Sa dernière patrouille

Yves D., le gendarme percuté par une voiture lors d'un contrôle routier, revient sur le drame qui lui a coûté sa santé.

18 janv. 2013, 00:01
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Le 16 novembre 2011, le sergent Yves D. était fauché par une voiture en fuite, lors d'un contrôle routier sur la route Blanche, à Trélex. Le jour suivant, sur son lit d'hôpital, gravement blessé, il se faisait pourtant la promesse de reprendre du service rapidement, avant de partir en retraite. "Le lendemain de l'agression, je me suis dit: je remarcherai et je remettrai mon uniforme", explique le gendarme montois.

Promesse tenue: le 3 décembre dernier, Yves D. réintégrait le poste de Rolle. "J'ai recommencé car je le voulais vraiment. Je me suis battu pour remettre mon uniforme, mais c'est douloureux", confesse-t-il aujourd'hui . Car les séquelles physiques, avec son lot de douleurs, aux jambes, aux genoux aux mains, au dos - sans parler de celles psychologiques - ont laissé des traces sur le corps meurtri du gendarme. Après six semaines passées au CHUV, trois opérations et quatre mois au centre de rééducation de la SUVA, à Sion, pour réapprendre la marche, Yves D. a effectivement réussi le pari de remarcher, mais avec énormément de difficultés et beaucoup de fatigue. Ses jambes tordues, déformées entravent ses mouvements. Et il avoue également avoir parfois des problèmes de mémoire et "perdre le fil de ce que je dis."

 

Médaille du mérite

 

"Faut pas rêver, je suis encore loin de la guérison. Le chemin va encore être rudement long" , dit-il aujourd'hui.

"J'ai bossé dur, je me suis bagarré. J'y suis arrivé, et j'en suis fier, relève-t-il pourtant . Et quand je croise des gens qui sont contents de me voir debout, c'est comme une spirale qui m'aspire vers le haut."

Un courage, une volonté et un moral d'acier qu'il n'arrive pas à s'expliquer. " Ç a coulait de source, je ne voulais pas partir à la retraite handicapé" , précise-t-il.

Pourtant, il ne cache pas que le chemin a été difficile: "Souvent, quand je réapprenais à marcher, je m'arrêtais et je pleurais comme un gamin." Toutefois le soutien inconditionnel de sa famille, de ses collègues et le courage exemplaires des autres personnes handicapées à la SUVA l'ont porté tout au long de ce drame: "Quand je fondais en larmes, je me disais, je dois y arriver, pour ma femme, mes enfants, mes collègues." Et ce d'autant qu'il est conscient d'avoir échappé de peu à la mort.

 

Dur de lâcher l'uniforme

 

Un courage salué par tous, de ses collègues à Jacqueline de Quattro. Lors de la cérémonie de promotion des collaborateurs de la Police cantonale vaudoise, en décembre, la conseillère d'Etat s'est adressée en public au sergent: "Je suis fière de vous, de votre courage, de votre engagement et de votre fidélité à votre fonction, à l'Etat. Vous êtes un exemple pour nous tous." Depuis, la Police cantonale vaudoise lui a remis le mérite 2012.

Le Montois confie que, outre l'affection des siens, "c'est cet élan de solidarité de la part de tous mes collègues, à tous les niveaux de la hiérarchie, qui m'a le plus touché. Je ne leur dirai jamais assez merci."

Mais la retraite approche à grands pas: vendredi prochain Yves D. rendra son uniforme. "J'ai de la peine à quitter le métier. Après 35 ans de service, ça va être dur. La gendarmerie, c'est un peu ma famille" , confie-t-il . Une retraite difficile à aborder, car le Montois doit renoncer aux projets qu'il avait faits avant l'agression - virées en moto, marches en montagne. Un avenir de jeune retraité de 60 ans à réinventer .