C’était hier: Post tenebras lux

Retrouvez le billet de l’historien Nicolas Quinche.

10 avr. 2020, 12:30
Nicolas Quinche, historien.

En ces temps de crise, il n’est peut-être pas inutile de prendre un peu de recul pour voir comment nos ancêtres ont géré les catastrophes qui ont jalonné l’histoire de l’humanité. Paru aux Editions Slatkine, l’ouvrage d’Emmanuel Garnier, «Genève face à la catastrophe 1350-1950: un retour d’expérience pour une meilleure résilience urbaine», constitue une boussole précieuse pour cerner les risques liés aux catastrophes, ainsi que les façons dont les autorités ont tenté de faire face à ces crises.

En compulsant des archives fort variées, registres paroissiaux, journaux intimes, correspondances, sources politiques, administratives et mémoires de savants, l’auteur est parvenu à recenser plus d’une centaine d’événements extrêmes pour la période du début du XIVe siècle aux années 1950. Il a ainsi pu dénombrer 45 vagues de froid, 27 séismes, 29 inondations, 10 sécheresses, 5 tempêtes, 5 fortes pluies, 1 tsunami.

Les Genevois peuvent tout d’abord se rassurer: même si la Suisse connaît deux cents séismes par an, Genève ne court que peu de risques d’être touchée par un violent tremblement de terre durant les cinq prochains siècles. Contrairement aux cantons du Valais, de Bâle ou des Grisons qui ont plus de chances d’en être victimes.

 

Les périodes de catastrophes sont l’occasion pour les pasteurs de ramener les pécheurs sur le droit chemin.

Contre les aléas extrêmes du climat et surtout en période de sécheresse, les catholiques genevois, sur la demande pressante des autorités municipales, organisèrent des processions où se mêlaient les diverses classes de la société. Lors de la terrible sécheresse de 1502 qui provoque une famine, les villages avoisinant Genève se lancent dans des processions pour demander à la Vierge de faire tomber la pluie, tandis que des foules de pénitents affluent à Plainpalais pour y chanter des litanies durant des heures.

Avec le passage à la Réforme, les pasteurs mirent au point une nouvelle façon de lutter contre les séismes. Ils recommandèrent aux fidèles de prier et de jeûner. Cette pratique du jeûne cautionnée par les autorités genevoises pour lutter contre les aléas climatiques durera jusqu’à la fin du XVIIIe siècle.

Les périodes de catastrophes sont aussi l’occasion pour les pasteurs de ramener les pécheurs sur le droit chemin. En 1625, ils en profitent pour reprocher à leurs ouailles de préférer la fréquentation des tavernes à celle des temples et leur assurer que tout n’est pas perdu pour autant qu’ils réforment un peu leur conduite.

A Genève, la création en 1628 de la Chambre des blés marque une rupture capitale en ce sens que le pouvoir municipal intervient directement sur le marché pour éviter que le prix du pain n’explose du fait des boulangers qui profitent de la disette au risque de multiplier les émeutes.

Dès lors, la Chambre des blés va constituer des stocks de céréales et contraindre les boulangers à lui acheter son blé à un prix raisonnable, sans toutefois être en mesure de couvrir la totalité de la consommation des Genevois. Les archives genevoises montrent aussi que lors de catastrophes, les autorités municipales opèrent de nombreuses distributions de pain aux pauvres.

Nicolas Quinche, historien