Le meurtrier de Lucie ne sera pas interné à vie

Les juges argoviens ont décidé de ne pas interner à vie l'assassin de Lucie, comme le permet le Code pénal depuis août 2008, après l'adoption d'une initiative populaire en 2004. Le Parlement a révisé ce texte en 2007 pour l'adapter à la Convention européenne des droits de l'homme (CEDH).
05 août 2015, 15:47
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Pour prononcer l'internement à vie, le juge doit se baser sur  deux expertises indépendantes confirmant la nécessité de prendre  cette mesure contre un criminel dangereux. Elle s'applique pour  l'assassinat et le meurtre, les lésions corporelles graves et le  brigandage, le viol, la contrainte sexuelle, la séquestration et  l'enlèvement.

Sont aussi concernés la traite des être humains, les actes de  génocide et des infractions contre le droit international en cas de  conflit armé.

Trois conditions

Trois conditions doivent aussi être remplies. Premièrement,  l'auteur du crime a porté ou a voulu porter une atteinte  particulièrement grave à l'intégrité physique, psychique ou sexuelle  d'autrui.

Deuxièmement, il est hautement probable que l'auteur commette à  nouveau un des ces crimes. Troisièmement, l'auteur est qualifié de  durablement non amendable, dans la mesure où la thérapie semble  vouée à l'échec à longue échéance.

Nouvelles connaissances scientifiques

Les articles 64c et 65 alinéa 1 règlent les conditions de la  poursuite de l'internement. L'initiative n'admettait une  réévaluation du cas d'un interné qu'en cas de nouvelles  connaissances scientifiques alors que la CEDH prévoit un réexamen  périodique.

L'obstacle a été contourné par le législateur. L'autorité  d'exécution des peines devra examiner s'il existe de nouvelles  connaissances scientifiques donnant à penser que le condamné peut  être traité. Elle prendra sa décision sur la base du rapport d'une  commission fédérale spécialisée.

L'internement à vie n'a été prononcé qu'une seule fois en Suisse  depuis son introduction. En 2010, le Tribunal de district de  Weinfelden (TG) a pris cette mesure contre un homme de 43 ans. Il  avait poignardé à mort une callgirl en 2008 à Märstetten (TG). Le  condamné avait déjà été reconnu coupable d'au moins 5 viols à  caractère sadique.

Le jeune homme de 28 ans qui a tué Lucie  en mars 2009 purgera une peine de 20 ans de prison, assortie d'un  internement. Le Tribunal de district de Baden (AG) l'a reconnu  coupable mercredi de l'assassinat de l'adolescente fribourgeoise. Le  prévenu ne restera toutefois pas forcément enfermé pour toujours.

La Cour n'a pas entièrement suivi le Ministère public qui avait  requis l'internement à vie. L'avocat du prévenu, nommé d'office,  avait, lui, demandé que la peine soit limitée à 18 ans de réclusion  en milieu thérapeutique fermé.

Durant le procès de deux jours qui s'est déroulé à  Untersiggenthal (AG), l'accusé a dit à plusieurs reprises, regretter  son acte. Le procureur a estimé ces regrets peu crédibles, les  qualifiant même de «tactiques».

Le 4 mars 2009, le jeune homme a abordé Lucie à la gare centrale  de Zurich. Il a attiré la fille de 16 ans chez lui, prétextant  qu'elle pourrait y gagner de l'argent en posant pour des photos  liées à des articles de bijouterie. Le soir-même, il a tué  brutalement l'adolescente à son appartement de Rieden-bei-Baden (AG).

Le jeune homme s'est rendu à la police quelques jours plus tard.  Il avait alors expliqué vouloir retourner en prison. En août 2008,  il avait bénéficié d'une libération conditionnelle après avoir purgé  4 ans de réclusion dans un centre éducatif fermé après une tentative  d'assassinat.