Turquie: un procès pour insulte à Erdogan s'égare dans le monde de Tolkien

Comparer le président Recep Tayyip Erdogan à un "Gollum" pourrait coûter deux ans de prison à un internaute. La justice turque se penche avec le plus grand sérieux sur la question de savoir si cela est une insulte...

02 déc. 2015, 14:18
La question est de savoir si c'est une insulte de comparer le président turc au célèbre personnage de la trilogie à succès "le Seigneur des anneaux".

Comparer le président Recep Tayyip Erdogan à un "Gollum" peut-il être considéré comme une insulte? Un tribunal turc a très sérieusement mandaté un collège d'experts pour trancher le débat, qui pourrait coûter deux ans de prison à un internaute.

En octobre, un médecin turc s'est amusé à publier sur Twitter deux photos: l'une, inhabituellement expressive, de M. Erdogan le visage déformé par la surprise; l'autre, les yeux pareillement exorbités, du célèbre personnage de la trilogie à succès "le Seigneur des anneaux".

La comparaison n'a pas du tout plu au président qui, comme il en a pris l'habitude, a porté plainte contre l'outrecuidant, aussitôt arrêté dans l'hôpital où il exerçait et inculpé pour "insulte au chef de l'Etat".

Cinq experts nommés

Plus circonspects, les juges de la province d'Aydin (sud-ouest) qui examinaient le dossier mardi ont confessé à l'audience leur ignorance de l'oeuvre de J.R.R. Tolkien et leur incapacité à déterminer si comparer M. Erdogan au monstrueux Gollum pouvait être considéré comme un outrage, a rapporté mercredi le quotidien Milliyet.

Le tribunal a donc confié à des experts - deux académiciens, deux psychologues et un spécialiste du cinéma - le soin de répondre à la question lors de la prochaine audience du procès, fixée en février. Le procureur a de son côté requis deux ans de prison contre le médecin.

Depuis son élection à la présidence en août 2014, M. Erdogan a multiplié les poursuites pour insulte contre les journalistes, artistes et simples particuliers. Ses détracteurs y voient un signe de sa dérive autoritaire et l'accusent de vouloir museler les critiques.

L'incarcération la semaine dernière de deux journalistes du quotidien d'opposition Cumhuriyet accusés d'espionnage a suscité un tollé en Turquie et à l'étranger.