Les problèmes du 787 pourraient coûter cher à Boeing

Le dernier né de Boeing cumulent les incidents techniques depuis son lancement, lui même retardé de quelques années. 30, sur les 50 en circulation, sont cloués au sol. Cette série noire pourrait coûter cher au fabriquant américain.

17 janv. 2013, 07:27
epa03537952 (FILE) An All Nippon Airlines (ANA) Boing 787 makes its maiden voyage arrival at Tokyo's Haneda International Airport, Tokyo, Japan, 28 September 2011.  A Boeing 787 Dreamliner operated by All Nippon Airways Co (ANA) made an emergency landing at Takamatsu Airport, western Japan, 16 January 2013, the latest in a series of incidents highlighting safety concerns involving the new aircraft, news reports said. Authorities said some smoke was detected in the cockpit of flight ANA 692 departing from Yamaguchi Ube Airport for Tokyo Haneda Airport.  EPA/EVERETT KENNEDY BROWN

Boeing pourrait risquer gros si les problèmes de son 787 "Dreamliner", cloué au sol aux Etats-Unis et au Japon, continuent. Le constructeur américain a en effet placé cet avion innovant et économe en carburant au centre de sa stratégie.

Prenant le contre-pied du géant A380 d'Airbus, Boeing a conçu le 787 comme un avion flexible, capable d'opérer sur des longs-courriers ou en moyen-courrier, mais surtout plus économe en carburant grâce à une conception très innovante et à une part inédite de matériaux composites plus légers.
 
"Le futur de Boeing est lié au 787", admet Michael Boyd, expert du Boyd Group.
 
Or cet avion vitrine des technologies avancées du groupe de Chicago souffre depuis son lancement de problèmes techniques à répétition, qui ont entraîné plus de trois ans de retard sur sa première livraison, à la compagnie japonaise ANA.
 
Les avaries se sont récemment accélérées avec sept incidents en deux semaines, ce qui a conduit mercredi soir l'autorité fédérale de l'aviation (FAA) à ordonner à tous les opérateurs de 787 enregistrés aux Etats-Unis de ne plus le faire voler jusqu'à nouvel ordre. Cela concerne essentiellement United Airlines, seule compagnies américaine à compter pour l'instant des "Dreamliner" dans sa flotte.
 
"Pression politique"
 
Cela fait donc trois compagnies au total ayant immobilisé leurs 787, alors que les deux compagnies aériennes japonaises JAL et ANA avaient déjà décidé de le faire plus tôt mercredi.
 
De son côté, le vice-ministre japonais des Transports, Hiroshi Kajiyama, a annoncé que "les Boeing 787 ne seront pas autorisés à décoller jusqu'à ce que la sécurité des batteries soit garantie".
 
Le PDG de Boeing Jim McNerney s'est une nouvelle fois voulu rassurant mercredi en se disant à nouveau "confiant" dans la "sûreté" du Dreamliner.
 
Pour Loren Thompson, du cabinet de conseil spécialisé Lexington Institute, les incidents rencontrés (début d'incendie, fuite de carburant, bris de glace dans la cabine de pilotage...) "s'apparentent à ceux qui affectent tous les nouveaux avions".
 
Hans Weber, analyste indépendant de sécurité et défense, est du même avis et juge que la décision de la FAA est une réponse à la pression politique d'agir.
 
Action en baisse
 
Toutefois, la suspension des vols chez trois compagnies, qui représentent 30 sur les 50 787 en circulation dans le monde, "pourrait peser sur les ventes" futures et sur "l'action", ajoute M. Thompson.
 
L'action du groupe a terminé en baisse de 3,38% à 74,34 dollars et était encore en nette baisse dans les échanges électroniques après la clôture.
 
Les compagnies qui ont commandé le 787 n'ont pas changé leurs plans depuis les incidents, mais l'an dernier le carnet de commandes de l'avion a baissé de 12 unités. "Nous pensons que l'attention des investisseurs va naturellement se porter vers les scénarios du pire", même s'ils ne sont pas les plus probables, prédit la banque Barclays dans une note.
 
Pour elle, cela comprend "le coût potentiel des réparations qui pourraient être requises", "de possibles annulations ou reports de commandes, avec les conséquences que cela aurait sur la trésorerie de Boeing et ses résultats".
 
"Problèmes temporaires"
 
Alors que le groupe tente d'accélérer sa cadence de production (il prévoit de fabriquer dix 787 par mois d'ici la fin de l'année, au lieu de cinq), la série noire de Boeing pourrait perturber la chaîne d'approvisionnement.
 
Si les dizaines de sous-traitants qui contribuent à la fabrication éclatée en multiples sites du 787 dans le monde se retrouvent sur la sellette, notamment au Japon, cela pourrait ralentir le rythme de fabrication, note Barclays.
 
Pour Michael Boyd, Boeing va peut-être aussi devoir "payer des dommages et intérêts" aux compagnies clientes. Mais "tous "ces problèmes vont passer très vite", estime-t-il.
 
Selon lui, les clients de Boeing s'attachent surtout aux bénéfices qu'ils attendent du 787 en termes de coûts, et notamment d'économies en carburant.