Morges: Un coiffeur du coin s'est occupé des coupes des joueurs suédois

Roberto Panto, coiffeur morgien, a eu un tête à tête avec les footballers de l'équipe suédoise. Il a pu couper les cheveux des joueurs, mais aussi du staff, et tout cela entre deux matchs de l'Euro.
29 juin 2016, 10:50
/ Màj. le 30 juin 2016 à 06:30
Roberto Panto, coiffeur et barbier qui a coupé les cheveux de l'équipe de football de Suède.

Ses ciseaux ont pu effleurer les cheveux et la barbe des footballers suédois. Roberto Panto, coiffeur basé depuis douze ans dans son salon Myo Style à la rue de la gare à Morges, est devenu pendant quatre jours responsable de la tête de tout l’équipe de Suède. Une opportunité née par hasard en début d’année entre deux rasages. Loin d'être sous pression à l'idée de réaliser un raté sur la tête de Zlatan, le Morgien nous confie que sa crainte était davantage la barrière de la langue. Il nous raconte comment il s'en est sorti, entre des conversations et fous-rires échangés avec les joueurs.

Comment vous êtes-vous retrouvé à coiffer l’équipe de Suède?
J’ai lancé il y a un an et demi ma marque «Barber King», une ligne de produits pour les hommes. Grâce à cela, j’ai créé un partenariat avec le laboratoire nyonnais Bioligo, avec qui je collabore pour sortir cet été plusieurs produits d’entretien pour la barbe (huile, parfum). Ils tenaient un stand à Mednat au début de cette année, et ils m’ont proposé de venir y faire une animation. Tout commence alors dans cet espace beauté, car nos voisins étaient les directeurs de l’hôtel Pornichet, où allait séjourner l’équipe suédoise. On a pu discuter entre deux rasages, et ils m’ont proposé de venir coiffer les joueurs pendant l'Euro.

Vous avez tout de suite accepté?
Évidemment, tout est allé très vite. En moins de 24 heures, la décision a été prise, je partais officiellement pour les coiffer.

Si l'Espagne avait gagné contre l'Italie vous auriez aussi pu coiffer les Espagnols...
En effet, la décision a été prise le jour du match, mais malheureusement cela dépendait de leur victoire, donc cela ne s'est pas fait.

Une fois arrivé à l'hôtel, quelle a été votre première impression sur place?
On a installé le stand le premier jour, jusqu'à deux heures du matin. On s'est ensuite réveillés tôt pour descendre déjeuner, et là, il y avait des suédois partout, des joueurs, des membres du staff, de l'UEFA... j'ai senti l'enthousiasme monter!

Et ensuite comment cela s'est-il passé avec les joueurs?
Très bien, beaucoup d'entre eux m'ont laissé carte blanche! C'était drôle car on s'est retrouvés dans la même pièce que les masseurs, les physios, c'était vraiment exceptionnel. Les joueurs avaient un planning ultra personnalisé, et très cadré, nous avons dû aller relativement vite. Nous avons coiffé tous les suédois sur place, soit 47 vikings, cela a défilé non-stop. Mais ils se sont prêtés énormément au jeu.  

N'avez-vous jamais eu la crainte de vous planter?
Jamais, sans prétention, c'est mon travail. J'avoue que j'ai eu davantage peur de la barrière de la langue. Les joueurs ont des coupes très particulières qui changent régulièrement. Ils veulent avoir un look impeccable, j'ai donc pris le temps d'analyser les habitudes de chacun d'entre eux avant, pour voir ce qu'ils aimaient. Le plus important était de bien comprendre leurs désirs, ce qu'ils ont déjà fait auparavant. Mais finalement cela s'est très bien passé, entre le français, l'italien, l'anglais, et bien entendu la gestuelle, on a très bien communiqué.

Quels ont été les moments forts?
Zlatan était bien entendu impressionnant par sa taille, et son physique imposant! On a pu parfaitement communiquer, je lui ai coupé trois centimètres et rasé la barbe. J'ai aussi pu faire des vidéos avec lui, c'était sympa. Pour la petite anecdote, mon fils qui a douze ans, m'a plusieurs fois demandé si je pouvais faire en sorte que Zlatan l'appelle "vite fait" en Facetime avec mon natel depuis là-bas. Bien entendu je lui ai expliqué que ce n'était pas vraiment réalisable...

Vous êtes-vous senti privilégié de pouvoir les approcher de cette manière, à travers votre métier?
C'est clair, on mangeait dans la même salle, et ils nous ont même invités à souper avec eux le dernier jour. C'était une expérience réellement magique et un rêve pour moi de pouvoir les approcher. C'est même bien plus que ça, car nous étions les seuls à ne pas porter de maillot et il n'y avait pas la presse ou des caméramans autour, il n'y avait que nous et eux!

Vous avez aujourd'hui un salon, vous êtes reconnu pour votre travail dans plusieurs pays. Quel a été votre parcours pour en arriver là?
J'ai commencé à quatorze ans, quand j'ai arrêté l'école en 8e année pour débuter mon apprentissage de coiffeur. Après trois ans, j'ai complété ma formation par un CFC messieurs, car à l'époque c'était séparé, et j'ai ensuite travaillé pour des maisons de cosmétiques. Ma carrière s'est lancée assez rapidement, j'ai eu la chance de faire des concours en Suisse, en France et en Italie. J'ai fait un brevet fédéral à 22 ans pour me professionnaliser, et j'ai ouvert mon salon ici à Morges en 2004. J'avais pas mal d'appréhension car j'étais jeune, mais j'ai peu à peu pris de l'assurance.

Vous avez pas mal voyagé avec notamment votre marque de ciseaux....
Oui, je l'ai créée il y a six ans. Tout mon réseau est dans le monde de la coiffure, j'ai ainsi pu parler de ce projet autour de moi, mes amis ont été mes premiers testeurs. Cette marque m'a permis d'être mandaté par plusieurs distributeurs, et c'est là que les premiers voyages ont commencé.

Pour terminer, si vous deviez coiffer un jour dans votre vie un joueur spécifique, de qui s'agirait-il?
Paul Pogba! Pour ses innovations capillaires et c'est un joueur d'exception (qui en plus joue dans l'équipe que je suis depuis toujours).


 

par Samantha Lunder