Grèce: vers un non massif au référendum, après la moitié des bulletins dépouillés

En Grèce, les bureaux de vote ont fermé à 18h (suisse). Le résultat final devrait dépasser les 61%, selon le ministère de l'Intérieur grec.
25 août 2015, 16:09
Plus de 50% des Grecs se sont rendus aux urnes.

Les Grecs ont nettement rejeté, lors du référendum de dimanche, le plan des créanciers de leur pays, précipitant Athènes dans l'incertitude sur son maintien dans la zone euro. Sur près de 72% de bulletins dépouillés vers 22h00 suisse, le non l'emportait à 61,53%.


Tsipras : « Dès demain, la Grèce retournera à... par lemondefr

"Nous avons écrit aujourd'hui une nouvelle page de l'histoire de la Grèce", a déclaré tard en soirée le premier ministre grec Alexis Tsipras. "Nous avons démontré que la démocratie ne pouvait pas être soumise au chantage". "La Grèce ira demain à la table des négociations avec pour objectif de rétablir le système bancaire, a ajouté M. Tsipras. La question de la dette sera désormais sur la table des négociations, selon lui.

Le ministre des Finances Yanis Varoufakis a lui déclaré que ce non "était un outil pour tendre la main à nos partenaires", tandis que le porte-parole du gouvernement, Gabriel Sakellaridis a indiqué que "les initiatives pour arriver à un accord" entre Athènes et ses créanciers UE et FMI "allaient s'intensifier dès ce soir".

Hollande-Merkel à l'initiative

La chancelière allemande Angela Merkel et le président français François Hollande étaient eux "d'accord" pour dire qu'il fallait "respecter le vote" des Grecs, et pour appeler à un sommet de la zone euro mardi. Ils doivent se rencontrer lundi à Paris, selon l'Elysée.

Les ministres des Finances de la zone euro se réuniront dans la semaine, a annoncé dans la soirée un porte-parole du président de l'Eurogroupe Jeroen Dijsselbloem. Pas lundi, mais plus tard dans la semaine, selon lui.

Réactions contrastées

Alors que les partisans du non manifestaient bruyamment leur joie à Athènes, Berlin réagissait durement par l'intermédiaire de son ministre de l'Economie Sigmar Gabriel. Il a jugé "difficilement imaginables" de nouvelles négociations avec Athènes dans ces circonstances. M. Gabriel a considéré que le premier ministre grec avait "coupé les derniers ponts" entre son pays et l'Europe, dans un entretien au quotidien Tagesspiegel à paraître lundi.

M. Tsipras et M. Hollande, généralement un de ses plus compréhensifs partenaires dans la zone euro, se sont entretenus au téléphone vers 21h00. La réaction allemande, en tout cas celle de M. Gabriel, semblait en contradiction avec les positions prises dans la matinée par Paris et Rome.

Dimanche matin en effet, le ministre français de l'Economie Emmanuel Macron avait appelé à une reprise des discussions avec la Grèce, même en cas de non. Même position du président du Conseil italien Mattéo Renzi, corroborée après le scrutin par le ministre des Affaires étrangères Paolo Gentiloni : "Il est juste de recommencer à chercher un accord".

L'euro pâtissait de cette condition, cédant 0,90% par rapport à vendredi soir face au dollar, à 1,1014 dollar à 22h00.

Confusion totale

La confusion sur la suite des évènements était totale. La Grèce n'a plus d'argent, ses banques sont fermées depuis une semaine, et fragilisées par les retraits massifs récents de Grecs anxieux de toute cette situation.

Selon le porte-parole du gouvernement, la Banque de Grèce devait envoyer dès dimanche soir une demande à la BCE, car il y a selon lui "des arguments solides pour faire remonter (le plafond de) l'ELA", l'aide d'urgence aux banques grecques.

Le conseil des gouverneurs doit se réunir lundi, avait annoncé dès vendredi dans la presse autrichienne le gouverneur de la Banque d'Autriche Ewald Nowotny. Mais sans perspective d'accord d'Athènes avec ses créanciers, "la BCE n'a pas de base pour continuer à envoyer des euros à Athènes", estimait Holger Schmieding, économiste de Berenberg.

Démission dans l'opposition

Dans cette situation confuse et dangereuse, le premier ministre de gauche radicale Syriza pouvait au moins se féliciter d'avoir remporté le pari du référendum, cinq mois après sa victoire confortable aux législatives de janvier. La question posée aux Grecs était, en substance, approuvez-vous la proposition de réformes mise sur la table le 25 juin par les créanciers du pays (FMI, UE, BCE)?

Le chef de l'opposition de droite grecque, l'ex-premier ministre Antonis Samaras, a quant à lui démissionné de la direction de son parti, la Nouvelle démocratie (ND). "Notre parti a besoin d'un nouveau départ. Avec effet immédiat, je démissionne", a-t-il annoncé.

Sur la place Syntagma, des milliers de personnes se sont rassemblées pour manifester leur joie, malgré les incertitudes. Certains chantaient, dansaient, agitaient des drapeaux et scandaient "Oxi" (Non en grec), leurs visages rayonnants. Des stands vendant drapeaux grecs et sifflets se sont montés un peu partout.