COP21: tractations internationales tendues en vue de l'accord final

Les dirigeants internationaux ont fait le forcing pour arracher un accord contre le réchauffement de la planète attendu samedi matin à la COP21. A Paris, la conférence internationale sur le climat a joué les prolongations.

11 déc. 2015, 21:00
L'accord de la COP21 doit être signé samedi matin.

Initialement prévue pour vendredi soir, la clôture de la COP21 a été reportée à samedi 09h00. "Nous sommes presque au bout du chemin, je suis optimiste", a assuré Laurent Fabius, qui préside la conférence.

"Je serai en mesure samedi matin de présenter à l'ensemble des parties un texte qui, j'en suis sûr, sera approuvé et sera un grand pas en avant pour l'ensemble de l'humanité", s'est avancé vendredi en début d'après-midi le ministre français des Affaires étrangères.

Son homologue américain John Kerry s'est lui montré plus prudent. "Il est possible" que la conférence se termine "à un moment donné demain", a-t-il dit. Avant d'ajouter: "il y a toujours un ou deux sujets très difficiles."

Le ministre indien de l'Environnement indien, Prakash Javadekar, a rappelé de son côté que "le succès n'était pas garanti". Les dernières négociations n'ont pas été de tout repos, faisant à nouveau ressurgir les crispations nord-sud sur les financements. La Chine, elle, s'est dite vendredi soir plutôt "confiante".

A des milliers de km du Bourget, le président Barack Obama et son homologue chinois Xi Jinping sont d'ailleurs convenus vendredi au téléphone de renforcer leurs efforts pour un accord.

Enfin côté suisse, la conseillère fédérale Doris Leuthard, qui est rentrée vendredi à Berne, sera de retour samedi matin au Bourget.

Nerfs à vif

"Au lieu d'avancer vers des compromis, chaque pays s'est plutôt retranché derrière ses positions", a rapporté Matthieu Orphelin, porte-parole de la Fondation Nicolas Hulot.

Pour les surmonter, les négociateurs de 195 pays ont repris les échanges informels, à huis clos, après deux nuits blanches mettant leur organisme à rude épreuve. "Avec la fatigue, on est tous sur les nerfs", confie Yannick Baglo, un des négociateurs du Bénin.

Habitué des négociations internationales, le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon a estimé que la COP21 était "de loin la plus compliquée, la plus difficile, mais aussi la plus importante pour l'humanité".

"Tous les négociateurs à prendre des décisions pour notre avenir commun. Ce n'est plus l'heure de camper sur ses perspectives nationales", a sermonné le patron de l'ONU.

Questions ouvertes

Les tensions ont ressurgi jeudi soir après la présentation d'une nouvelle ébauche d'accord qui laisse ouverts les trois sujets les plus délicats: la "différenciation" (répartition des efforts entre les pays développés et en développement), les financements et l'ambition du pacte.

Sur ce dernier point, le projet fixe désormais un objectif de réchauffement de la planète "bien en deçà" de 2°C par rapport au niveau pré-industriel et mentionne "la poursuite des efforts pour limiter la hausse à 1,5°C".

Cette limite est une revendication d'une centaine de pays, notamment des Etats insulaires, menacés par la hausse du niveau des océans. Mais les grands producteurs d'énergies fossiles, comme l'Arabie saoudite et la Russie, s'y opposent.

En amont de la conférence, la quasi-totalité des Etats ont pris des engagements pour limiter leurs émissions de gaz à effet de serre mais leurs efforts, s'ils se concrétisaient, placeraient la planète sur une hausse du thermomètre mondial estimée à +3°C.

Pour faire mieux, le principe d'une révision obligatoire de ces objectifs nationaux tous les cinq ans est acté. Mais le projet d'accord fixe à 2025 la première révision. Beaucoup trop tard, selon les ONG. D'autre part, le projet d'accord contiendrait des formulations trop "vagues" si l'on en croit plusieurs climatologues présents à Paris.

Pilule à avaler

Côté finances, le pré-accord précise que l'enveloppe de 100 milliards de dollars par an que les pays riches ont promis de verser aux pays du Sud à partir de 2020 est un "plancher" et que les pays développés présenteront "périodiquement" des "objectifs quantifiés".

"La pilule a du mal à passer sur la partie 'finances', jugée par plusieurs pays, dont les Etats-Unis, l'Australie ou l'UE, comme étant trop en faveur des pays en développement", selon Pascal Canfin, expert du centre de recherches américain WRI.