ONU: veto de la Russie et de la Chine aux sanctions contre la Syrie

Alors que le Conseil de sécurité de l'ONU proposait mardi des sanctions contre le régime syrien, un double veto de la Russie et de la Chine ont stoppé net le projet.
28 févr. 2017, 18:11
Il s'agit du sixième veto de la part de la Chine sur une résolution contre la Syrie.

Le profond désaccord entre les Etats-Unis et la Russie sur la Syrie devrait une nouvelle fois empêcher mardi le Conseil de sécurité des Nations unies d'imposer des sanctions contre Damas pour avoir utilisé des armes chimiques. Moscou mais aussi Pékin ont mis leur veto à une résolution de l'ONU.

Le projet de résolution, présenté par le Royaume-Uni, la France et les Etats-Unis, a reçu neuf votes pour, trois votes contre (ceux de la Chine, de la Russie et de la Bolivie) et trois abstentions. Il s'agit du septième veto de Moscou à une résolution sur la Syrie à l'ONU, et du sixième de la part de la Chine.

Le texte avait été préparé dans le sillage de la publication des conclusions de la mission d'enquête conjointe de l'ONU et de l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC).

L'enquête a conclu que les forces du régime étaient responsables de trois attaques au chlore et que les djihadistes de l'Etat islamique (EI) avaient utilisé du gaz moutarde. Damas nie avoir utilisé des armes chimiques dans ce conflit qui a fait plus de 300'000 morts depuis 2011.

Sanctions "inopportunes"

Vladimir Poutine l'avait encore martelé quelques heures avant le vote: imposer des sanctions "n'aidera pas le processus de négociations" pour la paix en Syrie, avait averti le président russe, qualifiant d'éventuelles mesures contre le pouvoir syrien "d'inopportunes".

Cela "ferait juste du tort ou minerait la confiance" envers ces négociations, avait-il ajouté lors d'une conférence de presse à Bichkek, au Kirghizstan.

Le projet de résolution prévoyait de sanctionner onze responsables militaires et politiques syriens et dix entités gouvernementales impliqués dans le développement et la production d'armes chimiques. Les sanctions sont un gel des avoirs et, pour les individus, une interdiction de déplacement.

Envoyer un "message fort"

Lundi, l'ambassadeur britannique aux Nations unies, Matthew Rycroft, avait estimé que le Conseil de sécurité devait envoyer "un message fort et clair, que la communauté internationale est sérieuse pour empêcher l'usage de ces armes abominables".

Vendredi, l'ambassadrice américaine à l'ONU Nikki Haley était allée plus loin. "Combien de temps encore la Russie va-t-elle continuer à veiller sur le régime syrien et à lui trouver des excuses?", avait-elle demandé après une réunion à huis clos du Conseil sur la Syrie.

Le mois dernier, Washington a imposé des sanctions à 18 militaires syriens pour l'utilisation d'armes chimiques. Selon l'organisation de défense des droits de l'Homme Human Rights Watch (HRW), les forces gouvernementales syriennes ont encore perpétré au moins huit attaques chimiques au cours des dernières semaines de la bataille d'Alep, tuant neuf personnes.

Parler de terrorisme à Genève

Le vote du projet de résolution s'est tenu alors que les pourparlers de Genève sur la Syrie se poursuivaient. L'émissaire des Nations unies Staffan de Mistura, qui avait rencontré lundi l'opposition, devait s'entretenir mardi après-midi avec la délégation du régime.

La Russie a estimé mardi que la lutte contre le terrorisme "est une priorité". Cette question "ne peut pas être ignorée", a assuré devant la presse le ministre adjoint des Affaires étrangères russe, Guennadi Gatilov, présent dans la cité de Calvin pour le Conseil des droits de l'Homme.

La régime syrien "n'est pas contre l'agenda proposé, mais il dit aussi que la question du terrorisme ne peut pas être ignorée", a poursuivi le responsable, qui s'est entretenu dans la matinée avec le chef de la délégation de Damas, Bachar al-Jaafari.

M. Gatilov a également annoncé qu'il rencontrerait mercredi la délégation de l'opposition. Celle-ci avait appelé lundi Moscou à faire pression sur le régime pour que les pourparlers s'engagent véritablement à Genève et que les parties commencent à discuter de transition politique.

De son côté, le président turc Recep Tayyip Erdogan a répété mardi à Istanbul que son pays entendait participer à l'opération visant à chasser le groupe Etat islamique (EI) de son bastion syrien de Raqa, sans que les milices kurdes syriennes n'y soient impliquées.