Nouvel assaut jihadiste sur Kobané mais les Kurdes résistent toujours

Le largage d'armes effectué par l'aviation américaine pour les Kurdes de Kobané en Syrie a été apprécié lundi. Mais les jihadistes de l'Etat islamique ont lancé une nouvelle offensive lundi soir. Les Kurdes qui résistent depuis un mois attendent des renforts du Kurdistan irakien via la Turquie.

21 oct. 2014, 07:07
Les jihadistes de l'Etat islamique (EI) a lancé lundi soir un nouvel assaut sur la ville syrienne de Kobané. Les Kurdes, qui résistent depuis plus d'un mois, ont bénéficié pour la première fois d'un largage d'armes

Les jihadistes de l'Etat islamique (EI) a lancé lundi soir un nouvel assaut sur la ville syrienne de Kobané. Les Kurdes, qui résistent depuis plus d'un mois, ont bénéficié pour la première fois d'un largage d'armes et attendent des renforts du Kurdistan irakien via la Turquie.

En Irak voisin, où l'EI a lancé une vaste offensive au début juin et contrôle de vastes secteurs, les insurgés ultraradicaux ont attaqué la ville de Qara Tapah (nord, à 50 km de la frontière iranienne), provoquant la fuite de milliers d'habitants.

Après deux attaques suicide dans le nord de Kobané en fin de journée, les jihadistes ont lancé un assaut "sur tous les fronts de la ville", a déclaré l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), une ONG proche des rebelles syriens.

Violents combats

De violents combats se déroulaient dans la soirée alors que les Kurdes avaient réussi ces derniers jours à freiner l'avancée des jihadistes, grâce notamment à l'intensification des raids aériens de la coalition internationale.

Ces dernières heures, trois avions américains ont largué pour la première fois des armes, des munitions et du matériel médical sur les positions des unités de protection du peuple (YPG), qui contrôlent encore 50% de la troisième ville de Syrie. Celles-ci pourront aussi compter sur le renfort de peshmergas kurdes venus d'Irak grâce à la bonne volonté d'Ankara.

Ces armes vont être "d'une grande aide" pour ces combattants, s'est félicité le porte-parole des YPG. Elles sont "destinées à aider à la poursuite de la résistance", a expliqué l'armée américaine, précisant que les équipements largués étaient fournis par les autorités kurdes d'Irak.

Moment de crise

"C'est un moment de crise, une urgence", a souligné John Kerry lors d'un déplacement en Indonésie. Le secrétaire d'Etat américain a insisté sur le fait qu'il ne s'agissait "pas d'un changement de politique" de la part des Etats-Unis dans la guerre contre l'EI.

"Il serait irresponsable pour nous, et en même temps moralement très difficile de tourner le dos à une communauté combattant l'EI", a-t-il dit. Les Kurdes ont multiplié les appels à renforcer les moyens des combattants des YPG, moins nombreux et moins bien armés que ceux de l'EI, pour conserver Kobané dans le giron kurde.

Peshmergas kurdes aidés par la Turquie

Autre geste qui pourrait à terme changer la nature du conflit pour le contrôle de Kobané: la Turquie, jusqu'ici rétive à tout soutien, a surpris en annonçant lundi qu'elle va aider "les forces des peshmergas kurdes" d'Irak "à franchir la frontière pour aller à Kobané", selon le ministre turc des Affaires étrangères Mevlut Cavusoglu.

La veille pourtant, Recep Tayyip Erdogan avait rejeté catégoriquement tous les appels lancés pour qu'Ankara fournisse directement des armes aux YPG, accusés par la Turquie d'être une "organisation terroriste". Samedi soir pourtant, le président turc et son homologue américain Barack Obama s'étaient juré de renforcer la lutte pour contrer l'avancée de l'EI, notamment en Syrie.

Equilibre instable

A la lumière des derniers développements, "l'équilibre des forces peut basculer à tout moment", a estimé lundi l'OSDH. Les bilans concernant les victimes sont toutefois difficiles à obtenir.

En accentuant les raids sur Kobané, les avions de la coalition, aidés par une résistance kurde farouche, auraient "tué des centaines de combattants (de l'EI) et détruit ou endommagé" de nombreux équipements des extrémistes, selon le commandement central américain (Centcom). Au total, depuis fin septembre, environ 140 raids ont été effectués.

Attentat suicide à Bagdad

En Irak, un nouvel attentat-suicide a tué lundi plus d'une dizaine de personnes devant une mosquée chiite de Bagdad, moins de 24 heures après une attaque similaire qui a fait encore davantage de victimes.

Par ailleurs, l'armée américaine a mené depuis dimanche six frappes aériennes contre l'EI près de Falloujah et de Baïji, avec l'aide notamment de la France, dont c'était la troisième frappe en Irak.