L'Espagne franchit le cap des 200 jours sans gouvernement

L'Espagne a franchi ce jeudi le cap des 200 jours sans gouvernement. Le Parlement, fragmenté depuis les législatives du 20 décembre, n'a pas réussi depuis à investir de nouveau gouvernement. Le conservateur Mariano Rajoy cherche toujours des alliés afin de former une majorité absolue.
08 juil. 2016, 07:05
Avec seulement 137 élus sur 350, Mariano Rajoy est loin de la majorité absolue nécessaire à un gouvernement.

L'Espagne a passé jeudi le cap des 200 jours sans gouvernement et le conservateur Mariano Rajoy est toujours à la recherche d'alliés pour former une majorité. Celui-ci agite la menace de difficultés économiques si le blocage devait se prolonger.

"Cela fait désormais un an que nous ne présentons plus de projets de loi devant le Parlement. Il y a beaucoup de directives de l'Union européenne à approuver, il faut le faire le plus vite possible", a déclaré jeudi le chef du gouvernement sortant Mariano Rajoy.

Il a ensuite souhaité que ses adversaires politiques fassent preuve de "bon sens" pour permettre "la formation d'un gouvernement stable".

Depuis les législatives 20 décembre, l'Espagne est dirigée par un exécutif qui ne peut qu'expédier les affaires courantes. Le Parlement, fragmenté, n'avait pas réussi en six mois à investir de nouveau gouvernement.

 

Réformes gelées

Les élections du 26 juin ont renforcé la position dominante de M. Rajoy. Mais elles ne lui ont pas offert la possibilité de gouverner seul: le Parti populaire (conservateur) qu'il préside est arrivé premier avec 33% des suffrages - et 14 sièges de plus qu'en décembre - suivi des socialistes et de la coalition anti-austérité Unidos Podemos (gauche radicale).

En apparence la paralysie ne pose pas de problème: l'économie continue à croître, en principe à un rythme de 2,7% ou plus en 2016, et le chômage baisse, même s'il reste aux alentours de 21%.

Mais le gouvernement ne peut mettre aucune réforme en oeuvre. Or, certaines, structurelles, notamment en matière d'éducation et de formation professionnelle où l'Espagne est très en retard, devraient intervenir au plus vite, estime Pablo Simon, professeur de Sciences politiques à l'Université Carlos III de Madrid.

Du moins avant que les vents mauvais du Brexit ne viennent assombrir l'économie espagnole, bien exposée à ses conséquences, notamment dans le secteur bancaire. Et d'autres questions urgentes doivent être réglées.

Jeudi la Commission a déclaré l'Espagne et le Portugal en dérapage budgétaire pour non respect de leurs objectifs de déficit, celui de l'Espagne ayant atteint 5,1% du PIB en 2015. Sous la menace de sanction, Madrid doit urgemment présenter un plan de réduction du déficit.

Besoin d'alliés

Mais avec seulement 137 élus sur 350, M. Rajoy est loin de la majorité absolue nécessaire à un gouvernement pour adopter ces mesures. Il cherche donc des alliés et a commencé cette semaine par trois petits partis régionaux.

Il n'a pas encore contacté les plus importants: le libéral Ciudadanos (32 sièges) et surtout le Parti socialiste (85). Le PSOE a la capacité de bloquer son investiture ou, en s'abstenant, de lui permettre de former un gouvernement en minorité.

M. Rajoy, écrit le quotidien conservateur ABC, attend une réunion de la direction fédérale du Parti socialiste ce week-end pour savoir quelle sera sa position. "Il faut respecter le timing et l'autonomie du Parti socialiste", a aussi écrit jeudi le PP (conservateur) dans un communiqué.