Coronavirus: la lettre aux aînés de Fabian Grognuz

«La Côte» propose une lettre adressée aux personnes les plus concernées par le Covid-19. Aujourd’hui elle est signée Fabian Grognuz, lecteur d’Echallens.

27 avr. 2020, 10:40
/ Màj. le 28 avr. 2020 à 07:00
lettre

Echallens, le 9 avril 2020 

Ma très chère Jacqueline, 

En ces temps difficiles, l’envie de revenir à l’essentiel me parut forte et intense. C’est pourquoi je prends le temps de vous écrire ces quelques mots. Imaginez le bonheur que je ressens au moment où ma plume frôle la douceur du papier fraîchement acquis. Quel plaisir de retrouver la plume, cette amie qui m’a tant accompagné sur les nombreux chemins de ma vie. À nouveau, ma main parcourt cette vaste étendue blanche, libre d’imaginer, de créer. 

Notre dernier échange m’a beaucoup touché. Votre amour de la vie me réconforte alors que le monde semble s’être éteint le temps de cette pandémie qui plonge l’humanité dans la peur. Je me rappelle le temps où vous étiez assise à votre bureau ou droite devant le tableau noir recouvert de grosses lettres écrites à la craie blanche. Je me souviens de vos lunettes rondes qui entouraient vos yeux attentifs, votre chevelure ondulée et dorée. Je me demande parfois si vous n’étiez pas parente avec Boucle-d’Or. Moi, élève souvent perturbant, derrière mon pupitre gorgé de livres scolaires, que ma mère avait pris grand soin d’envelopper dans de belles fourres cartonnées. Je me souviens surtout de cette passion avec laquelle vous meniez votre travail.

Nos routes se sont à nouveau croisées un jour d’automne. Lorsque nous nous sommes parlé au téléphone, la première fois depuis quinze ans, quelle ne fut pas ma surprise de constater que vous aviez instantanément reconnu ma voix. Autour d’un café et d’une petite douceur sucrée, nous nous étions retrouvés, deux adultes parlant avec émotion de nos chemins de vie et de nos souvenirs communs.

Par la suite, nous nous sommes souvent retrouvés et à chaque fois le même rituel se renouvelait. Maintenant, confinement oblige, nous sommes contraints de nous «voir» par le biais de la correspondance. Mais pourquoi l’écriture serait-elle une contrainte? Au contraire, elle possède en elle quelque chose d’inexplicable, le pouvoir d’exprimer davantage de mots et d’émotions. Au travers de nos échanges, je suis ravi de constater que vous ne manquez pas de ressources pour vous occuper et que vos journées se passent au mieux. Qu’importe la morosité ambiante, nous continuons notre rituel avec ces mots qui partageront nos joies et nos peines durant ce temps incertain.

Je vous embrasse tendrement et surtout ne perdez jamais cette profonde sagesse qui vous représente si bien et qui m’inspire à chaque instant. 

Douces et affectueuses pensées !

Fabian

 

Si vous désirez contribuer, et écrire votre lettre à nos aînés, vous pouvez adresser votre prose (1500-2500 signes) à entraide@lacote.ch.

Ces lettres sont lues dans l’émission de la RTS «Porte-Plume» diffusée du lundi au vendredi de 11h à 11h30. Une opération en partenariat avec «Le Nouvelliste», «Le Quotidien jurassien», «Le Journal du Jura», «La Liberté», «La Côte» et le mensuel «Générations».

 

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