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Communales 2021: comment les partis de La Côte financent leur campagne

Le Conseil d’Etat vaudois veut une plus grande transparence du financement des partis politiques. On a demandé aux sections de La Côte de dévoiler leurs chiffres pour ces élections communales. Enquête.

26 févr. 2021, 05:00
Les affiches font partie de l'artillerie des partis pour faire campagne. Et tout cela se finance.

A une grosse semaine du premier tour, la campagne pour les élections communales bat son plein. Chocolats, biscuits ou bières personnalisées, tracts et autres affiches, les partis mettent la compresse. Mais comment financent-ils tout ça? Actuellement, cette question des fonds fait l’objet de nombreuses discussions (lire encadré). Nous vous dévoilons le budget et la provenance des financements pour les partis de La Côte.

Cotisations et rétrocessions à gauche

Cotisations et rétrocessions sont les maîtres mots de la gauche. Se basant sur l’effort collectif, le Parti socialiste autofinance sa campagne grâce aux cotisations de leurs membres, proportionnelles à leur revenu, et à la rétrocession d’une partie des jetons de présence des conseillers communaux. Au total, sur La Côte, cela représente un budget d’environ 67 000 francs: soit 20 000 à Nyon, 30 000 à Morges, 12 000 à Rolle, environ 4000 à Gland et 1500 à Prangins.

Le PS prend également en charge une partie des frais de campagne des POP Fabrice Chaperon et Jean-Bernard Thuler, candidats du Parti ouvrier et populaire sur La Côte, ainsi que ceux des indépendants morgiens de gauche et de la jeunesse socialiste.

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Dans le cadre de ces élections communales, les candidats socialistes à la Municipalité ne doivent pas participer au financement. Ils peuvent effectuer une donation à la section du parti, mais elle sera utilisée pour l’ensemble de la campagne. Au sein de la section de Rolle, par exemple, les candidats à l’exécutif ont décidé de soutenir l’effort collectif en versant chacun 1000 francs. A noter également que les municipaux et députés socialistes vaudois versent, en plus de leur cotisation, un pourcentage de leur salaire à la section cantonale.

Révision de la loi
Le 4 février, la conseillère d’Etat Christelle Luisier présentait une révision de la loi sur les droits politiques. Le but: exercer la politique de manière moderne, en dépoussiérant le cadre juridique actuel vieux de trente ans. Si le Grand Conseil valide la proposition, les partis auront notamment l’obligation de se montrer financièrement plus transparents. Ils devront déclarer les donations de plus de 3000 francs provenant des personnes morales et de plus de 5000 francs des personnes physiques. De plus, les partis représentés au Parlement cantonal ou dans des communes de plus de 10 000 habitants devront publier leurs comptes annuels.

Même son de cloche, ou presque, chez les Verts. Au total, pour Nyon, Morges, Gland, Rolle et Prangins, leur budget s’élève à 55 000 francs environ, dont 22 000 pour le district de Nyon et 30 000 pour celui de Morges. Les fonds proviennent essentiellement des cotisations des membres et des sympathisants, des rétrocessions de 20% des jetons de présence de leurs conseillers communaux, des contributions des candidats et un prélèvement de 10% du revenu de la municipale morgienne Sylvie Podio, profitant à la campagne de sa section.

Les Verts vaudois n’acceptent pas les dons des entreprises, pour éviter tout conflit d’intérêts. 
Valérie Mausner Léger coprésidente de la section La Côte des Verts

Les dons de personnes physiques sont acceptés, mais rares. Comme dans les autres partis, chaque antenne locale doit financer elle-même sa campagne et dispose d’une aide logistique de la section cantonale. «Les Verts vaudois n’acceptent pas les dons des entreprises, pour éviter tout conflit d’intérêts», complète Valérie Mausner Léger, coprésidente du groupe La Côte. A noter que les Verts de Morges ont publié une charte de transparence financière, dans la lignée des Verts vaudois.

Participation interne mais différente à droite

Au centre et à droite, les fonds sont également trouvés essentiellement à l’interne, mais pas de la même manière qu’à gauche. En effet, les Vert’libéraux, avec un budget de 23 000 francs, bénéficient à Morges (8000), à Rolle (3000) et à Nyon (12 000) d’une contribution financière personnelle non négligeable des candidats, en plus d’une aide des membres, ainsi que du soutien des sections du parti. «Nous n’avons bénéficié d’aucune donation. En outre, je tiens à préciser que nous avons travaillé exclusivement avec des artisans et des entreprises locales. Les dépenses pour notre campagne auront ainsi profité pleinement à l’économie locale», explique le municipal nyonnais Vincent Hacker.

Avec un fonctionnement similaire, le PLR – présent à Nyon, à Morges, à Rolle et à Gland – dispose de 108 000 francs dont 55 000 pour Morges et 25 000 pour Nyon. «Nous disposons d’un soutien logistique du PLR Vaud, mais tous les frais sont à la charge de chaque section. A Morges, nous avons notamment la chance de bénéficier du soutien financier de notre club de soutien», explique Richard Bouvier, président de la section morgienne du PLR. Les financements proviennent donc principalement de ce club, mais aussi des cotisations des membres, de quelques dons des candidats au Conseil communal, ainsi que d’une récolte de fonds. A Nyon, les dons d’entreprises sont autorisés, si elles appartiennent à des adhérents ou à des élus. «Nous refuserions les dons d’autres personnes morales», affirme Olivier Riesen, chef de campagne du PLR de Nyon.

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Du côté de l’UDC – présent à Nyon, à Morges et à Gland – le financement se fait majoritairement à l’interne. Membres, candidats et conseillers communaux – avec leurs jetons de présence – y participent. Montant auquel s’ajoute toutefois, pour la section nyonnaise, une levée de fonds privée alimentée par des personnes physiques. Les dons de personnes morales y sont également bienvenus, les montants restent raisonnables, mais aucune donation de la sorte n’a été enregistrée cette année.

Afin de réduire les coûts au maximum, l’UDC, qui dispose d’environ 9600 francs dans les trois communes, dont 5832 francs pour Nyon, mise sur une forte participation de ses troupes. «Nous demandons une implication maximum des membres pour cette campagne. Notre graphiste est un élu. Quant au merchandising, c’est fait maison. Le chocolat est suisse et j’ai fourni les olives produites par l’olivier de mon jardin, par exemple», explique Sacha Soldini, candidat à la Municipalité de Nyon. 

Les indépendants, des cas à part

Il est difficile, voire impossible, de mettre sur le même plan les budgets des partis traditionnels, représentés à Berne, et ceux des partis locaux comme le Parti indépendant nyonnais (PIN) et les Gens de Gland (GDG). Claude Uldry, municipal nyonnais affilié au PIN et membre de l’alliance centre-droite, l’explique: «En étant un parti uniquement nyonnais, nous ne disposons pas du soutien logistique des sections cantonales ou fédérales. L’argent que les autres partis dépensent pour les élections cantonales, fédérales et les votations leur permet d’avoir une visibilité pendant ces cinq années. Le PIN doit donc mettre beaucoup de moyens pour les Communales, afin d’assurer un maximum de présence à cette occasion.» Ainsi leur budget s’élève à 21 000 francs, grâce aux cotisations annuelles des adhérents (300 francs par tête) et du municipal Claude Uldry (5000 francs), ainsi que des dons envoyés par d’anciens membres qui, toutefois, ne dépassent pas les 200 francs par personne.

L’argent que les autres partis dépensent pour les élections cantonales, fédérales et les votations leur permet d’avoir une visibilité pendant ces cinq années. Le PIN doit donc mettre beaucoup de moyens pour les Communales, afin d’assurer un maximum de présence à cette occasion.
Claude Uldry municipal nyonnais du PIN

Même son de cloche chez les GdG dont le budget s’élève à environ 20 000 francs. «Ne pas disposer d’aides cantonales ou fédérales rend évidemment le financement plus compliqué. Nous utilisons notre budget à bon escient en employant des sociétés glandoises pour les tâches que nous ne pouvons pas réaliser nous-mêmes», explique Christelle Giraud, coprésidente des Gens de Gland. 

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Candidat indépendant incontournable, le syndic de Nyon Daniel Rossellat, présente, quant à lui, un budget de 17 500 francs. Ses frais sont notamment occasionnés par sa contribution à la campagne de la plateforme de gauche, ainsi que par le sondage réalisé en septembre et des supports publicitaires. «Je paie cette campagne avec mes propres deniers», affirme-t-il. A noter que parallèlement à ce montant s’ajoute un don personnel de 2000 francs versé aux Verts.

Ne pas tomber dans le piège des chiffres
Les montants des budgets de campagne sont toujours un sujet sensible et même, récemment, pour les PLR lausannois, un instrument de campagne. Et il ne faut pas tomber dans le piège de la hiérarchisation empirique de ces budgets. Parce que les montants dépendent de la popularité de la section de chaque parti dans la commune en question. Si elle comprend plus d’adhérents que ses «rivales», elle présentera logiquement plus de candidats, ce qui implique plus de coûts – donc plus de budget – et d’intentions de vote.