Armée: l'initiative du GSsA en mauvaise posture

L'initiative populaire du Groupe pour une Suisse sans Armée (GSsA) visant à abroger le service militaire obligatoire n'obtient pas le soutien escompté selon un sondage. Début août, seul un tiers des sondés se disaient favorables au texte.
07 août 2015, 11:41
/ Màj. le 20 oct. 2015 à 10:39
Des représentants du PLR, du PDC, de l'UDC du PBD de la Lega et de la Société suisses des officiers ont lancé à Berne leur campagne de votation.

Rekruten der Infanterie bei der Zugschule auf der gruenen Wiese, aufgenommen am 17. Mai in der Infanterie RS 5 (Rekrutenschule) in Colombier, Kt. Neuenburg. (KEYSTONE/Christian Beutler)

Le sort de l'armée est une nouvelle fois suspendu à une initiative populaire du Groupe pour une Suisse sans armée (GSsA). Le peuple dira le 22 septembre s'il accepte d'abroger le service militaire obligatoire, un bouleversement toutefois peu probable.

Si le scrutin avait eu lieu début août, le texte n'aurait réuni qu'un tiers des suffrages, indique un premier sondage de l'institut gfs.bern.

Les initiants réclament une armée de volontaires et un service civil facultatif ouvert aussi aux femmes. "Parce qu'on n'a pas tous le temps de jouer à la guerre", justifie leur comité sur une affiche montrant un officier en train de s'amuser à la bataille avec des jouets.

Seuls les nostagiques de la guerre froide croient sérieusement que la Suisse a besoin d'une armée de 100'000 soldats. Les principales menaces pour la sécurité et la paix sont liées aux dérèglements climatiques, aux injustices sociales et à la raréfaction des ressources naturelles.

Elles appellent des solutions civiles, insistent les initiants. L'Etat contrecarre sans nécessité les projets de vie des jeunes hommes qui veulent étudier, travailler ou s'occuper de leurs enfants.

Halte au gaspillage

La plupart des pays européens ont supprimé la conscription et réduit drastiquement leur effectif. Les imiter mettra fin à un gaspillage de ressources et profitera à d'autres tâches plus importantes. Entre le budget de l'armée et le poids des jours de service sur l'économie, le système actuel coûte plus de 8 milliards de francs par an.

Il est également discriminatoire. Seuls un tiers des jeunes en âge de servir accomplissent tous leurs jours de service, assurent les initiants. Sans compter l'inégalité entre les sexes puisque les femmes n'ont pas d'obligation.

Pour les initiants, un service civil volontaire ouvert à tous constitue une alternative moderne bien plus adéquate. Des personnes s'engageant de leur plein gré pour la communauté offriraient des services de meilleure qualité.

Pas de vision commune

Les partisans de l'initiative ne s'accordent toutefois pas sur une vision future de l'armée. Le PS plaide pour une armée de 50'000 hommes dédiée surtout à l'aide en cas de catastrophe et aux missions de l'ONU à l'étranger. Certains pacifistes visent ouvertement pour l'abolition de l'armée.

Une déclaration prise comme un aveu par les détracteurs de l'initiative. Dans une unité rare sur d'autres thèmes, la droite parlementaire bourgeoise dénonce une initiative sournoise qui ne vise qu'à torpiller l'armée. Ses précédents textes demandant l'abolition de l'institution ayant échoué, le GSsA pratique la tactique du salami pour arriver à ses fins.

Or, "l'initiative contre la sécurité", comme l'ont rebaptisée ses opposants, menace très fortement la sécurité de la Suisse et de sa population. Une armée de volontaires de milice est totalement illusoire, il n'en existe nulle part au monde. Tous les pays d'Europe ayant supprimé la conscription ont des armées professionnelles et de grands problèmes de recrutement.

Place aux "rambos"

Le nouveau système risque en outre d'attirer des "rambos" en l'absence du contrôle démocratique garanti par l'obligation de servir. Avec l'initiative, l'armée, la protection civile et le service civil ne fonctionneraient plus et devraient être entièrement réorganisés.

D'autres acteurs devraient sauter dans la brèche, ce qui coûtera cher. Corollaire de la fin de l'obligation de servir, la suppression de la taxe d'exemption payée par les hommes n'accomplissant ni service militaire ou civil, ni protection civile, privera Berne et les cantons de plus de 100 millions de francs par an.

Le système n'a pas besoin d'être bouleversé. Selon ses chefs, l'armée suisse est adaptée aux besoins les plus modernes et son coût très avantageux en comparaison internationale. Les soldats sont motivés. Armée et économie profitent mutuellement de la conscription. Il n'y a pas lieu de toucher à ce pilier de la réussite suisse.

Le Conseil fédéral et le Parlement rejettent l'initiative du GSsA. PS et Verts la soutiennent de même qu'une toute petite minorité de jeunes libéraux-radicaux.