Bilan du confinement: les parents, ces héros!

Quelles ont été les répercussions dans la cellule familiale de la pandémie? Une période de rêve pour les tyrans en herbe, ou l’occasion de redresser la barre? Le psychothérapeute Philip D. Jaffé répond.

04 mai 2020, 20:00
Comment se sont comportés vos enfants pendant ce temps de confinement, anges ou démons?

Pendant la durée du confinement, les enfants et les adolescents étaient exclusivement sous l’autorité de leurs parents, et certains se sont transformés en boy-scouts serviables et attentionnés, alors que d’autres en profitaient peut-être pour tyranniser davantage leurs parents.

Docteur en psychologie et auteur de « L’enfant toxique. A qui la faute? Comment s’en sortir?», Philip Jaffé est bien placé pour observer les changements des relations parents enfant opérés pendant cette période particulière.  

Situation révélatrice

Selon lui, le virus n’a rien déclenché, si ce n’est un autre regard sur le fonctionnement familial. «Quand on a moins d’échappatoires, on se fixe sur les processus relationnels avec les personnes avec lesquelles on a des liens proches, positifs, mais conflictuels aussi. Certaines personnes se rendent compte qu’elles pas donné suffisamment d’attention au problème et sont dans une démarche de demande d’aide. Une famille assez touchante, très adéquate, m’a contacté pour me dire que le confinement avec leurs deux filles, dont une adolescente, leur avait fait remarquer à quel point leur aînée prenait le pouvoir.»

Des enfants tyrans

Le spécialiste confirme que le contexte favorise particulièrement les enfants rois. «Mais les parents sont aussi mieux à même de réagir. C’est sûr que l’occasion fait le larron pour ces enfants rois ou tyrans, ou que j’appelle des fois toxiques. Ce n’est pas que ces parents n’avaient jamais remarqué comment leur fille aînée se comportait, mais évidemment tout est exacerbé par le confinement, la proximité physique.»

Quand il y a une déstructuration sociale, les règles ont été changées de manière draconienne. 
Philip D. Jaffé, psychothérapeute

Vive l’école

En temps normal, l’école a un rôle de tiers séparateur dans le fonctionnement des familles, et de soupape. «Elle cadre et structure. L’école manque à beaucoup de familles. J’ai deux enfants de 8 et 11 ans, et pour moi le confinement a été une période de renforcement des liens. Mais ma femme et moi sommes contents que l’école reprenne, parce que la charge est quand même lourde quand vous faites du télétravail l’un et l’autre et qu’il faut s’occuper des enfants à plein temps.»

Avec leurs pairs

Aux familles qui trouvent difficile de gérer des adolescents en ce moment, le psychothérapeute rappelle que les adolescents sont toujours un défi à gérer. «Quand ils s’agglutinent comme exprès, en fait c’est une façon de marquer leur indépendance. Ils sont en train de vivre tellement de transformations profondes au niveau individuel, que de se retrouver avec d’autres qui vivent la même chose est beaucoup plus rassurant que de discuter avec l’un ou l’autre parent. Quand il y a une déstructuration sociale, ce qui est quand même le cas, on a changé les règles de manière draconienne, les adolescents réagissent aussi. Certains sont plus dans la difficulté et la provocation.»

Vers le déconfinement

Philip Jaffé conseille aux familles qui fonctionnent bien de profiter pour communiquer sur les processus de reprise, et associer le plus possible les enfants à la gestion de l’incertitude et à la construction de projets réalistes pour les loisirs de cet été.

Aux parents en difficulté à cause de circonstances de vie avant la crise, il propose de repenser la structure familiale. «En fait ce n’est pas compliqué. Tout le monde connaît les ingrédients. Il faut que le temps et les activités soient bien identifiés et que tout le monde sache ce qu’il fait à tout moment de la journée ou de la semaine.

Sinon, ne pas hésiter à demander de l’aide, souvent quelques séances de réorientation suffisent. Je crois qu’il faut que les parents soient indulgents vis-à-vis d’eux-mêmes, ils ont dû beaucoup s’adapter. D’une certaine manière, même si on en n’a pas l’impression, on est tous des héros.

Je sais bien que les professionnels de la santé et d’autres ont fait des choses extraordinaires, mais la société suisse a bien fonctionné aussi parce que la famille a repris le flambeau. Soyez fiers, et indulgents aussi envers vos enfants qui ont senti une période de relâchement de ce qu’ils connaissent, ce qui n’est jamais rassurant.»