La Lex Weber prend du terrain sur les résidences secondaires, colère des promoteurs

Avec sa limitation du nombre de résidences secondaires dans les communes, la Lex Weber ne permet plus de répondre à la demande. Les professionnels de l’immobilier réclament une révision de la loi.
13 mai 2022, 11:10
Les promoteurs s'inquiètent quant à la multiplication des refus de permis de construire dans certaines régions à fort potentiel touristique, causé par la loi sur les résidences secondaires.

La Lex Weber fête ses dix ans. Cette loi, qui limite à 20% le nombre de résidences secondaires dans les communes helvétiques, bétonne la colère des promoteurs. La demande est forte, mais les biens à disposition rares. Exacerbée par le manque d’offres et de constructions, la situation appelle une révision, selon les professionnels du secteur interrogés par AWP.

Lex Weber rejetée à 73,8% en Valais

A peine ont-ils redressé la tête, après un excellent exercice 2021, que les promoteurs expriment leurs craintes quant à la multiplication des refus de permis de construire dans certaines régions à fort potentiel touristique, causé par la loi sur les résidences secondaires (LRS). Selon les cantons, le choix lors de la votation de la Lex Weber a été plus ou moins tranchant. En Valais l'initiative a été rejetée à 73,8%, alors qu'elle a été acceptée à 50,6% au niveau national.

La pénurie d’objets à la vente a entraîné une hausse massive des prix des résidences secondaires.
Grégoire Schmidt, de l’Association de l’économie immobilière

L’onde de choc s’est faite en trois temps. «La première a eu pour conséquence le désarroi des propriétaires de terrains qui ont vu du jour au lendemain la valeur de leur parcelle s’effondrer. La seconde fut un arrêt brutal des constructions avec des répercussions sur les entreprises et les emplois afférents. La troisième s’est illustrée par une pénurie d’objets à la vente entraînant une hausse massive des prix des résidences secondaires,» explique Grégoire Schmidt, fondateur du groupe éponyme et membre du comité exécutif de l’Association suisse de l’économie immobilière (Svit).

Près de 30’000 francs le m2 à Zermatt

Désormais sur liste d’attente, les appartements de montagne au prix du marché ne restent pas annoncés plus d’une semaine, les chalets encore moins. Une situation inimaginable il y a quelques années pour nombre de professionnels interrogés, qui font face à une pénurie d’objets à la vente, avec comme conséquence une hausse des prix de 11,5% à 12,7% sur ces douze derniers mois. Tant en résidence principale que secondaire, la demande – plus importante de la part d’étrangers – a été importante.

Pour le groupe Barnes, le chiffre d’affaires dans le résidentiel s’est envolé de 45%. Spécialisée en biens d’exception, l’entreprise a effectué des transactions pour plusieurs dizaines de millions de francs dans les stations de Verbier et Crans-Montana, négociant près de 30’000 francs le mètre carré à Zermatt.

Etat des lieux sinon rien

Une révision de la loi actuelle est espérée par la branche, «car elle redonnerait l’autonomie conjointe aux cantons et aux communes, seuls capables d’appréhender ces problématiques de façons ciblées, mesurées et équitables», affirme Grégoire Schmidt.

«Les résidences secondaires doivent désormais profiter au secteur du tourisme et ne pas rester vides la majeure partie de l’année (lits froids). Cela passe par exemple par la construction de resorts que l’on utiliserait comme habitation de vacances», indique le chef de la section Urbanisation et paysage de l’Office fédéral du développement territorial (ARE), Martin Vinzens. «Davantage de résidences secondaires utilisées comme habitations de vacances signifie davantage de touristes.»

En 2025, le Département fédéral de l’environnement, des transports, de l’énergie et de la communication (Detec) et le Département fédéral de l’économie, de la formation et de la recherche (Defr) examineront à nouveau les effets de la LRS et feront état de la nécessité de la réviser… ou pas.

par Ibtissam BENCHIKH, AWP

par Keystone - ATS