Drame de Vernier: les deux chauffards à nouveau devant la justice

Le procureur a demandé à la Chambre pénale d'appel et de révision de retenir le meurtre par dol éventuel à l'encontre des deux chauffards responsables du drame de la route de Vernier de décembre 2012 lors duquel un automobiliste de 28 ans avait été tué.

10 déc. 2015, 16:59
/ Màj. le 10 déc. 2015 à 17:01
Le Ministère public a requis jeudi six ans de prison à l'encontre de l'étudiant et huit ans à l'encontre de l'autre chauffard.

La justice genevoise s'est à nouveau penchée jeudi sur le drame de la route de Vernier de décembre 2012 lors duquel un automobiliste de 28 ans avait été tué. Le procureur a demandé à la Chambre pénale d'appel et de révision de retenir le meurtre par dol éventuel à l'encontre de deux chauffards.

Cette qualification n'avait pas été retenue en première instance en juin dernier. Les juges avaient condamné les deux hommes à des peines fermes pour homicide par négligence.

Le drame s'est produit en décembre 2012 très tôt le matin à Vernier. La victime, un agent de sécurité qui rentrait de son travail, était arrêtée à un feu pour tourner à gauche. Son véhicule a été percuté par-derrière par un véhicule lancé à plus de 100 km/h.

Sous la violence du choc, la voiture de l'agent de sécurité a été projetée à 60 mètres et a pris feu. La victime était coincée à l'intérieur. Selon l'accusation, ce choc est la conséquence d'une course-poursuite entre deux chauffards.

L'un d'eux est un étudiant genevois alors âgé de 21 ans. Il sortait d'une boîte de nuit, avait bu, fumé du cannabis et était énervé après avoir été éconduit. C'est lui qui a percuté la voiture de la victime. L'autre est un père de famille brésilien, sous le coup de de plusieurs sanctions pour vitesse excessive.

"Queue de poisson involontaire"

L'étudiant avait écopé en première instance de trois ans de prison, dont six mois fermes pour homicide par négligence. Les juges avaient considéré que sa responsabilité était légèrement diminuée et que son repentir était sincère.

L'autre homme avait été condamné à quatre ans et demi de prison ferme. Une sanction justifiée notamment par son manque de collaboration et son refus d'admettre sa responsabilité. Le Ministère public, la famille de la victime et le chauffard condamné à quatre ans et demi de prison avaient fait appel.

Jeudi devant la Chambre pénale d'appel et de révision, les deux hommes ont à nouveau contesté avoir fait une course-poursuite. Le chauffard brésilien admet seulement avoir "involontairement" fait une queue-de-poisson à l'autre automobiliste. Il a reconnu avoir un problème avec la vitesse. Les avocats de la défense et le procureur ont tenté de le mettre face à ses déclarations contradictoires.

Pas de hasard

Le Ministère public a requis jeudi six ans de prison à l'encontre de l'étudiant et huit ans à l'encontre de l'autre chauffard. Selon le procureur, la collaboration du second prévenu a été exécrable et il est toujours dans le déni. Cet homme qui était sous le coup de plusieurs antécédents au volant a évoqué "le hasard" pour expliquer le drame.

Ces mots ont scandalisé la veuve de la victime. Elle s'est adressée aux deux prévenus en les exhortant à dire la vérité par respect pour son mari et pour tenter de soulager sa peine. Elle ne veut entendre parler ni de hasard, ni d'erreur de jeunesse.

Les plaidoiries se poursuivaient jeudi après-midi. A Genève, jamais encore un automobiliste n'a été condamné pour meurtre par dol éventuel.