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La traque aux jeunes fêtards

L'assemblée politique se prononcera ce soir sur un projet de loi interdisant les soûleries en des lieux publics précis.

21 janv. 2013, 07:01
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"Il faut se méfier des solutions simplistes." Stéphane Caduff, responsable du secteur prévention à la Fédération vaudoise contre l'alcoolisme (FVA), comprend la volonté d'une ville de vouloir lutter pour les problèmes de santé publique, mais il émet certains doutes. "Une zone d'exclusion, il ne faut pas en attendre des miracles. Mais cela peut fonctionner de manière ponctuelle. Pour agir sur une place qui serait vraiment prise d'assaut. Je ne sais pas si c'est le cas à Nyon. Ce qu'il faut, c'est se poser la question globalement, car le comportement des adultes à un impact direct sur la jeunesse. On ne peut pas focaliser que sur les jeunes. Il faut se demander quelle place accorder à l'alcool dans la société. Savoir si des moyens de régulation, de types horaires, ou une augmentation des prix, seront acceptés par une population très attachée à sa liberté et qui n'aime pas être déresponsabilisée. C'est un débat politique: les citoyens sont-ils prêts à accepter des mesures de régulation comme la limitation de vente à partir d'une certaine heure, dans le but de préserver la jeunesse? Ce n'est vraiment pas gagné, malheureusement. Alors focaliser sur les jeunes permet d'éviter les vraies questions: on se rend souvent compte que c'est dans la nature humaine de vouloir prendre des mesures sur une population qui est éloignée de la nôtre. Et puis il y a parfois des confusions entre jeunesse et jeunes adultes. Car le pic des ivresses ponctuelles se fait entre 18 et 30 ans."

"Ne pas avoir peur"

Pour Christiane Piazzini, travailleuse sociale à Nyon depuis onze ans, la situation actuelle ne semble pas alarmante. "Pour être honnête, les jeunes qui picolent, ce n'est pas ma plus grosse préoccupation. Je suis presque moins inquiète qu'il y a 10 ans, où il y avait un vrai phénomène. Je suis davantage soucieuse des problèmes de formation et de travail que rencontrent ces jeunes, notamment pour trouver des places d'apprentissage. Je discute souvent avec eux, et je n'ai pas vraiment l'impression qu'ils boivent régulièrement. Ca reste occasionnel. Même s'ils boivent plus vite et plus fort. Seulement, ils veulent se retrouver et se rassembler. Et puis, c'est leur principal métier que celui de s'approprier la ville, c'est de leur âge. Il ne faut pas en avoir peur."

"Deux cas"

Aux urgences de l'hôpital de Nyon on ne semble pas non plus très inquiet. "Cela fait un an que je suis à Nyon, après avoir travaillé à Genève. Et je suis frappée par le peu de cas à Nyon, explique Joëlle Hausser, médecin-chef du service des urgences. A Nyon, les jeunes finissent rarement aux urgences. Sans pouvoir vous donner de chiffres précis, et juste selon mon souvenir, nous n'avons eu que deux cas l'an dernier. "

rhaener@lacote.ch

La Ville de Nyon interdira-t-elle aux jeunes de se soûler dans certains lieux publics à des heures précises? C'est tout l'enjeu du postulat déposé voilà bientôt un an par le conseiller communal Vert'libéral Laurent Miéville et qui sera débattu par l'assemblée nyonnaise ce lundi soir. Techniquement, le conseiller, et la commission chargée d'étudier la réponse municipale (mélangeant tous les bords politiques), demande une modification du règlement de police communale. De manière à pouvoir "donner à la police les moyens d'intervenir." Concrètement, Laurent Miéville souhaite donc ajouter un article "permettant à la Municipalité de pouvoir interdire à certaines heures et dans certaines zones la consommation d'alcool." Le conseiller pense notamment à la place des Marronniers, aux abords de la gare, comme à certains parcs de Rive.

 

Inapplicable?

 

Seulement, l'application d'un tel règlement s'avère compliquée: on imagine en effet difficilement des patrouilles de police aller vérifier le contenu des bouteilles dans lesdits lieux publics. D'autant plus que cette mesure nouvelle concernerait toute la population, et non seulement la jeunesse. Dans sa réponse au postulat (qui date d'octobre 2012), la Municipalité a d'ailleurs préféré rejeter la proposition en question. D'abord parce qu'une loi permettant des interventions policières existe déjà: l'article 28 stipule qu'il est "interdit aux enfants de moins de 16 ans non accompagnés d'un parent ou d'une personne adulte responsable et non libérés de l'école obligatoire de consommer des boissons alcooliques et de sortir le soir après 22 heures..." Et, surtout, les effectifs actuels de la police ne permettent que trop peu ce genre de missions: "(...)Les événements nécessitant une action policière sont nombreux et les policiers doivent en permanence donner la priorité aux cas les plus graves." Pourtant, la municipale de la police Elisabeth Ruey-Ray, malgré la réponse négative de l'Exécutif, affirme qu'elle sera à l'écoute des volontés du Conseil. D'autant plus que le règlement de police devra être prochainement revu pour la réorganisation policière qui pourrait voir la commune de Crans s'associer à celle de Nyon-Prangins (Lire La Côte du 18 janvier) .

 

Trois axes

 

Compliqué ou non à appliquer, il s'agit pour le conseiller d'ajouter sa pierre à un édifice global de prévention de la consommation d'alcool chez les jeunes. Qui s'appuie sur deux axes importants: responsabiliser les tenanciers de bistrots, notamment en ne servant pas d'alcool aux moins de 16 ans (une charte entre la Ville et les cafetiers a d'ailleurs été signée); et interdire aux commerces de vendre de l'alcool entre 22h et 6h (le dossier est entre les mains du Conseil fédéral et pourrait voir le jour d'ici à 2014).

Seulement, dans les deux cas, rien n'empêcherait, comme c'est le cas actuellement, les jeunes (ou d'autres citoyens) d'acheter leurs alcools avant 22 heures et d'aller les consommer tranquillement dans les lieux publics ensuite.

Voilà pourquoi ce "troisième" axe local permettrait d'endiguer un peu plus ce que d'aucuns qualifient volontiers de fléau. Mais qui ne ferait que déplacer le problème vers d'autres quartiers. "Bien sûr, si les jeunes veulent vraiment se soûler, ils trouveront toujours une solution. Mais si on peut en dissuader ne serait-ce que quelques-uns, c'est déjà ça" , argumente Laurent Miéville.

 

Santé et paix sociale

 

Mais au fait, qu'est-ce qui pousse le conseiller Vert'libéral à monter au créneau? Les raisons de son intervention sont à chercher aussi bien dans la volonté de préserver la santé des jeunes (addictions et coma éthylique) que dans le souci d'apaiser la population et le voisinage apparemment excédés par les désagréments engendrés par la consommation d'alcool en extérieur. Le conseiller admet d'ailleurs que, "par la densification des villes, les gens sont de plus en plus sensibles au bruit comme à la saleté" . Comprenez: la cohabitation se fait plus difficile, les citoyens louant des appartements à des prix élevés exigent le calme.

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