Succès de Baselworld annoncé avant même son ouverture

En dépit de la fermeté du franc et d'une conjoncture mondiale houleuse, l'horlogerie suisse devrait se payer le luxe de dépasser cette année son record de 2011. De bonne augure avant l'ouverture de Baselworld jeudi.
05 août 2015, 15:50
corum_dm

La croissance du secteur s'annonce toutefois moins marquée, alors que tous les acteurs ne sont pas logés à la même  enseigne.

Pendant huit jours, le premier salon mondial de l'horlogerie et  de la joaillerie accueillera 1815 exposants - 77 de moins que pour  la précédente édition - dont 311 pour la Suisse.

Ce rendez-vous incontournable des professionnels du secteur, où  se pressent plus de 100'000 visiteurs et quelque 3000 journalistes,  se déroule cette année dans un climat plus serein qu'en 2011.  Certes, les indicateurs étaient alors au beau fixe, mais le drame  japonais de Fukushima et les révolutions du monde arabe étaient  venus semer un peu le trouble.

Meilleur résultat de tous les temps, le millésime 2011 a  finalement déjoué toutes les craintes. Battant le record de 2008,  les exportations horlogères helvétiques ont bondi l'an passé de  19,2% à 19,3 milliards de francs.

Ralentissement attendu

Les dernières statistiques de la branche continuent à nourrir l'optimisme: en janvier, les ventes à l'étranger ont encore  progressé de 15,5% en glissement annuel pour atteindre 1,3 milliard  de francs.

La dynamique devrait cependant se tasser au fil des mois. «Après  deux années de très forte hausse, nous attendons une croissance à un  chiffre sur l'ensemble de 2012. Faire mieux qu'en 2011 sera déjà  remarquable», relève Jean-Daniel Pasche, président de la Fédération  de l'industrie horlogère suisse (FH).

Swatch Group, numéro un mondial de l'horlogerie, anticipe  toujours pour sa part une croissance comprise au moins entre 5% et  10% en 2012, après une hausse à deux chiffres de ses ventes sur les  deux premiers mois.

Côté négatif, la force du franc et le climat économique mondial  houleux continueront encore à peser sur les marges des entreprises,  incitant toujours à une certaine prudence.

Et, comme en 2011, la croissance sera encore tirée par l'Asie, et  notamment par la Chine, désormais troisième débouché pour les  produits horlogers suisses derrière Hong Kong et les Etats-Unis.

Marché à plusieurs vitesses

Comme l'an passé également, toutes les gammes de prix devraient  progresser, avec une hausse marquée pour le haut et le très haut de  gamme, prévoit Jean-Daniel Pasche.

«La structure des prix est déséquilibrée», nuance pour sa part  Grégory Pons, auteur d'une newsletter horlogère indépendante et fin  connaisseur du secteur. «Le très haut de gamme fonctionne, tout  comme le bas de gamme qui cartonne, mais entre les deux il n'y a  plus grand-chose», précise-t-il.

Seules résistent sur le segment des prix moyens les marques  adossées à des grands groupes. Tissot, qui profite de la puissance  de feu d'un Swatch Group, affiche ainsi une belle santé et constitue  l'une des marques phare de sa maison mère.

Quant aux marques indépendantes, elles arrivent à survivre au  rouleau compresseur des mastodontes horlogers en se positionnant sur  des marchés de niche, note Grégory Pons.

Telle la maison genevoise RJ-Romain Jerome: créée en 2004 et  passée entretemps de 1000 à 1200 pièces par an, la marque se  distingue par un marketing décalé, avec des montres incluant  notamment du métal du Titanic ou de la poussière de lune.

Effet de rattrapage

L'année 2012 sera également une année de gros investissements  pour la branche horlogère. Au total, une vingtaine d'acteurs  prévoient d'investir plus de 650 millions de francs dans leur outil  de production en Suisse et de recruter quelque 2000 personnes.

A la volonté de répondre à une demande en forte hausse et de  moderniser leur infrastructure, la décision de Swatch Group de ne  plus livrer mouvements et composants à des tiers contraint aussi les  marques à verticaliser leur production.

Aucun risque de surcapacité, du moins pour l'instant. «La demande  mondiale a triplé depuis quinze ans, mais la Suisse n'a pas pour  autant triplé ses capacités industrielles, il y a pénurie partout»,  souligne Grégory Pons.

En dépit des centaines de créations de postes annoncées, la  branche est encore loin d'avoir regagné les emplois perdus depuis  2008, estime de son côté Romain Galeuchet, responsable de la  communication pour la Convention patronale de l'industrie horlogère  suisse.

Selon les dernières statistiques disponibles, près de 4800  emplois ont disparu entre 2008 et 2010, date à laquelle le secteur  horloger et microtechnique suisse comptait un peu plus de 48'500  personnes.