Le réchauffement menace le hockey sur glace au Canada

Calamité dans un pays où le hockey sur glace tient lieu de religion nationale: le réchauffement climatique pourrait sonner le glas des patinoires extérieures vers 2050 dans les grandes villes du Canada, selon une étude.
05 août 2015, 15:50
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«Cette année je suis allé à la patinoire environ huit fois, mais  avant c'était deux fois par semaine tout l'hiver, donc environ 20  fois», souffle Guillaume Bilodeau, 30 ans, qui pratique, seul, son  lancer du poignet, en baskets, sans patins, sur la surface molle,  craquelée, dénudée par endroit, d'une patinoire extérieure de  Montréal.

«Cette année, la saison a commencé début janvier et puis ça fait  2-3 semaines que c'est couci-couça», voire complètement  impraticable, dit-il. «La glace est sur le respirateur artificiel».

Même constat dans le sud du pays où l'hiver trop chaud a donné  une mine déconfite aux patinoires extérieures. Dans la capitale  fédérale Ottawa, la patinoire de 7,8 kilomètres sur le Canal Rideau,  la plus longue au monde, a été ouverte 28 jours seulement. La pire  saison en une décennie.

Ce n'est qu'un début

Et ce n'est qu'un début, estiment des chercheurs de Montréal dans  une étude sur l'état des patinoires extérieures, publiée dans la  revue «Environmental Research Letters».

Nikolay Damyanov et Lawrence Mysak, de l'Université McGill, ainsi  que Damon Matthews, de l'Université Concordia, ont établi qu'il  fallait une température constante de -5 degrés Celsius pendant trois  jours pour commencer à arroser une patinoire extérieure, aménagée le  plus souvent à même le sol ou sur un terrain de tennis. Puis, ils  ont étudié les données météorologiques dans 142 stations du pays de  1951 à 2005 en divisant le Canada en six grandes régions climatiques.

Les scientifiques ont pu ainsi déterminer le début de la saison  de patinage extérieur dans différentes régions du pays, puis  extrapoler sur la durée de la saison en évaluant la température  nécessaire pour ajouter des couches de glace au cours de la saison  froide.

Les chercheurs notent une tendance importante à la baisse de la  durée de vie des patinoires extérieures dans le sud-ouest, les  Prairies et le centre du Canada, mais pas dans le Grand Nord, car  malgré les variations climatiques, le mercure ne grimpe pas au- dessus du point de congélation l'hiver.

Tendance sur 50 ans

«Le nombre de jours qui sont suffisamment froids pour maintenir  et ré-arroser une patinoire extérieure a changé au fil du temps», a  expliqué Damon Matthews. «Cette tendance sur 50 ans est probablement  due au changement climatique», a-t-il ajouté.

D'après plusieurs recherches, la température hivernale a  progressé de 2,5 degrés Celsius au Canada depuis 1950, soit le  triple de la moyenne mondiale attribuée à la part des activités  humaines dans le réchauffement planétaire.

Depuis 2005, des organisations écologistes comme Greenpeace  invitent les Canadiens à une journée baptisée «Sauvons le hockey,  luttons contre les changements climatiques!». La disparition des  patinoires extérieures dans le sud du Canada ne relève pas de la  science-fiction, soutiennent les chercheurs.

«Si on extrapole à partir de la tendance des 30 dernières années,  on peut estimer qu'il n'y aura plus de patinoires extérieures  naturelles (sans système spécial de réfrigération) à Calgary,  Montréal et Toronto en 2050», pronostique M. Matthews. «Il n'y  aurait pas suffisamment de jours assez froids pour arroser les  patinoires dans la majeure partie du sud du Canada».