«Non» à l'initiative Franz Weber

Saint-Cergue et Saint-George se sont développés grâce notamment aux résidents secondaires.
05 août 2015, 15:44
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suter@lacote.ch

Thierry Magnenat, syndic de Saint-Cergue et son homologue de Saint-George, Alain Domenig, sont tous deux opposés à l'initiative «Pour en finir avec les constructions envahissantes de résidences secondaires», plus communément appelée Initiative Franz Weber. La municipale du tourisme de Saint-Cergue, Véronique Andersson, comme ses deux collègues, y voit une ingérence inadmissible de la Confédération dans les affaires de la commune et du canton.

Saint-Cergue est davantage concerné par cette initiative que Saint-George, puisque le village abrite 354 résidences secondaires, totalisant environ 750 à 900 habitants secondaires, équivalent à 26% de sa population, alors que pour Saint-George, les 34 résidences secondaires du village ne représentent que 6% de son parc de logements.

 

Un développement maîtrisé et bienvenu

 

Tous affirment que ce tourisme est plutôt bienvenu. «Le développement de nos villages s'est fait en partie grâce à eux, et je n'ai pas peur de dire que notre épicerie-boucherie fait l'essentiel de son chiffre d'affaires le week-end, » relève Alain Domenig. A Saint-Cergue, la situation est la même. « Nous n'avons pas ce que Franz Weber appelle des lits froids , explique Thierry Magnenat. Chez nous, ce sont plutôt des résidents réguliers, qui viennent le week-end.»

A Saint-George, ces habitants à mi-temps sont issus pour moitié de Genève et pour moitié de Lausanne, puisque le village se trouve à environ 40 minutes des deux villes. A Saint-Cergue, la proximité de la ville du bout du lac fait que l'on trouve davantage de Genevois. «C'est surtout dans les années soixante que ce tourisme de week-end s'est créé. Depuis, soit les résidents secondaires ou leurs enfants se sont installés au village, soit ils ont vendu leur bien à des résidents fixes , relève la municipale du tourisme, Véronique Andersson. Nous n'avons pas d'investisseurs qui ont construit d'énormes résidences, comme l'on trouve dans d'autres stations. C'est essentiellement de l'habitat individuel. Du reste, à Saint-Cergue, les lits d'hôtel et d'hôtes font cruellement défaut.»

Autre particularité de ces deux lieux de villégiature: les résidences secondaires sont parfaitement intégrées au village. « Il n'existe pas de quartier où l'on ne trouverait que de la résidence secondaire, » expliquent-ils. Et de se réjouir que, tant à Saint-George qu'à Saint-Cergue, ces habitants font aussi vivre les sociétés locales, comme les commerces et les artisans. Et si le terrain, comme les loyers, ont passablement augmenté ces dernières années, les politiciens y voient davantage un ajustement du marché que de la spéculation. «Nos droits de superficie sont passés de 120 francs le mètre carré à 300 francs. On est donc encore loin des tarifs appliqués en plaine! » conclut Véronique Andersson.

 

QUE VEUT L'INITIATIVE FRANZ WEBER?

 

Cette initiative veut plafonner à 20% la part des résidences secondaires dans chaque commune de Suisse. Elle veut également obliger les communes à rendre compte chaque année du respect de cette limitation et à publier un plan montrant quels logements sont utilisés en permanence. L'acceptation de cette initiative ne signifie pas que la vente de résidences secondaires en tant que telles sera interdite, même dans les communes ayant déjà un taux de résidences secondaires supérieur à 20%. En clair: une résidence secondaire reste une résidence secondaire et peut toujours être revendue comme telle. Elle peut aussi, évidemment, être revendue pour de l'habitat à l'année. Les initiants cherchent à limiter le mitage du paysage par des habitations vides la plupart du temps. Ils estiment que ces touristes contribuent à l'explosion des prix de l'immobilier, si bien que la population indigène peine parfois à trouver des logements abordables. Toujours selon les initiants, il faut gérer les sols de manière économe et préserver le paysage. Cette initiative est soutenue par le Parti socialiste, les Verts, et A gauche toute. Le Conseil fédéral et le Parlement rejettent l'initiative, car des limitations efficaces ont été décidées dans le cadre de la révision de la Loi sur l'aménagement du territoire.