L'Autriche vote sur son service militaire, vers une armée de métier?

L'Autriche vote ce dimanche sur le maintien du service militaire ou le passage à une armée de métier. La Suisse devra bientôt se poser une question semblable, l'initiative du Groupe pour une Suisse Sans Armées (GSSA) ayant abouti.
07 août 2015, 10:53
L'Autriche se rend aux urnes pour décider de l'avenir de son armée.

Les Autrichiens sont appelés à se rendre aux urnes dimanche, pour décider par référendum s'ils maintiennent le service militaire obligatoire ou s'ils passent à une armée de métier. Cette question divise la petite République, au statut de pays neutre.

Le coût d'une armée réformée, le nombre des recrues et l'impact sur les missions à l'étranger ou les secours en cas de catastrophe naturelle, ont été les principaux enjeux du débat, avec en arrière-fond, la question centrale: qu'est-ce que cela impliquera pour la neutralité de l'Autriche?

"La nature de la menace a changé, c'est la raison pour laquelle une transformation est nécessaire", expliquait l'an passé le ministre de la Défense, le social-démocrate (SPÖ) Norbert Darabos. Une armée conventionnelle est dépassée à l'ère "du contre-terrorisme, de la cybercriminalité" et "des Etats en faillite", a-t-il ajouté dans une émission télévisée la semaine dernière.

Le chef d'état-major de l'armée autrichienne, le général Edmund Entacher, a prévenu qu'une armée professionnelle amènerait "irrémédiablement à une baisse en qualité, en nombre et en capacité".

Refus d'intégrer l'OTAN

Au sein des pays du Conseil de l'Europe, l'Autriche, Chypre, le Danemark, l'Estonie, la Finlande, la Norvège, la Suisse et la Turquie ont toujours la circonscription. Si la France est passée à une armée de métier dès 1996, plusieurs pays européens lui ont emboîté le pas au cours des dernières années, comme l'Allemagne en 2011.

L'Autriche a toujours refusé d'intégrer l'OTAN, l'organisation de défense des Etats-Unis et de l'Europe de l'ouest, ainsi que maintenant de plusieurs pays de l'ancien bloc communiste est-européen, pour conserver sa neutralité, qui pourrait être remise en cause avec le passage à une armée professionnelle, affirment les opposants.

Pour Norbert Darabos, l'armée serait plus efficace, spécialisée et mieux entraînée, avec une réforme qu'il espère voir entrer en vigueur le 1er janvier 2014. L'Autriche compte 55'000 soldats, un chiffre qui devrait rester stable avec la réforme, insiste le ministère de la Défense. Chaque année, 22'000 Autrichiens effectuent un service militaire de six mois.

Fronts renversés

Le débat public se déroule paradoxalement à fronts renversés: les sociaux-démocrates du SPÖ, historiquement favorables à la conscription sont cette fois, à quelques exceptions près, pour l'armée de métier et, à l'inverse, les démocrates-chrétiens de l'ÖVP, plutôt enclins à l'armée de métier, défendent la conscription.

Avec en arrière-plan les élections législatives d'octobre 2013, cette division au sein du gouvernement de grande coalition au pouvoir en Autriche depuis fin 2008 se retrouve aussi dans l'opinion publique.

L'ÖVP redoute que le passage à une armée de métier n'augmente les coûts de fonctionnement, la ministre conservatrice de l'Intérieur, Johanna Mikl-Leitner, la comparant à "un 'Château en Espagne' de deux milliards d'euros".

Les défenseurs du statu quo estiment également que le passage à l'armée de métier pourrait affecter l'efficacité de la lutte contre les catastrophes naturelles et limiter la participation du pays dans des missions militaires à l'étranger.

Mission de maintien de la paix

L'Autriche est engagée de longue date dans les missions de maintien de la paix de l'ONU, notamment en ex-Yougoslavie (Kosovo et Bosnie) et au Moyen-Orient (Liban et Golan). L'armée est également mobilisée sur le sol autrichien pour répondre aux catastrophes naturelles (inondations ou avalanches).

Les Autrichiens qui ne veulent pas faire leur service militaire, environ 14'000 chaque année, peuvent opter pour un service civique de neuf mois, travaillant avec les service de secours, dans des maison de retraite ou avec des réfugiés ou des toxicomanes. Une qualité de service qui pourrait être amoindrie, selon les opposants à l'armée de métier.

Le gouvernement s'est engagé à respecter le choix des électeurs, pour ce premier référendum non-contraignant à l'échelle nationale, même si le scrutin ne l'y oblige pas (les deux précédents référendums avaient un caractère contraignant). Selon les derniers sondages, les partisans du maintien du service militaire auraient une avance de dix points sur les partisans d'une armée de métier.

D'après Norbert Darabos, la participation devrait dépasser les 40%. A titre de comparaison, 78,9% du corps électoral s'était rendu aux urnes en septembre 2008 pour les précédentes élections législatives.