Pas folle la bête: de blanc vêtu

Retrouvez la chronique de Michel Gauthier-Clerc, directeur du parc animalier de La Garenne.

01 févr. 2019, 15:45
Michel Gauthier-Clerc, directeur du zoo de la Garenne.

Se confondre par la couleur avec son environnement pour ne pas être vu est une stratégie extrêmement répandue chez les animaux. Cela existe chez les prédateurs, par exemple chez le lynx par son pelage dont la couleur et les taches lui permettent de se confondre avec la litière de feuilles mortes de la forêt.

Une proie, la bécasse, utilise la même stratégie avec son plumage. Il est plus rare que le pelage ou le plumage n’aient pas du tout la même couleur selon la saison. La Suisse héberge trois espèces de ce type qui prennent une couleur blanche pour passer l’hiver dans la neige: l’hermine, le lièvre variable et le lagopède alpin, un cousin des tétras. Les deux derniers vivent dans les Alpes au-delà de 1500 mètres d’altitude. Gris-brun en été, ils passent inaperçus dans les rochers et les herbes. L’hermine fréquente, elle, toutes les altitudes. Le signal déclencheur du changement de couleur est la lumière, selon la durée du jour. Sous l’effet du changement climatique, la durée d’enneigement est de plus en plus courte. Que va-t-il se passer?

Sans neige, il est évidemment très risqué d’être blanc. Le lièvre variable et le lagopède seront alors visibles à grande distance par le renard ou l’aigle. L’hermine aura, elle, plus de difficultés à attraper des campagnols. Une équipe composée de scientifiques européens et américains a publié en 2018 dans la prestigieuse revue «Science» une étude montrant que les espèces blanches en hiver étaient capables d’évoluer dans le sens inverse.

Dans le cas des mustélidés comme l’hermine, dans toutes les populations, il y a toujours au moins quelques individus qui restent bruns en hiver. Moins il y a de neige – c’est-à-dire plus au sud en latitude ou plus bas en altitude, voire au bord de mer – plus la forme brune est répandue toute l’année, et plus la forme blanche est rare. Le maintien de la couleur brune tout au long de l’année agit donc comme une réserve évolutive qui permettra de répondre aux changements climatiques. C’est une bonne nouvelle. Pour beaucoup d’autres espèces, nous ne savons pas si elles auront cette flexibilité pour évoluer en quelques dizaines d’années.

Michel Gauthier-Clerc, directeur du parc animalier de La Garenne