"J'oublie mon handicap"

Projet de créer une agence de voyage pour motards à mobilité réduite.
07 août 2015, 11:16
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Soirée de soutien au projet handi-trike:

Saint-George, 27 avril, salle communale, dès 18h, repas et concerts tout au long de la soirée (entrée: 30 francs, sans le repas). En présence de Marc Ristori.

www.handitrike.ch

jlaurent@lacote.ch

"J'ai tout de suite aimé le concept d'handi-trike. J'ai pu essayer une de ces machines et y ai retrouvé les sensations du motard. Gaz vers la liberté avec handi-trike!" , témoigne Marc Ristori. L'ancien champion de motocross, devenu paraplégique en 2007, parraine le projet handi-trike lancé par Les Motards du Monde.

L'association, basée à Aubonne, a l'ambition de créer la première agence de voyage spécialisée dans les virées à moto destinées aux personnes à mobilité réduite. Il s'agit rien moins que de troquer une chaise roulante contre une moto et offrir l'opportunité à des personnes en situation de handicap physique de faire un voyage au guidon d'une bécane adaptée à leurs besoins.

Pour que des personnes handicapées découvrent ou retrouvent des sensations de liberté, cheveux au vent, Les Motards du Monde souhaitent acquérir au moins cinq trikes (motos à trois roues) et deux quads.

 

Seuls maîtres à bord

 

"On ne vous conduira plus, c'est vous qui serez aux commandes" , promettent Les Motards du Monde. L'association projette de mettre sur pied des vacances accompagnées et sécurisées. D'autres motards, une équipe de soignants et un mécanicien encadreront les vacanciers. D'où la nécessité d'acquérir en plus trois autres motos, un camion et un minibus.

Car s'offrir une bécane adaptée est un investissement financier conséquent, d'où l'idée de mettre à disposition des motos adaptées afin que les personnes à mobilité réduite puissent goûter aux trépidations de la machine - au moins le temps des vacances.

Manu Viso, président de l'association, est à l'origine du projet. Motard passionné, ambulancier de formation, il veut croire que ce n'est pas un rêve inaccessible que de rouler en moto lorsque l'on est handicapé. Il prévoit dans un premier temps d'organiser des voyages en Suisse. "Le rêve serait de faire le tour du monde" , dit le Saint-Georgeais. L'idée a germé en lui au cours de discussions avec un ami paraplégique et en raison de sa longue expérience dans les soins. "J'ai la chance d'être debout, j'ai envie de partager ma passion et la vie des motards: on est une grande famille, on est des frères de route" , s'enthousiasme-t-il.

 

Percevoir le handicap différemment

 

Conduire sa propre machine est déjà une première victoire pour une personne paraplégique, clouée dans sa chaise roulante. Manu Viso voit encore plus grand: il ambitionne que le public change son regard sur le handicap - au moins le temps d'une virée à moto: "Face à une personne handicapée, notre regard exprime souvent de la pitié. Lorsqu'elle roulera sur un trike, on la regardera avec admiration, même avec envie, comme une personne normale. J'ai envie qu'elle jouisse de ce regard et qu'elle puisse penser: les gens valides ont envie d'être à ma place pour une fois."

"C'est merveilleux, on retrouve le bien-être du motard" , explique Jean-Pierre Widmer, paraplégique à la suite d'un accident de moto. Le Lausannois a acquis son premier trike en 2000. Aujourd'hui, il est fier de conduire un trike Harley Davidson, acquis pour ses 50 ans. Membre de l'association, il est avec Jean-Pierre Barbero, également membre, parmi les meilleurs ambassadeurs du projet. Le Genevois souffre d'une paraplégie totale de la jambe droite, ce qui ne l'a toutefois pas empêché de faire cinq virées dans le désert marocain à bord d'un quad: "Sur la piste, j'oublie mon handicap, je suis normal, je me dépasse." Afin de concrétiser leur projet, Les Motards du Monde ont besoin de soutien financier et de bénévoles.