Barack Obama se lance dans un deuxième mandat de combat

Alors qu'il ne débutera officiellement que dans deux semaines, le deuxième mandat de Barack Obama à la tête des Etats-Unis s'annonce plus tendu. Le président s'affirme davantage, ce qui n'échappe pas à ses adversaires.

09 janv. 2013, 07:57
La menace des mesures d'austérité plane toujours au-dessus du budget 2013 des Etats-Unis.

Le président américain Barack Obama est prêt à en découdre avec ses adversaires pour faire avancer ses projets au cours de son second mandat. Il l'a déjà clairement manifesté alors qu'il ne prêtera serment que dans deux semaines.

La désignation de l'ancien sénateur républicain Chuck Hagel pour prendre la tête du Pentagone en constitue le dernier signe marquant. Elle fait suite au bras de fer sur le "mur budgétaire" et à l'annonce d'un vaste plan de lutte contre les violences liées aux armes à feu.
 
Accusé par sa base progressiste d'avoir trop cédé aux républicains au cours de son premier mandat, le président démocrate donne désormais l'impression d'être totalement libéré. Il n'a plus à se soucier de sa réélection après sa victoire à la présidentielle de novembre.
 
Capital politique
 
"Il s'agit manifestement d'un président qui se sent en quelque sorte libéré de la politique électorale, qui pense qu'il dispose d'un capital politique à utiliser et qui ne perd pas de temps avec tout cela", déclare Costas Panagopoulos, politologue à l'université Fordham de New York.
 
Pour certains de ses détracteurs, il court maintenant le risque inverse: celui de présumer de ses forces et de courir à l'échec au lieu de bâtir des ponts avec les républicains pour parvenir à d'indispensables compromis au Congrès.
 
Chuck Hagel
 
Lundi, Barack Obama a fait fi des critiques contre Chuck Hagel et l'a désigné secrétaire à la Défense malgré les attaques des groupes de pression pro-israéliens et de certains républicains. Il a ainsi clairement indiqué qu'il n'entendait plus se laisser dicter ses choix après avoir dû renoncer à nommer Susan Rice au poste de secrétaire d'Etat face à un déluge d'attaques républicaines.
 
La sénatrice républicaine Lindsey Graham, en pointe dans la contestation de Susan Rice, a qualifié ce choix de "gifle". Sous le sceau de l'anonymat, un ancien collaborateur de Barack Obama juge que le président se sert de cette nomination pour adresser un message fort à ses adversaires comme à ses partisans : "Fini Monsieur Gentil".
 
Mur budgétaire
 
La désignation de Chuck Hagel survient quelques jours après le vote au Congrès d'un accord conclu in extremis entre la Maison blanche et les républicains pour éviter le "mur budgétaire", un ensemble de hausses d'impôts et de baisses de dépenses automatiques.
 
Barack Obama avait promis durant la campagne électorale de relever les impôts sur les Américains les plus riches. Il est parvenu à faire plier les républicains, qui ont dû renoncer à leur refus de principe de tout alourdissement de la fiscalité.
 
Le président et le Congrès doivent désormais s'entendre d'ici fin mars sur un relèvement du plafond de la dette et sur des réductions de dépenses fédérales.
 
Présomption
 
Le déroulement de ces discussions budgétaires devrait peser sur le sort réservé à deux autres réformes érigées en priorité par Barack Obama : l'immigration et le contrôle des armes à feu.
 
Le président semble déterminé à profiter de l'émotion suscitée par la tuerie de Newtown pour mettre en oeuvre un programme ambitieux de contrôle des armes à feu, quitte à se heurter de front au puissant lobby de la National Rifle Association. Cette tuerie a coûté la vie à 20 enfants et six adultes le 14 décembre dans une école primaire du Connecticut.
 
Barack Obama paraît aussi faire le calcul que les républicains n'opposeront finalement pas une résistance farouche à son projet de réforme globale de l'immigration. Il compte pour cela sur l'analyse effectuée par certains de ses adversaires au sujet de leur défaite électorale de novembre, due en partie au vote massif des électeurs d'origine hispanique en faveur du président sortant.