Attaque de la Russie contre l'allié syrien

La Russie, dans une rare attaque contre son allié syrien, a accusé dimanche le président Bachar al-Assad d'avoir commis une "erreur peut-être fatale" en retardant les réformes dans le pays meurtri par près de deux ans de guerre.

27 janv. 2013, 21:37
Le premier ministre russe Dimitri Medvedev a décrété que Bachar al-Assad avait fait une "grave erreur".

Dans le même temps, le régime syrien a courtisé des opposants qu'il veut impliquer dans le dialogue national auquel a appelé M. Assad, en suspendant toute poursuite judiciaire contre eux. Mais presque tous les membres de l'opposition sont hostiles à un dialogue parrainé par le pouvoir.

Face aux combats qui continuent de faire rage dans le pays entre  rebelles et soldats, la responsable des opérations humanitaires de l'ONU, Valerie Amos, a discuté à Damas des moyens de distribuer l'aide humanitaire à environ quatre millions de Syriens qui en ont grandement besoin.

Le blocage politique et diplomatique est entier en Syrie où plus de 60'000 personnes ont péri selon l'ONU depuis le début de la révolte populaire en mars 2011, qui s'est transformée en conflit armé face à la répression menée par le régime.

Grave erreur

M. Assad «aurait dû agir beaucoup plus vite et inviter  l'opposition pacifique qui était prête à s'asseoir à la table des  négociations avec lui. C'est une grave erreur de sa part, peut-être fatale», a déclaré le Premier ministre russe Dmitri Medvedev.

«Il me semble que ses chances de maintien (au pouvoir)  s'amenuisent de jour en jour», a-t-il dit dans une interview à la chaîne CNN réalisée en marge du Forum de Davos (GR), dont l'intégralité a été publiée sur le site du gouvernement russe.

M. Medvedev, dont le pays est l'un des derniers soutiens du régime syrien auquel il livre des armes, a souligné avoir essayé de convaincre en personne le président de dialoguer avec l'opposition,  en vain.

Mais il a réaffirmé la position de Moscou selon laquelle seul le  peuple syrien peut décider du sort de M. Assad, dont les Occidentaux, la Turquie et plusieurs pays arabes réclament le départ. Il a aussi répété que Moscou n'oeuvrait pas pour son maintien au pouvoir.

Plan de règlement

Le 6 janvier, M. Assad a proposé un plan de règlement prévoyant  la fin des opérations militaires, suivie d'un dialogue national sous l'égide de son gouvernement. L'opposition à l'extérieur et celle tolérée à Damas l'avaient rejeté.

Dimanche, le Conseil supérieur de la justice syrien a annoncé que  «toutes les poursuites judiciaires cesseraient contre les forces et personnalités politiques de l'opposition qui participeront au dialogue national», pour lequel aucune date n'a été annoncée, et qui seront «désignées» par le pouvoir.

La veille, le ministre de l'Intérieur Mohammad al-Chaar avait dit  que toutes les facilités seraient accordées aux opposants installés à l'étranger qui souhaitent rentrer en Syrie pour le «dialogue  national».

Combats continus

Sur le terrain, les combats sur plusieurs fronts dont celui de  Damas et les bombardements de l'artillerie lourde et de l'aviation du régime ne connaissaient aucun répit, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

Les violences ont entraîné la fermeture d'une autoroute  stratégique qui relie Damas à Deraa (sud), a indiqué l'ONG proche de l'opposition, en faisant état d'un bilan provisoire de 67 personnes tuées dimanche dans le pays -24 civils, 19 rebelles et 24 soldats. A  noter qu'aucune source indépendante ne permet de vérifier ces  informations.

Aides urgentes requises

Alors que le Liban et la Jordanie réclament des aides urgentes pour faire face aux flux des réfugiés syriens, un responsable iranien a affirmé à Amman que son pays était prêt à aider et une  délégation de la Ligue arabe à Beyrouth a obtenu l'assurance que les frontières resteraient ouvertes.

Une réunion de donateurs internationaux est prévue le 30 janvier au Koweït pour mobiliser l'aide humanitaire en faveur des civils syriens.

Quelque 600'000 personnes ont trouvé refuge dans les pays voisins, a indiqué l'ONU qui s'attend à ce que leur nombre atteigne  1,1 million d'ici à juin si le conflit ne cesse pas.