Soudan du Sud: des violences font plus de 270 morts

Quatre jours de violences entre forces régulières sud-soudanaises et ex-rebelles dans la capitale Juba ont fait plus de 270 morts dont 33 civils.
10 juil. 2016, 15:29
Les combats ont repris dimanche à Juba entre les soldats loyalistes et les ex-rebelles (photo).

Les combats entre forces régulières sud-soudanaises et ex-rebelles à Juba ont gagné en intensité dimanche, s'étendant à plusieurs quartiers de la capitale, notamment près de l'aéroport international. Les affrontements depuis jeudi ont fait au total 272 morts, selon le ministère de la Santé.

Dimanche, l'ONU a fait état de tirs de mortiers, de lance-grenades et d'"armes d'assaut lourdes". La présence d'hélicoptères de combat et de chars a également été signalée. Ces informations ont conduit nombre d'habitants de la capitale à se terrer chez eux ou à fuir leurs maisons, selon des témoins.

Les affrontements avaient débuté jeudi par un accrochage qui a fait cinq morts. Ils ont ensuite été suivis de nouveaux combats vendredi où plus de 150 personnes - en majorité des soldats des deux parties - ont été tuées, selon les ex-rebelles. Une source proche du ministère de la Santé, citée par Reuters, avance le chiffre de 272 morts, dont 33 civils.

 

 

 

 

Très fragile accord de paix

Les violences opposent les soldats du président Salva Kiir aux hommes de son rival, l'ex-chef rebelle et actuel vice-président Riek Machar. Dans le cadre d'un fragile accord de paix et de partage du pouvoir en août 2015, M. Machar est revenu, avec un fort contingent d'hommes armés, en avril à Juba où il a été réinstallé vice-président et a formé avec M. Kiir un gouvernement d'union nationale.

Les deux hommes, qui se sont entretenus vendredi, ont dit ignorer la cause de cette reprise des violences et ont lancé un appel au calme. Dimanche, les combats ont éclaté dans la partie ouest de Juba, où les troupes loyales à M. Kiir et celles de son rival disposent de bases au pied des montagnes. Riek Machar y a même installé son quartier général depuis son retour.

"Coups de feu, échanges de tirs nourris de nouveau près de la Maison de l'ONU, a rapporté la Mission de l'ONU au Soudan du Sud (Minuss) sur son compte Twitter. Ce camp de l'ONU, qui abrite en temps normal quelque 28'000 déplacés, est situé près des bases où sont stationnées les soldats des deux parties.

Dimanche, des habitants de la zone se sont réfugiés dans l'enceinte du camp. Selon des travailleurs humanitaires, des tirs ont aussi atterri à l'intérieur du camp, blessant plusieurs civils. Des civils se sont également dirigés, avec enfants et maigres possessions, vers une autre base de l'ONU proche de l'aéroport.

Suspension de vols

Les combats de dimanche se sont étendus à d'autres zones de la capitale, dont le quartier de Gudele, réputé pour être une poudrière, et le quartier central de Tongping, près de l'aéroport international de Juba. La compagnie aérienne africaine Kenya Airways a d'ailleurs suspendu tous ces vols à destination de Juba, évoquant une "situation sécuritaire incertaine".

Samedi, le ministère britannique des Affaires étrangères avait déconseillé "tout voyage au Soudan du Sud" et a invité ses ressortissants à quitter le pays.

Les violences ont terni samedi le cinquième anniversaire de l'indépendance du plus jeune Etat du monde, enlisé dans la guerre civile depuis décembre 2013 malgré l'accord de paix de l'an dernier.

Un porte-parole de M. Machar a rejeté la responsabilité des combats de dimanche sur les soldats gouvernementaux. "Nos forces ont été attaquées sur la base de Jebel", a accusé James Gatdet Dak, affirmant que l'assaut avait été repoussé.

"Epouvantable"

Depuis décembre 2013, les combats entre forces pro-Kiir et pro-Machar ont fait plusieurs dizaines de milliers de morts dans un conflit politique compliqué par des hostilités entre ethnies et des luttes au niveau local. Malgré l'accord de paix, les hostilités se poursuivent dans plusieurs régions. Fin juin, un responsable d'une commission de surveillance du cessez-le-feu a qualifié le niveau des violences d'"épouvantable".

La guerre civile a provoqué une crise humanitaire, forçant près de trois millions d'habitants à fuir leurs foyers et quelque cinq millions, plus d'un tiers de la population, à dépendre d'une aide alimentaire d'urgence.

Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a dit cette semaine son "inquiétude" face à une situation qui "illustre encore une fois le manque d'engagement réel des parties dans le processus de paix, et représente une nouvelle trahison du peuple du Soudan du Sud, déjà victime d'épouvantables atrocités depuis décembre 2013".