Concorde: nouvelle bataille judiciaire

Le procès en appel du crash de l'avion Concorde d'Air France s'est ouvert jeudi à Versailles.
05 août 2015, 15:51
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Près de douze ans après un accident qui a fait 113 morts et mis fin à la carrière du Concorde, la justice française a repris le dossier des responsabilités de cette catastrophe. Le procès en appel, ouvert jeudi, va opposer durant deux mois la compagnie américaine Contental Airlines à Air France.

Déclarée seule coupable en première instance fin 2010, Continental conteste le scénario retenu pour l'accident. "On sait que la justice peut se tromper et en l'occurrence, elle s'est gravement trompée en disant que Continental était responsable", a dit son avocat Olivier Metzner à son arrivée au palais de justice de Versailles.

"Le dossier est vicié depuis l'origine", a ajouté Me Metzner. Selon lui, "Air France, partie civile, aurait pu se retrouver sur le banc des prévenus si (certains) experts n'avaient pas été des anciens salariés" de la compagnie.

"Continental essaie de rejeter la responsabilité sur Air France", a riposté Fernand Garnault, avocat de la compagnie française. "Nous sommes ici pour résister aux prétentions de Continental de voir Air France condamnée, médiatiquement du moins, à sa place".

Crash contre un hôtel

Le 25 juillet 2000, un Concorde d'Air France transportant 109 passagers, en majorité des touristes allemands, avait pris feu peu après son décollage de Roissy et s'était écrasé sur un hôtel de la commune de Gonesse, y tuant quatre personnes.

L'accident avait mis un terme prématuré à la carrière de cet avion mythique, le plus rapide de l'histoire de l'aviation commerciale, qui reliait Paris à New York en trois heures à 2400 km/h. Il a volé pour la dernière fois en octobre 2003, après 27 ans de vols essentiellement transatlantiques.

Lamelle en titane

Le tribunal correctionnel de Pontoise a retenu en première instance que l'accident avait été provoqué par l'éclatement d'un pneu avant droit du Concorde, causé par une lamelle en titane de 43,5 cm, une "bande d'usure" tombée d'un avion de Continental Airlines.

Selon ce scénario, des débris du pneu projetés contre l'aile et dans le réacteur du Concorde ont endommagé la propulsion, perforé un réservoir situé sous l'aile, et provoqué une fuite de kérosène, ce qui aurait causé l'incendie fatal. La cour a retenu que l'organisation de Continental et la maintenance de ses avions étaient problématiques.

Conséquence: la compagnie américaine a été condamnée à une amende de 200'000 euros et à verser un million d'euros de dommages et intérêts à Air France. Un de ses employés a écopé de quinze mois de prison avec sursis pour avoir mal fixé la pièce incriminée, son chef d'équipe étant relaxé. Les deux hommes sont eux aussi rejugés.

Pièce manquante

Le tribunal avait écarté la thèse défendue par Continental, selon laquelle l'avion aurait pris feu avant même d'avoir roulé sur la pièce incriminée. Une pièce manquait en effet sur le train d'atterrissage du Concorde et il a décollé en surcharge.

Le premier procès avait fait "de nombreuses impasses", a affirmé Me Metzner, espérant que celui-ci se déroulerait "sur des bases plus saines". Il va notamment faire citer 18 témoins ayant "vu le Concorde en feu avant la lamelle", a-t-il dit.

"Il y a bien un lien de cause à effet entre cette fameuse lamelle et l'accident", a répliqué Me Garnault, l'avocat d'Air France.

Le tribunal devra aussi rejuger trois anciens cadres français de l'aéronautique qui avaient été relaxés en première instance. Le tribunal de Pontoise avait en effet jugé qu'ils n'avaient pas commis de "faute caractérisée" dans le suivi du supersonique, affecté par des incidents de pneus à répétition durant sa carrière.

 


Crash du concorde, Gonesse 2000 par Kh