La Bolivie va doubler la surface dédiée à la culture de coca

La Bolivie promulgue une loi polémique doublant la surface de coca.
08 mars 2017, 22:35
La mastication et l'infusion de la coca sont des pratiques millénaires dans les Andes pour lutter contre la faim, la fatigue et les effets de l'altitude, mais aussi dans des usages rituels de la culture indienne traditionnelle.

Le président bolivien Evo Morales a promulgué mercredi une loi polémique sur la culture légale de la feuille de coca, composant de base de la cocaïne. La surface dédiée à sa culture va quasiment doubler passant de 12'000 à 22'000 hectares.

Avec cette nouvelle loi, "nous voulons garantir la coca à vie", a assuré, lors d'une cérémonie publique, Evo Morales, premier président amérindien de Bolivie au pouvoir depuis 11 ans. Il est lui-même un ancien cultivateur de feuilles de coca.

Le texte remplace celui adopté en 1988 destiné à encadrer la production de coca à usage traditionnel, sous l'impulsion des Etats-Unis. La mastication et l'infusion de la coca sont des pratiques millénaires dans les Andes pour lutter contre la faim, la fatigue et les effets de l'altitude, mais aussi dans des usages rituels de la culture indienne traditionnelle.

L'opposition a vivement critiqué ce texte qui fixe à 14'300 hectares la surface de culture pour la région de Yungas, à l'est de La Paz, et 7'700 hectares pour la région de Chapare (centre) où Evo Morales a commencé sa carrière politique.

Selon les chiffres de l'Office des Nations unies contre la drogue et la criminalité (ONUDC), la Bolivie cultive déjà 20'200 hectares, principalement dans le Yungas et le Chapare. Elle avait réduit sa superficie de plantations de coca de 11% en 2014.

"Honte internationale"

Et selon une étude financée par l'Union européenne en 2013, quelque 14'700 hectares de coca sont suffisants pour couvrir la demande légale. Selon l'ONU, la Bolivie est le troisième producteur mondial de coca après la Colombie et le Pérou, qui cherchent eux à diminuer les surfaces plantées.

Pour l'ex-président Jorge Quiroga, cette loi "va attirer la honte internationale et causera un dégât énorme à notre image, à nos citoyens, en raison du narcotrafic que cela va générer et de la criminalité que cela va créer en Bolivie". Selon lui, "les rapports d'institutions comme l'Union européenne et l'ONU montrent que 90% de la coca du Chapare va au narcotrafic".

"Nous ne faisons pas partie de la culture de la cocaïne", s'est défendu mercredi Evo Morales. Il plaide pour une dépénalisation au niveau mondial de l'usage de la feuille de coca.