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Les stations de ski ont tendance à gonfler leurs kilomètres de pistes

Une étude allemande montre que des stations de ski annoncent des pistes plus longues qu'en réalité. Une pratique "généralisée" en Europe. Les stations valaisannes des 4 Vallées et des Portes du Soleil pointées du doigt.

20 sept. 2013, 13:35
Plusieurs domaines skiables ont connu des records de fréquentation ces dernières semaines, à l'image ici de Verbier.

Comment mesure-t-on une piste de ski? A cette question simple, les stations répondent par des calculs compliqués, qui leur permettent de gonfler de 34% en moyenne la longueur de leurs pistes, voire, pour certaines, de la doubler, selon une étude allemande.

Dans les Alpes françaises, le site des 3 Vallées, plus grand domaine skiable au monde, compte ainsi 493 km de pistes et non les 600 km affichés, soit une exagération de 22%, selon cette étude réalisée par le consultant allemand Christoph Schrahe.

Le domaine franco-suisse Les Portes du Soleil revendique lui 650 km de pistes contre 425 km en réalité (+53%) et les 2 Alpes (département français de l'Isère) 228 km au lieu de 134 km (+70%).

Pour certaines stations, l'écart va du simple au double: Les 4 Vallées, en Valais, avec une exagération de 151%, Les Sybelles, dans le département français de Savoie, avec 120% ou Isola 2000 (département des Alpes Maritimes) avec 123%.

Calculs à refaire en Autriche

Pour arriver à ces résultats, Christoph Schrahe, qui s'intéresse à la question depuis trente ans, a passé «au moins 1000 heures» à numériser et mesurer des pistes de ski en utilisant le logiciel Google Earth, a-t-il indiqué.

D'après ses calculs, la surenchère est une pratique généralisée en Europe. Rares sont les stations à publier des chiffres conformes à la réalité. La publication de cette étude a déjà conduit l'Association autrichienne des remontées mécaniques à émettre une recommandation demandant aux stations de refaire leurs calculs.

Dans la foulée, la station d'Hochzillertal, dans le Tyrol, a abaissé la longueur de ses pistes à 88 km, contre 181 km auparavant. Les stations interrogées par l'AFP dissimulent mal leur embarras quand on leur demande d'expliquer leur méthode de comptage.

Certaines refusent de répondre malgré plusieurs sollicitations. D'autres entretiennent le plus grand flou quant à la méthode utilisée. «Cette étude nous pose question», reconnaît Marie-Noëlle Turc, directrice marketing de Serre Chevalier, une station du département des Hautes-Alpes.

Le «hors-piste sécurisé» entre en compte

«C'est un sujet qui doit nous conduire à vérifier ce sur quoi nous communiquons pour offrir au client l'information la plus juste possible», ajoute-t-elle. Sa station, qui revendique 250 km de pistes contre 156 km en réalité (+60%), a entrepris de recalculer la taille de son domaine skiable cet hiver.

Idem aux Portes du Soleil qui affirme être «en plein comptage des pistes» et ne pas pouvoir communiquer plus avant. La station des Sybelles avoue que «certains tronçons sont comptabilisés plusieurs fois» sans préciser dans quelle proportion.

Quant au domaine des 4 Vallées, il n'hésite pas à prendre en compte certains «hors-pistes sécurisés» dans ses calculs et les considère même «comme plusieurs pistes» du fait de leur largeur, selon une porte-parole.

Au Grand Massif, (Haute-Savoie), on reconnaît d'emblée que les 265 km affichés ne correspondent pas au «kilométrage linéaire» qui est lui de seulement 172 km, soit une exagération de 56%.

Skieurs «tout schuss» et «zigzag» 

Pour sa défense, la station affirme que «personne ne skie tout schuss» et qu'il faut donc augmenter la longueur de piste du nombre de virages effectués par un skieur qui zigzague dans la descente. Quand un skieur «tout schuss» parcourt 20 mètres, le skieur en zigzag effectue 31,4 mètres, calcule la station, qui augmente donc ses chiffres en conséquence.

«Il y a eu une volonté ces dernières années d'être toujours plus grand et plus gros. C'est ridicule», regrette Vincent Lalanne, directeur des 3 Vallées. Estimant que cette étude «a le mérite de poser le problème», M. Lalanne plaide pour «une mesure commune à tout le monde».

Un projet de recommandation en ce sens doit être débattu la semaine prochaine au sein de l'organisation internationale des stations de ski, la FIANET. «La France n'a rien à perdre, c'est nous qui avons les plus grands domaines skiables», plaide Laurent Reynaud, délégué général de Domaines skiables de France.

Car «pour le consommateur, ce n'est pas forcément très simple de s'y retrouver», reconnaît-il. «Certains avocats pensent que cela pourrait être considéré comme de la publicité mensongère», estime même Chris Gill, rédacteur du guide anglais «Where to ski and snowboard?»

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