Dopage: les athlètes russes privés des JO de Rio, à quelques exceptions près

Le conseil de la Fédération internationale d'athlétisme a décidé de ne pas réintégrer la Russie aux compétitions internationales. Il a toutefois laissé la porte ouverte à la présence de certains athlètes russes aux JO de Rio en août.
17 juin 2016, 16:24
Le conseil de l'IAAF a maintenu la suspension des athlètes russes des compétitions internationales.

La Fédération internationale d'athlétisme (IAAF) a maintenu la suspension de la Fédération russe (ARAF) pour les compétitions internationales, au terme de son congrès à Vienne. Elle a toutefois laissé la porte ouverte à la présence de certains athlètes russes aux JO de Rio en août.

Les athlètes russes sont suspendus depuis novembre dernier suite à la publication d'un rapport cinglant d'une commission d'enquête indépendante de l'Agence mondiale antidopage (AMA) qui avait dénoncé un système de dopage institutionnalisé en Russie. Le ban est aujourd'hui confirmé, bien que les instances russes aient estimé avoir fait assez d'efforts pour éradiquer le problème.

La position de la fédération internationale d'athlétisme, sport no 1 aux Jeux olympiques, était très importante dans ce dossier mais le CIO pourrait opter pour un avis plus nuancé lors d'une réunion prévue mardi prochain, par exemple en autorisant certains athlètes russes "propres" à participer quand même aux JO.

 

Stepanova admise

Première exception annoncée vendredi à Vienne, la lanceuse d'alerte russe Yulia Stepanova, qui a obtenu les minima sur 800 m et dévoilé les pratiques dopantes dans son pays avant de s'exiler aux Etats-Unis, pourra participer aux Jeux.

En attendant, d'une façon générale, les athlètes russes restent exclus de toutes les compétitions pour lesquelles l'IAAF est responsable, comme les Championnats d'Europe dans un mois à Amsterdam.

"Nous allons réagir", a immédiatement annoncé le ministre russe des Sports Vitali Moutko, sans préciser la nature de cette réaction à venir. "Nous espérons que le CIO pourra corriger cette situation de manière quelconque", a-t-il insisté, en référence à la réunion de mardi.

Les Russes, dans la journée, étaient montés aux barricades pour s'opposer au maintien de la suspension. "Il ne peut pas y avoir de responsabilité collective pour tous les sportifs. Une équipe entière ne peut pas porter toute la responsabilité pour une seule personne (dopée)", a martelé le président Vladimir Poutine.

L'icône du saut à la perche Yelena Isinbayeva, double championne olympique, a immédiatement annoncé qu'elle saisira la justice pour faire valoir ses droits dans ce qu'elle considère comme "une atteinte aux droits de l'Homme".

Aux derniers Jeux (à Londres en 2012), la Russie avait obtenu quatorze médailles dont six en or en athlétisme C'était le deuxième meilleur bilan derrière les Etats-Unis. Les Russes, en particulier chez les femmes, terminent régulièrement tout en haut du tableau des médailles. C'est une superpuissance de l'athlétisme.

Roman noir

Ce dossier reste complexe, véritable roman noir mêlant dopage, corruption et diplomatie sportive jusqu'aux plus hauts sommets.

La Russie, ses instances sportives et antidopage, a organisé et couvert le dopage dans "son" athlétisme, en rackettant ses propres athlètes et allant jusqu'à corrompre l'ancien président de l'IAAF, Lamine Diack (1999-2015), mis en examen pour blanchiment aggravé et corruption. Avec l'affaire russe, l'athlétisme mondial a plongé dans la plus grave crise de son histoire.

Comme depuis sept mois et l'éclatement au grand jour de la triche, les déclarations, affirmations, accusations et démentis se sont entrecroisés ces derniers jours.

Mercredi, l'AMA, dans un document de 23 pages, avait dressé un bilan peu reluisant de ce qui se passe en Russie depuis sa suspension.

"Des agents armés du FSB (les services secrets russes) ont menacé d'expulser du pays des contrôleurs", a assuré l'AMA dans son rapport, précisant qu'il avait été impossible de mener 736 contrôles antidopage en Russie depuis février 2016. Au-delà des chiffres, l'AMA dresse surtout le portrait d'un pays qui est loin d'en avoir fini avec la culture du dopage.

Par exemple, "un certain nombre" de laboratoires chargés d'analyser les échantillons russes ont constaté que les boîtes contenant les échantillons "avaient été ouvertes par les douanes russes".