L’EPFL a créé un appareil pour détecter plus vite les problèmes de vue

Grâce à l'EPFL, les ophtalmologues pourraient bientôt détecter plus rapidement les problèmes de vue, et notamment une maladie de dégénérescence qui touche 1 personne de plus de 60 ans sur 4. Les tests, menés sur une dizaine de personnes, sont encourageants.

27 mars 2020, 11:31
Le nouvel appareil permet une meilleure prise en charge des problèmes de vue.

L’EPFL a mis au point un nouvel appareil pour détecter plus vite les problèmes de vue. Sa technologie permet d’observer les cellules du fond de l’œil plus en détail et d’en voir certaines jusque-là invisibles. Elle pourrait être d’une aide précieuse aux ophtalmologues, notamment dans la détection précoce de la dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA) et l’évaluation de nouveaux traitements.

C’est un nouvel espoir pour faire reculer les problèmes de vue.
L’EPFL, dans un communiqué

«C’est un nouvel espoir pour faire reculer les problèmes de vue, notamment ceux engendrés par la dégénérescence maculaire liée à l’âge, ou DMLA», annonce vendredi l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL). Cette maladie assez fréquente, qui touche 26% des personnes de plus de 60 ans en Europe, est l’une des causes principales de cécité dans les pays industrialisés.

Le nouvel appareil mis au point par des chercheurs du Laboratoire de dispositifs photoniques appliqués de l’EPFL (LAPD), dirigé par Christophe Moser, en permettrait un diagnostic plus précoce et donc une meilleure prise en charge. Il a fait l’objet d’une publication cette semaine dans la revue Nature Photonics.

Tache floue et lignes déformées

La rétine est un tissu complexe composé de plusieurs couches de cellules. La macula en est une zone sensible à la lumière se trouvant dans le fond de l’œil. Impliquée dans la vision fine, elle permet la lecture, la reconnaissance faciale, la perception des détails, explique l’EPFL. Pour des raisons encore mal connues, elle dégénère avec le temps, entraînant le plus souvent la formation d’une tache floue ou de lignes déformées au centre du champ de vision, tout en laissant intactes les zones périphériques.

 

 

En général, la DMLA n’est détectée qu’à l’apparition de ces symptômes, qui sont le signe d’une maladie déjà bien avancée. Or, si l’on ne peut pour le moment pas la guérir, on peut en retarder les effets. Identifiée plus vite, la dégénérescence maculaire pourrait donc être mieux traitée, souligne l’EPFL.

C’est à ce stade que la technologie développée par les chercheurs de l’EPFL «amène un sérieux plus». Utilisant un système d’imagerie sophistiqué, elle permet notamment de visualiser en temps réel les couches de cellules de la macula – les premières atteintes par la DMLA. Celles-ci étant jusque-là invisibles avec les moyens actuels, il était donc impossible d’en suivre l’évolution.

Fond oculaire vu sous un autre angle

«Visualiser les cellules où débutent la plupart des maladies communes de la rétine va permettre de mieux comprendre leur évolution, et donc de les détecter plus tôt et les traiter avec davantage d’efficacité», précise Francine Behar-Cohen, professeur en ophtalmologie à l’hôpital Cochin et directeur de recherche au centre de recherche des Cordeliers, à Paris.

Cette méthode permet de voir le fond oculaire sous un autre angle, de biais
Mathieu Kunzi, chercheur au LAPD et coauteur de l’étude

«A la différence des appareils traditionnels, qui envoient de la lumière au centre de la pupille, nous passons par la sclère, c’est-à-dire la partie blanche sur les côtés de l’oeil, pour observer la rétine», explique Mathieu Kunzi, chercheur au LAPD et coauteur de l’étude.

«Cette méthode permet de voir le fond oculaire sous un autre angle, de biais», ajoute Timothé Laforest, également chercheur au LAPD et coauteur. «Nous évitons ainsi certains rayonnements et obtenons une vision plus détaillée des couches de cellules».

Tests encourageants

Ces deux jeunes scientifiques ont créé une jeune pousse. Nommée EarlySight, elle vise le développement et la promotion de cette invention dans le milieu médical.

Des tests menés sur une dizaine de personnes saines ont confirmé la fiabilité de l’appareil, qui permet d’observer le fond de l’œil avec une précision dix fois plus importante et de déceler les différents stades d’évolution de ces cellules, notamment avec l’âge. Des études plus poussées encore seront menées dans les mois qui viennent.