Viol collectif: les accusés ont comparu à huis clos

Cinq des six auteurs présumés du viol d'une étudiante indienne ont comparu ce lundi à huis clos. Ils encourent la peine de mort.

07 janv. 2013, 17:02
Le procès se déroule sous haute tension.

Cinq des six auteurs présumés du viol d'une étudiante indienne le 16 décembre dernier à New Delhi, à l'origine d'une vague d'indignation sans précédent dans le pays, ont été présentés lundi devant un tribunal de la capitale. Agés de 19 à 35 ans, ils ont comparu à huis clos et encourent la peine de mort.

Les cinq hommes, ainsi qu'un mineur qui sera jugé séparément devant un tribunal pour enfants, sont accusés de viol, d'enlèvement et du meurtre de la jeune femme de 23 ans, décédée dans un hôpital de Singapour le 28 décembre des suites de l'agression. Le viol collectif dans un bus de cette étudiante en kinésithérapie a ouvert un débat national sur les violences faites aux femmes en Inde, où un viol est signalé aux autorités toutes les 20 minutes en moyenne.

Un fourgon de police bleu a conduit les prévenus de la prison de Tihar jusqu'au tribunal du district de Saket, dans le sud de Delhi. Leur audience a été consacrée à la lecture de leur acte d'accusation et à la fixation d'une date pour leur procès.

En raison de la tension régnant dans la salle d'audience bondée, la présidente Namrita Aggarwal a décrété le huis clos et fait sortir le public et les médias. Des agents de police ont été postés aux portes du tribunal avant l'arrivée des accusés. La prochaine audience aura lieu jeudi, a ensuite indiqué Mme Aggarwal.

Aveux enregistrés

L'un des procureurs chargés du dossier, Rajiv Mohan, a réclamé la peine capitale étant donné la nature "atroce" du crime. "Les cinq accusés ne méritent pas moins que la peine capitale", a-t-il déclaré. Les proches de la victime ainsi qu'une bonne partie de l'opinion réclament également la mort pour les violeurs présumés.

Deux des prévenus ont déposé samedi une demande pour obtenir le statut d'informateur contre les autres accusés, en espérant une peine réduite, a indiqué M. Mohan.

Les membres du barreau du district de Saket ont refusé de représenter les accusés, dont la plupart viennent d'un bidonville de la capitale. Avant l'audience de lundi, les cinq hommes étaient apparemment sans avocat pour les défendre en dépit de longs interrogatoires par la police, qui dit avoir enregistré leurs aveux.

Avocat hué par ses collègues

Dans la salle d'audience, où journalistes et avocats s'étaient massés avant l'arrivée des prévenus, l'avocat de la Cour suprême Manohar Lal Sharma, qui a offert de représenter les accusés, s'est fait huer par les autres avocats.

"Nous vivons dans une société moderne. Nous sommes bien éduqués. Chaque accusé, y compris dans des cas brutaux comme celui-ci, a le droit légal d'être représenté pour se défendre", a-t-il dit. "Je crains qu'ils n'obtiennent pas justice, c'est pourquoi j'ai décidé de les représenter devant le tribunal", a-t-il dit, ajoutant cependant que c'était au tribunal de se prononcer.

Les cinq hommes devraient se voir attribuer des avocats commis d'office avant l'ouverture de leur procès devant un tribunal à procédure accélérée mis en place à la suite de l'agression. Le ministre de la Justice, Altamas Kabir, a créé la semaine dernière six tribunaux chargés d'accélérer les procédures concernant les agressions sexuelles à New Delhi.

Justice plus rapide

Des experts en droit préviennent que l'absence de représentants de la défense pourrait permettre aux prévenus de faire appel s'ils sont reconnus coupables. Des cas similaires ont abouti à des acquittements. Le sixième accusé, qui a moins de 18 ans, risque une peine maximale de trois années d'emprisonnement.

Le même jour, le président de la Cour suprême a ordonné aux juges de mettre en place des tribunaux spéciaux chargés d'instruire plus rapidement les crimes sexuels. Il l'a fait dans une lettre adressée aux juges siégeant dans les hautes cours de chaque Etat de l'Inde.

"De nombreuses affaires sont en attente dans plusieurs Hautes cours et tribunaux concernant des violences faites aux femmes et il y a eu récemment une hausse notable de telles affaires", souligne Altamas Kabir dans cette missive datée du 5 janvier et dont l'AFP a obtenu une copie lundi.