliers à se présenter sur le côté de scène pour participer à une chorale improvisée. Trente personnes seront choisies pour aller en coulisses avec l’auteur de «Déjeuner en Paix.» 

De 20h à minuit, les loges du festival se transforment en répétitions générales. Jacques Monnier a encore des étoiles dans les yeux. «C’était un des moments les plus difficiles et éprouvants à gérer dans l’histoire de Paléo. Mais c’est pour ce genre d’événement qu’on fait ce métier. C’est absolument magique ce qu’il s’est passé hier.»

À quelques minutes du show, personne n’y croit. Cela fait maintenant quatre heures que Paléo est sous l’eau, dans la boue, lessivé et démoralisé après le déluge durant le spectacle «Le Fric», écourté en vu de la météo, et, disons-le, décevant dans le choix de ses sketchs et dans son orientation plus musicale qu’humoristique.

Joyeux bordel

Soudain, la magie opère. La fanfare d’Eicher est en feu. Les pèlerines et les parapluies se pressent devant la scène. Le terrain de la Grande scène, entièrement vidé cinq minutes auparavant, est bientôt rempli comme pour acclamer une tête d’affiche. Cuivres, accordéon, percussions et guitares se déchainent sur des rythmes folkloriques balkaniques. On y reprend du Johnny Cash, «Le Temps des Gitans» de Kusturica, ou du Rammstein avec Simon Jäggi, chanteur de Kummerbuben, qui s’offre un bain de foule.

Un joyeux bordel où Stephan Eicher trône en maitre de jam. Le public ne s’y trompe pas. C’est exactement ce qu’il vient chercher en festival: un instant suspendu dans le temps, imprévu, spontané. Et qui ne se produit qu’une fois. Ils sont là: Tire le coyote, sa voix frêle à l’accent québécois prononcé, le yodel de Mélanie Oesch, et même les acrobaties du Cirque Alfonse, qu’on a vu au Dôme ces deux derniers jours. 

Robert Charlebois a eu le temps d’enlever le costume blanc qu’il portait à son concert, enfiler un jean et un t-shirt à son effigie, puis braver la boue pour venir chanter «Je reviendrai à Montréal» avec Stephan Eicher, qui confesse ne pas connaître les paroles. Les deux amis complices se marrent, se lancent des confettis à la figure. Quel moment! 

Voilà la chorale de Paléo. Les trente festivaliers viennent chanter «où que tu ailles, où que tu sois», le refrain de «Papillons», pour soutenir le Bernois. Frissons. DJ Zebra viendra terminer une soirée en apothéose, après que Stephan Eicher ait chanté un «Déjeuner en Paix» remixé avec Daft Punk. Quelle dinguerie. Et dire qu’il y a encore  quelques heures, Paléo était loin de se douter qu’il vivrait l’un des plus grands moments de sa 44ème édition.
 


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