De la fourche au ski: un seul pas

L'usine de skis Authier est à l'origine d'une épopée qui a duré 67 ans.
07 août 2015, 11:12
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jlaurent@lacote.ch

"La première activité de mon beau-père, c'était la mancherie, explique Viviane Authier. Quand les premiers barrages ont été construits en Valais, il livrait des manches de pelle par wagon." En 1910, John Authier, jeune charron, ouvre à Bière un atelier de manches, de râteaux et de fourches en bois. Au fil du temps, la gamme s'étoffe jusqu'à offrir 700 articles en bois. En 1928, le Birolan décide de voir plus grand. Il construit un bâtiment industriel et inclut à son catalogue un autre article en bois qui fait fureur à l'époque: le ski. La fabrique birolane produit toutes sortes de modèles: ski de piste, de patrouille, de fond, de saut et, dès 1938, également des skis de compétition (lire encadré).

Jusqu'à la Seconde Guerre mondiale, le marché du ski suisse ne dépasse pas les frontières nationales. La pénurie de bois, pendant le conflit, pousse les fabricants à rechercher un système d'utilisation plus rationnel de ce matériau. Un nouveau ski va naître en contre-plaqué. Authier crée alors le modèle "Vampire" qui porte le nom de l'avion à réaction - premier à équiper l'armée suisse. La vitesse, les performances et la maniabilité de ce ski généreront des résultats spectaculaires. Ainsi, après 1945, le ski suisse part à la conquête du monde.

 

Premier fabricant suisse

 

John Authier décède en 1953. Ses deux fils, Gaston et Edouard reprennent les rênes. La fabrique investit notamment dans la recherche, avec l'apparition du ski métallique. Mais, en 1960, un incendie gigantesque détruit l'usine. Les frères Authier rebondissent, reconstruisent plus grand et se tournent vers des procédés de fabrication innovants: le ski plastique fait son apparition. En 1968, Authier produit près de 46 000 paires de skis par an. Avec 15% du marché national, c'est le premier fabricant suisse de skis. En 1969, les frères Authier, pour faire face à la concurrence étrangère, s'associent avec Olin, une firme américaine. L'association se révèle d'abord fructueuse, puis capote. En janvier 1973, l'usine est fermée. Cette même année, Rossignol & Haldemann rachète la fabrique et la marque Authier. Puis en 1988, l'usine est rachetée par Ebel Finances SA, qui gère la marque horlogère. S'engage une collaboration fructueuse avec l'ancien champion Pirmin Zurbriggen. Mais en 1995, après bien des déboires, l'usine, en faillite, ferme définitivement ses portes. Cent employés se retrouvent sur le pavé.

 

Une exposition retrace la saga

 

 

LEGS

Viviane Authier, veuve de Gaston Authier, fils du fondateur de la fabrique de skis Authier, a choisi de léguer la collection familiale au Musée du bois plutôt qu'au Musée olympique, car dit-elle "il y a là-bas l'âme du bois et, à l'origine, les premiers skis étaient fabriqués dans cette matière." La Birolane n'a pu léguer qu'une partie de la collection, car l'usine Authier a brûlé lors d'un incendie en 1960. "Et il y avait également ce que l'on considérait comme notre propre musée du ski" , explique-t-elle. Après le sinistre, Gaston et son frère Edouard, à la tête de l'entreprise, ont reconstitué en partie le musée, en retrouvant d'anciens skis dans des brocantes. Un des premiers prototypes du ski "Vampire" a échappé à l'incendie.

 

 

COLLECTION

L'exposition présente une quarantaine de paires de skis et de prototypes. Elle réunit non seulement la collection de la famille Authier mais également d'autres pièces inédites. Un collectionneur a prêté deux paires de ski, dont le modèle "Vampire" chaussé par Madeleine Berthod, lors de sa victoire en 1956 aux Jeux olympiques de Cortina d'Ampezzo. Jean-Mario Fischlin, qui a mis sur pied l'exposition, a également écumé les brocantes pour retrouver des lattes. On y découvre plusieurs prototypes, notamment deux destinés à la candidature de Lausanne aux Jeux olympiques de 1996 et une paire de skis au nom de Pirmin Zurbriggen. L'ancien champion avait rejoint l'entreprise Authier afin de collaborer au développement des skis de compétition. Afin d'évoquer les débuts du ski en Suisse, le Musée du bois présente également quelques anciens modèles, notamment une paire de lattes de 1896, réalisée par le premier fabricant suisse de skis, le Glaronnais Melchior Jakober.

 

 

DES SKIS FAÇONNES POUR DES CHAMPIONS

 

En 1938, le catalogue présente le premier ski de compétition, appelé le Willy Steuri, conçu spécialement par le champion du même nom pour la descente et le slalom. Après la Seconde Guerre mondiale, grâce à l'innovation technique du fameux ski en contre-plaqué "Vampire", la marque Authier intéresse les sportifs d'élite. L'entreprise se voit confier l'équipement de tous les coureurs du slalom et d'une grande partie de ceux du slalom géant des championnats du monde d'Aspen de 1950. Georges Schneider y décroche le titre de champion du monde de slalom. Les victoires de champions skiant sur Vampire s'accumulent. En 1956, l'année des Jeux olympiques de Cortina d'Ampezzo, Madeleine Berthod sur "Vampire" s'impose, entre autres victoires, en tant que championne olympique et du monde de descente.

 

INFO+

 

Authier skis, 1910-1990:

Musée du bois de l'Arboretum, jusqu'à fin octobre, mercredi, samedi, dimanche après-midi et jours fériés, de 14h à 18h.