La mère livre son témoignage

De son lit d'hôpital, la femme qui s'est immolée donne sa version des faits.
05 août 2015, 15:40
data_art_5758948

contessa@lacote.ch

A l'autre bout du téléphone, la voix est prise de sanglots. " Je suis la mère qui s'est immolée en France, je réagis à votre article (Lire " La Côte" de mardi...) Je ne comprends pas pourquoi à Gilly, on nous calomnie. Nous ne fréquentons pas nos voisins, personne ne nous connaît. Je veux témoigner ."

Depuis des années, la mère que nous appelerons Isabelle* vit avec Jean* son compagnon, leur fille de 9 ans et une adolescente, sa belle-fille, fruit d'une première union de son ami dans une maison à Gilly. Parce que Jean a pratiqué des massages inappropriés à sa fille aînée, il est sous le coup d'une enquête pénale pour des actes d'ordre sexuels. " Il a admis les faits et je condamne ses gestes, mais..." précise Isabelle. Pourquoi ce "mais"? Par mesure de précaution, la fille de 9 ans a été placée dans un centre d'accueil par le Service de la protection de la jeunesse (SPJ) au mois d'octo bre. " Je ne pouvais la voir qu'à l'intérieur des locaux du centre, confie Isabelle éplorée. Avec mon compagnon, nous nous sommes séparés. Il a trouvé une chambre à Vallorbe. On a prolongé le séjour de la petite dans le centre et on m'a alors dit que je ne l'aurais pas à Noël. " Finalement, la fillette est autorisée à passer les fêtes avec sa mère. Sur un coup de tête, Isabelle décide de partir, avec son compagnon et sa fille. Sachant les gestes déplacés de son compagnon, pourquoi est-elle partie avec Jean? " Je suis avec lui depuis 15 ans. Il regrette ses gestes plus qu'autre chose. "

 

Inscrite à l'école

 

La cavale familiale prend des al lures de vacances. " Nous sommes allés au bord de la mer en France durant deux semaines. Après nous avons trouvé une maison près de Carcassonne, j'ai inscrit ma fille à l'école. Tout redevenait normal. Ma fille, c'est toute ma vie. Jamais je ne pourrais lui faire du mal. Elle était bien à l'école, intégrée, elle était même invitée à un anniversaire. Elle me disait qu'elle ne voulait pas retourner dans le foyer. "

Selon nos confrères de "La Dépêche du Midi", le 9 février, les gendarmes munis d'une réquisition de placement, faisant exécuter la décision du juge suisse, sont allés chercher la fillette à l'école. " Ils sont venus la prendre à 10 heures. Toute l'après-midi, je l'ai cherchée. Pour moi, c'était comme un rapt, inhumain. "

La suite, on la connaît. Isabelle se rend au centre médico-social à Carcassonne, s'asperge les jambes d'alcool et s'immole par le feu. Par désespoir. Pour se faire entendre. " Je ne voulais pas me suicider " témoigne-t-elle depuis son lit d'hôpital. " Je suis brûlée aux jambes et au ventre. "

Et comment appréhende-t-elle l'avenir? La petite est en Suisse depuis lundi. " J'ai essayé de l'appeler, mais on ne me laisse pas lui parler. Avec toutes les calomnies répercutées à Gilly, je n'ai pas envie de rentrer. Je compte rester en France. "

*Prénoms d'emprunt

 

SON COMPAGNON A ADMIS LES FAITS

 

Comme nous l'écrivions dans notre édition du 14 février dernier, le compagnon d'Isabelle fait l'objet de poursuites pénales. Il est prévenu d'actes d'ordre sexuel sur mineur et a admis les faits. Il aurait prodigué des massages à sa fille aînée, alors que celle-ci était nue. Le Parquet souhaite l'entendre d'ici à avril, afin de boucler l'instruction. S'il ne devait pas se rendre à cette convocation, alors seulement il serait considéré comme étant "en fuite" et une demande de recherche auprès de la gendarmerie française, notamment, pourrait alors être lancée. " Du fait qu'il a admis la totalité des faits reprochés, il n'y avait aucune raison de le maintenir en prison préventive ", relevait le Ministère public. " Il est libre de ses mouvements." Mais le procureur a refusé de répondre à la demande d'Isabelle de se porter partie civile contre son concubin. " La procédure pénale ne concerne pas sa fille. Cette dame n'a donc aucune raison de se porter partie civile, même si le placement de sa propre fille par le Service de protection de la jeunesse est directement lié à la procédure en cours ". DS

 

RAPPEL DES FAITS

 

Agée de 47 ans, une mère de famille s'est aspergée d'alcool et a tenté de s'immoler par le feu il y a une semaine à Carcassonne. Cette habitante de Gilly avait quitté la Suisse en décembre avec sa fille et son compagnon, alors que la garde de sa fille lui avait été retirée par le Service de protection de la jeunesse.