L'étranger reste attractif, mais le commerce suisse se redresse

Selon une étude de Credit Suisse, le tourisme d'achat se stabiliserait en 2013, mais certains facteurs l'ancrent dans les habitudes consuméristes.

10 janv. 2013, 00:01
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Après avoir atteint quelque six milliards de francs en 2012, y compris le commerce en ligne, le volume du tourisme d'achat devrait se stabiliser cette année, mais à un niveau toujours élevé. Cependant, le commerce de détail suisse pourrait connaître une amélioration conjoncturelle en 2013. Ce sont les points forts de l'étude, fraîchement sortie des calculettes, menée conjointement par Credit Suisse et la société de conseil Fuhrer et Hotz.

Elle était présentée hier à Genève par Nicole Brändle Schlegel, responsable des analyses sectorielles au sein de la banque.

Le principal facteur permettant d'expliquer cette tendance serait la fixation par la Banque nationale suisse du taux de change plancher par rapport à l'euro. " De plus, les écarts de prix vont se réduire car l'inflation est plus forte dans les pays européens qu'en Suisse ", analyse Nicole Brändle Schlegel.

Mais les expertises sont parfois établies pour mieux être contournées par les faits. La précédente étude de la banque, qui penchait pour une option similaire, a été démentie par la réalité des porte-monnaie.

 

Escapade consumériste

 

Le prix constitue en effet le critère déterminant pour les consommateurs motivés par les achats transfrontaliers.

Et l'escapade consumériste bénéficie d'avantages concurrentiels aptes à gonfler les tickets de caisses en dépenses alimentaires et non-alimentaires: disponibilité de parkings gratuits, plus grande amplitude des heures d'ouverture et ouverture dominicale. Ces deux derniers facteurs se révélant pénalisants pour la Suisse où les variations sont grandes entre cantons.

Du coup, l'impact de la pratique se fait assez sentir dans les zones frontalières. Le chiffre d'affaires de Migros Bâle a reculé de 5,4% en 2011. Du côté de Migros Genève, le repli atteignait 7% en 2011 et la coopérative table sur une nouvelle baisse de 2% pour 2012.

Par ailleurs, en raison d'enjeux politiques (loi sur l'aménagement du territoire, initiative sur les terres agricoles à Zurich, négociations sur les horaires de travail...) le développement du commerce suisse est appelé à surmonter quelques entraves. Car son essor est lié en partie à la consommation de surfaces en périphérie des centres urbains et près des dessertes autoroutières. Et comme commerce et mobilité sont intimement liés " 73% de la population suisse se trouve à 60 minutes de voiture de centres commerciaux étrangers et 30% à 30 minutes ", soulignait encore l'analyste de Credit Suisse.

 

Potentiel vertigineux

 

La zone de chalandise des magasins d'autres pays ne cesse ainsi de s'étendre à l'intérieur du pays. Si l'on prend les cas de Genève ou de Bâle, la proportion de la population concernée grimpe à 98%! Et à moins de 15 minutes de la première enseigne... Ce "gâteau" suisse est dévoré en grande partie par l'Allemagne qui bénéficie de plus de la moitié de ces dépenses. La France en capte 20%, soit un milliard de francs, le solde étant drainé par l'Autriche, en grande progression, puis l'Italie.

Tant et si bien que " la zone d'attraction des supermarchés étrangers représente un potentiel de pouvoir d'achat de 35 milliards de francs ", note l'étude. Vertigineux non?