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Immigration: des frontaliers soucieux mais compréhensifs

L'acceptation ce dimanche de l'initiative de l'UDC inquiète les travailleurs frontaliers de Lausanne, pourtant ces Français comprennent le choix du peuple helvétique.

10 févr. 2014, 14:47
La Compagnie générale de navigation sur le Léman (CGN) doit affronter la grogne de pendulaires sur la ligne Lausanne-Thonon (F) dont le succès dépasse les attentes. Les insultes et menaces seront poursuivies pénalement, indique vendredi la société.

Les frontaliers français débarquant lundi matin d'Evian et de Thonon (F) à Lausanne ne cachent pas une certaine inquiétude après l'acceptation de l'initiative de l'UDC contre l'immigration de masse. Malgré le flou qu'elle engendre, ils comprennent cependant la décision des Suisses, voire l'admirent.

Sortant de l'"Henry Dunant", les frontaliers, débarquant par centaines à Ouchy par flots pressés, ont pour la plupart suivi attentivement les résultats du vote de dimanche. "J'ai un peu peur", concède cette jeune Marseillaise, venue s'installer à Evian afin de travailler en Suisse comme responsable de boutique. "J'aimerais savoir quelles seront les conséquences pour mon travail".

Yann, frontalier depuis 20 ans, s'attendait à ce résultat serré. A court terme, le résultat du vote ne changera rien, estime-t-il. La question est de savoir comment l'initiative va être appliquée concrètement.
"Le feu va-t-il s'étouffer avec des mesurettes ou sera-ce la première pierre d'autres votations allant dans le même sens?" s'interroge cet informaticien travaillant dans une compagnie d'assurances. L'avenir sera sans doute plus compliqué, surtout pour les futurs frontaliers qui voudront accéder au marché suisse du travail, estime-t-il.

L'Europe paie ses incertitudes

Le quinquagénaire se dit admiratif du système suisse. "Cela fait 700 ans que vous vivez ensemble, avec des centaines de milliers de frontaliers et d'étrangers, mais un équilibre existe. Les Tessinois avaient quelque chose à dire, ils ont été entendus, ce n'est pas Zurich ou Berne qui ont dicté leur loi", remarque-t-il.

L'Europe qui paie aujourd'hui ses incertitudes et ses inégalités n'a pas réussi à atteindre cet équilibre. "Elle n'a pas à se vanter: que dire du renvoi par la France des Roms, Bulgares et même des Portugais?"
Ferme partisan de la libre circulation, Yann reconnaît qu'on ne peut nier des problèmes d'insécurité. "Rien que dans le Chablais français, la hausse des cambriolages est de 60%. L'exaspération est compréhensible. Il n'y a plus rien pour arrêter les malfrats. La région parisienne est habituée, mais ici on ne l'est pas".

Faire la différence entre ceux qui veulent travailler et les autres

L'acceptation de l'initiative cause beaucoup d'inquiétude à cette vendeuse. "Je suis temporaire, du coup, ça me fait peur. C'est triste pour nous. Mais je comprends que vous vouliez vous protéger, c'est bien que la Suisse ne veuille pas finir comme la France", note-t-elle.

La jeune femme estime cependant qu'il est injuste de ne pas faire la différence entre les Français qui veulent bosser et les étrangers qui vivent de l'aide sociale. "Nous ne sommes pas là pour profiter, mais pour essayer de nous en sortir", affirme-t-elle.

"On est content de travailler. Avec les mille euros gagnés en France, je ne peux pas vivre. Mon salaire à Lausanne est meilleur. Mais le travail que je fais et le salaire que je reçois, les Suisses n'en voudraient pas", relève la jeune femme. Son espoir: tenter de s'installer en Suisse avec son ami également frontalier, malgré les loyers et le coût de la vie exorbitants.

Les frontaliers sous pression

Un jeune homme tout d'élégance s'attend lui à des grèves de la part des frontaliers, un art dans lequel les Français excellent. Travaillant dans l'industrie du tabac, il constate une inquiétude générale, voire une colère chez les frontaliers français. Dans l'Hexagone, ils sont menacés par une péjoration de l'assurance-maladie, en Suisse par la fin de la libre circulation, remarque-t-il.

Malgré le slogan "L'autre rive n'a jamais été aussi proche", sur la navette de la CGN, la terre promise lémanique doit paraître un peu plus inaccessible aux frontaliers, après le vote de dimanche.

 

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