La France de plus en plus ambitieuse au Mali

Bloquer l'avancée des islamistes, les "détruire", assurer la transition politique à Bamako, "vaincre le terrorisme dans cette partie-là de l'Afrique": les objectifs affichés de l'opération française au Mali évoluent sans cesse vers plus d'ambition.

21 janv. 2013, 15:00
Un Malien souhaite la bienvenue aux soldats français lors de leur entrée dans la ville de Niono, à 400 km au Nord de la capitale Bamako.

Au dixième jour de l'opération Serval, quelque 2000 soldats français sont déployés au Mali. Leur objectif ? La "reconquête totale" du Mali, selon le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian. "On ne va pas laisser des poches de résistance", assurait-il dimanche.

La veille, François Hollande affirmait que l'opération durerait "le temps nécessaire pour que le terrorisme soit vaincu dans cette partie-là de l'Afrique".

Un objectif autrement plus audacieux que celui fixé au début de l'intervention, le 11 janvier. Le chef de l'Etat parlait alors "'essentiellement de bloquer la progression vers le sud des terroristes criminels" et de protéger les quelque 6000 ressortissants français du Mali.

Craintes de l'opposition

Inquiète de "l'isolement" de la France, l'opposition de droite s'interrogeait lundi sur les finalités de l'opération. "Est-ce que c'est la lutte contre le terrorisme international? Est-ce que c'est la lutte contre le terrorisme dans cette région? Est-ce c'est de permettre la réunification du Mali?", a demandé l'UMP Jean-François Copé.

Le chef de l'Etat lui a indirectement répondu après une rencontre avec son homologue tanzanien. "L'objectif, c'était d'arrêter l'offensive terroriste, c'est fait. C'était de permettre au Maliens par leurs forces armées de reconquérir des villes qui étaient occupées par des forces terroristes: c'est en train de se faire", a-t-il dit.

"Et puis l'objectif c'est de permettre à la force internationale de prendre le relais pour permettre au Mali de retrouver son intégrité territoriale, et nous savons que ça prendra encore du temps".

Jean-Yves Le Drian a aussi évoqué des frappes contre les bases arrières des jihadistes et des bombardements de l'aviation française dans les régions de Gao et de Tombouctou.

Soutien discret d'Obama

L'intervention au Mali est pour l'instant soutenue par une large majorité de Français, mais l'opinion pourrait évoluer si un risque d'enlisement se précisait, alors que Paris déplore pour l'instant un mort dans les rangs de son armée. Le sort de sept Français otages au Sahel est aussi en jeu.

Si, pour François Hollande, "la France est soutenue par toute l'Afrique", la question de la frilosité des autres pays occidentaux se pose toujours. Pour l'heure, une demi-douzaine de pays occidentaux participent logistiquement à l'opération Serval, dont les Etats-Unis avec notamment des moyens de renseignement.

Selon une source française, Barack Obama a joué un grand rôle dans la décision de Paris d'intervenir au Mali contre une forme de terrorisme auquel l'Amérique est aussi confrontée.

Pour cette opération jugée "vitale" par Washington, les Etats-Unis offrent à la France une aide bien plus importante que ce que les autorités des deux pays laissent entendre, ajoute cette source.

Une discrétion où chacun trouve son compte: les Français conservent indépendance et leadership et les Américains s'épargnent une éventuelle polémique sur une nouvelle opération extérieure, en plein retrait de leurs soldats d'Afghanistan.

Transition politique

Après avoir informé ses homologues de son intention de stopper les rebelles, François Hollande parle désormais d'"éradiquer les terroristes". "J'irai jusqu'au bout", a-t-il dit, selon cette même source française, au Premier ministre britannique David Cameron, qu'il a eu à plusieurs reprises au téléphone.

Dans l'entourage de François Hollande, on souligne des différences fondamentales entre cette opération et l'intervention de 2011 en Libye où le départ de Mouammar Khadafi a laissé place au chaos. "Au Mali, on est au sol, ce qui permet de régler les problèmes", explique-t-on à l'Elysée. "Il faut faire en sorte qu'après l'intervention française, tout se passe bien".

Au Mali, François Hollande a donné des ordre de chef de guerre contre "les terroristes": "Les détruire, les faire prisonniers si c'est possible et faire en sorte qu'ils ne puissent plus nuire à l'avenir".

Si la France "n'a pas vocation à rester" au Mali, elle se dit soucieuse de transition politique dans ce pays. "Nous avons en revanche un objectif, c'est de faire en sorte que lorsque nous partirons, il y ait une sécurité au Mali, des autorités légitimes, un processus électoral et plus de terroristes qui menacent l'intégrité du Mali", déclarait François Hollande lundi à Dubaï.